Victor Sebag (Ouihelp) : « Bien vieillir, ce n’est pas seulement être en bonne santé physique, c’est d’abord rompre l’isolement »

Publié le 08 juillet 2026

Lauréat du palmarès Choiseul Les 40 qui (re)créent du lien, Victor Sebag est le co-fondateur et le Directeur Général de Ouihelp depuis dix ans. Avec Ouihelp, il entend répondre à un enjeu de société majeur, celui de l’aide à domicile pour les séniors qui sont aujourd’hui plus d’un million et demi en France. Il dépasse alors l’idée d’auxiliaires de vie comme d’une simple prise en charge médico-sociale, mais comme un moyen de reconstruire une solidarité intergénérationnelle face au vieillissement de la population.

En quoi le maintien à domicile des personnes âgées constitue-t-il un enjeu de lien social autant que de prise en charge médico-sociale ?

On fait souvent l’erreur de résumer le maintien à domicile à une check-list technique : une toilette réussie, un repas pris, des courses réalisées. C’est évidemment la base, mais c’est loin de suffire.

Quand l’autonomie baisse, le monde extérieur a tendance à se rétrécir très vite. À ce moment-là, l’auxiliaire de vie dépasse le cadre d’une “simple” professionnelle : elle devient le principal point de contact avec la réalité, celle qui permet de continuer à exister aux yeux de la société.

Permettre à un aîné de vieillir chez lui, c’est lui donner la chance de croiser encore son boulanger, de recevoir ses proches dans son propre foyer, de garder sa dignité, d’être entouré de ses souvenirs et de ses habitudes. Bien vieillir, ce n’est pas seulement être en bonne santé physique, c’est d’abord rompre l’isolement.

Comment Ouihelp repense-t-il la relation entre auxiliaire de vie et famille pour faire de l’aide à domicile un véritable espace de confiance ?

Le vrai problème historique de ce secteur, c’est le turn-over permanent. Rien n’est plus anxiogène pour une famille ou pour une personne âgée que de voir défiler un nouveau visage chaque semaine. On ne peut pas construire de la confiance dans l’instabilité.

Chez Ouihelp, on a pris le contre-pied de ce modèle en misant tout sur le binôme stable. On passe du temps à chercher la bonne équation, l’auxiliaire de vie qui correspondra au bénéficiaire, tant sur le plan des compétences que de la personnalité. Et une fois que le lien est créé, on n’y touche plus. C’est cette régularité qui change tout.

En parallèle, on s’est donné pour mission de soulager la charge mentale des familles. Les proches aidants sont souvent épuisés, transformés malgré eux en gestionnaires de planning ou en infirmiers en chef. Grâce à notre accompagnement et à nos outils, on fluidifie l’information en temps réel. Les familles retrouvent enfin leur vraie place : celle de fils, de fille ou de conjoint, la sérénité en plus.

Quel rôle le secteur privé peut-il jouer dans la reconstruction d’une solidarité intergénérationnelle face au vieillissement de la population ?

Face au mur démographique qui arrive, soyons lucides : les structures publiques et le modèle associatif traditionnel ne pourront pas absorber le choc tout seuls. Le secteur privé a lui aussi un rôle à jouer, à condition d’être guidé par une mission sociale claire.

Notre force, c’est l’agilité. C’est notre capacité à innover, à utiliser la technologie pour supprimer la paperasse et libérer du temps pour l’humain. Mais notre plus grande responsabilité, elle est sociale : elle concerne la revalorisation de ces métiers. On ne pourra pas construire de solidarité entre les générations si l’on continue de précariser ceux qui prennent soin de nos proches.

En proposant des contrats stables, de meilleures conditions de travail et une vraie reconnaissance sectorielle, des entreprises comme Ouihelp redonnent de l’attractivité à ces carrières. C’est en prenant soin des professionnels qu’on recrée un pacte de confiance durable entre les âges.