Grégoire Ducret est CEO d’Advens for People and Planet, un fonds de dotation qui agit aux côtés de l’entreprise Advens, spécialisée dans la cybersécurité, comme un catalyseur d’engagement pour faire du numérique un espace de confiance, de progrès et d’impact positif. Lauréat du palmarès Leadership engagé, porté par l’Institut Choiseul et Les entreprises s’engagent, il revient sur son parcours au sein d’Advens.
Advens a fait le choix d’inscrire l’impact social et environnemental au cœur même de son modèle économique, et non en marge de celui‑ci. En quoi cette approche redéfinit‑elle, selon vous, ce que nous entendons par performance pour une entreprise technologique ?
Nous vivons une époque de ruptures : crise climatique, tensions sociales, instabilité géopolitique, accélération technologique. Le monde est devenu profondément instable, ce qui veut aussi dire qu’il n’est plus optimisable comme avant. Dans ce contexte, une entreprise qui continue de définir sa performance par la seule croissance ou la seule rentabilité ne prend pas seulement un risque stratégique, elle se coupe du réel.
Chez Advens, nous avons fait un choix différent. La performance doit d’abord être une capacité à rester utile dans la durée. C’est pourquoi nous la concevons de manière globale, dans sa triple dimension économique, sociale et environnementale. Ainsi, elle est utile pour nos clients, pour nos équipes, pour la société. Cela suppose de sortir définitivement d’un modèle où l’impact serait un bonus, un correctif ou une compensation, et de l’intégrer au cœur des choix, des arbitrages, de la manière même que nous avons de penser la création de valeur et son partage.
Pour une entreprise technologique, cette bascule change tout. Il ne s’agit plus seulement de livrer des solutions performantes, mais de se demander ce que la technologie protège, ce qu’elle fragilise, ce qu’elle rend possible. Protéger des hôpitaux, des services publics, des infrastructures critiques ; réduire la vulnérabilité numérique à l’échelle de la société ; développer une cybersécurité sobre et responsable : ce n’est pas notre mission parallèle. C’est notre métier.
Olivier Hamant le formule mieux que quiconque en disant que dans un monde instable, la robustesse vaut plus que l’efficacité. Non pas la recherche de la performance maximale dans des conditions idéales, mais la capacité à encaisser les chocs, à s’adapter, à continuer de jouer son rôle quand le monde se dérègle. C’est exactement cela que nous cherchons à construire.
Croître n’est pas une fin en soi. C’est le moyen de renforcer nos équipes et notre mission cyber, d’élargir notre impact et d’assumer notre rôle face aux bouleversements qui s’accélèrent. Une performance plus exigeante sans doute, mais plus honnête sur ce que nous devons au monde, et plus solide, précisément parce qu’elle ne dépend pas d’un monde qui resterait stable.
Votre parcours traverse le Parlement, l’entrepreneuriat social, la Croix‑Rouge française, avant de vous conduire vers Advens en 2023. Comment ces expériences très différentes ont‑elles forgé votre conviction que les entreprises privées ont un rôle à jouer là où les États et les ONG ne peuvent agir seuls ?
Ces expériences m’ont surtout appris une chose : aucun acteur ne peut répondre seul aux enjeux sociétaux du monde actuel. La réponse ne peut être que collective.
Au Parlement, j’ai vu la puissance mais aussi les limites de l’action publique : des lois et des politiques nécessaires, mais souvent trop lentes face à des crises systémiques. Dans l’entrepreneuriat social et à la Croix‑Rouge française, j’ai mesuré l’engagement extraordinaire des associations et des bénévoles, mais aussi leur dépendance structurelle aux financements, à l’urgence et une difficulté à rendre leurs actions réellement scalables, à la hauteur des enjeux.
Ce chemin m’a progressivement convaincu que l’entreprise, lorsqu’elle assume pleinement sa responsabilité, dispose d’atouts uniques : capacité d’investissement, vitesse d’exécution, puissance technologique, ancrage opérationnel. À condition, bien sûr, qu’elle ne confonde pas impact et communication.
Chez Advens, cette conviction prend une forme très concrète. Nous mettons notre cœur de métier, la cybersécurité, au service des organisations essentielles à la société. Et grâce à un mécanisme de partage de la valeur inédit qui alimente notre fondation, nous étendons cette expertise au‑delà de nos clients, au service de l’intérêt général, en concevant et en déployant des programmes à impact sur les grands enjeux numériques qui touchent l’éducation, l’inclusion ou encore le soutien à la démocratie.
Ce n’est pas une substitution à l’État ou aux ONG. C’est une logique de coopération. États, acteurs de l’économie sociale et solidaire et entreprises peuvent, et doivent, travailler ensemble pour opérationnaliser et faire passer à l’échelle les solutions qui font leurs preuves. C’est à cet endroit précis que je crois profondément à leur rôle.
Advens a placé la vulnérabilité au cœur de sa raison d’être en 2024 et lancé le mouvement VULNERABLE pour faire évoluer le regard de la société sur la vulnérabilité, notamment des leaders économiques. Comment convaincre un dirigeant ou une organisation d’embrasser publiquement ses fragilités plutôt que de les dissimuler ?
La tribune que nous avons publiée dans Les Échos et qui a été signée par plus de 800 dirigeantes et dirigeants issus d’horizons très différents, ne parle pas de vulnérabilité comme d’une posture morale, mais comme d’un choix de leadership lucide et engagé.
Elle part d’un constat simple : face aux crises sanitaires, économiques, écologiques et technologiques, le mythe du dirigeant tout‑puissant ne tient plus. Les organisations qui résistent le mieux ne sont pas celles qui prétendent tout maîtriser, mais celles qui savent reconnaître leurs limites, leurs angles morts, leurs dépendances, humaines comme systémiques.
L’exposition photographique qu’on a produit avec 18 portraits de personnalités prolonge ce message autrement. Elle donne à voir des dirigeants, des femmes et des hommes exposés dans leur humanité, sans discours héroïque. Ce que ces images racontent, c’est que la vulnérabilité n’affaiblit pas l’autorité : elle la transforme. Elle crée de la confiance, ouvre l’espace du dialogue, autorise l’engagement sincère des équipes.
Convaincre, c’est donc d’abord déplacer le regard. Sortir d’une culture du contrôle permanent pour entrer dans une culture de la responsabilité partagée. Montrer que la vulnérabilité n’est pas l’opposé de la performance, mais une condition de l’adaptabilité. Dans un monde instable, ce sont les organisations capables d’accueillir le doute, la fragilité et l’incertitude qui deviennent les plus robustes.
Enfin, convaincre suppose l’exemplarité. Tant que les dirigeants n’osent pas eux‑mêmes franchir ce pas, rien ne bouge. VULNERABLE n’est pas un discours sur les autres : c’est une invitation à commencer par soi. À accepter que diriger aujourd’hui, ce n’est plus masquer les failles, mais apprendre à les regarder en face et ensemble.
Pour en savoir plus sur le projet VULNERABLE : https://vulnerable.org/initiatives/tribune/
Grégoire Ducret est lauréat du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent, à retrouver dans son intégralité ici : Palmarès Choiseul Leadership engagé




