Nicolas Ferrand (Orano), bâtir à l’échelle du siècle

Publié le 10 juillet 2026

Dans la Manche, l’Aval du Futur donne une autre mesure des transformations industrielles en cours. À la tête de ce projet stratégique pour Orano, Nicolas Ferrand porte un projet dont l’horizon engage à la fois le territoire, l’appareil industriel français et la filière nucléaire dans la durée. Ce portrait a été réalisé dans le cadre d’une série éditoriale issue de la séquence coportée par Attitude Manche et l’Institut Choiseul autour des transformations du territoire.

Un parcours façonné par les grands projets

Son itinéraire dit quelque chose de la complexité des grands projets industriels. Cabinets ministériels, collectivités, établissements publics d’aménagement : Nicolas Ferrand a traversé des univers complémentaires dont chacun lui a transmis une lecture différente de ce que signifie porter un projet dans la durée. « J’ai toujours été attiré par les projets où il faut à la fois bâtir, coordonner et tenir une promesse dans la durée », confie-t-il. Ce fil directeur éclaire sa présence chez Orano, où il pilote un projet qui engage autant le pays que la Manche pour les décennies à venir.

Ce parcours lui a par ailleurs transmis la conviction qu’un grand projet ne peut reposer sur les seules performances techniques, aussi essentielles soient-elles. Nicolas Ferrand insiste sur « la capacité à faire tenir ensemble plusieurs dimensions : une ambition industrielle claire, une exécution rigoureuse, une compréhension fine des territoires et un dialogue continu avec les parties prenantes ». C’est cette lecture plurielle qu’il applique à l’Aval du Futur, dont les premières décisions d’implantation ont été influencées par les échanges avec les acteurs locaux – conduisant notamment à envisager une organisation en chantier multisites, pensée à l’échelle de toute la Manche et pas uniquement du Cotentin.

L’Aval du Futur, une œuvre de temps long

L’Aval du Futur, c’est le renouvellement des usines de traitement-recyclage et de fabrication de combustible MOX, conduit en parallèle du projet de pérennité des installations actuelles de La Hague et de Melox – située dans le Gard – au-delà de 2040. Des usines qui devront fonctionner jusqu’en 2130 ! Nicolas Ferrand préfère parler de « continuité logique » plutôt que de changement d’échelle. Ce qui évolue, en revanche, c’est la manière d’appréhender le temps. « Nous construisons une usine qui doit permettre à la France de disposer, jusqu’à la fin du siècle, de capacités de traitement-recyclage cohérentes avec ses ambitions énergétiques et industrielles », explique-t-il.

Cette temporalité se traduit aussi par un renforcement significatif de l’ingénierie, une logique d’intégration renforcée des partenaires, et une manière plus collective de concevoir les projets. « Plus qu’un simple accroissement d’activité, c’est une manière plus exigeante et plus collective de concevoir et de porter nos projets industriels dans la durée », résume-t-il. L’Aval du Futur ouvre aussi une perspective rare à l’échelle d’une carrière, celle de s’inscrire dans un projet qui se déploie sur plusieurs décennies.

Une responsabilité industrielle au service du territoire

Pour Nicolas Ferrand, loin d’être concurrentes, les grandes exigences contemporaines – réindustrialisation, décarbonation, souveraineté, équilibre des territoires – constituent « les différentes dimensions d’une même responsabilité industrielle ». Orano entend prendre toute sa part dans cette équation, sans prétendre agir seul. L’ambition portée avec l’Aval du Futur est précisément d’en faire « une œuvre commune », associant la filière nucléaire, l’État et les territoires concernés.

C’est dans cet esprit qu’une gouvernance territoriale a été mise en place dès les premiers mois du projet, à la demande des élus, impliquant l’État, les collectivités, les industriels et leurs représentants. Cette démarche se prolongera par un débat public organisé à l’automne 2027 par la Commission nationale du débat public. « Nous avons cette chance et cette responsabilité de nous projeter jusqu’à la fin du siècle a minima », conclut-il.