Lauréate du palmarès Choiseul Alsace 2026, Lou Burger a rejoint l’entreprise familiale après une première carrière d’avocate en droit des affaires. Aujourd’hui directrice de BOOA, acteur majeur de la construction bois industrialisée, elle porte une vision de l’entreprise fondée sur la transmission, l’ancrage territorial et l’innovation durable. Dans cet entretien, elle revient sur les enjeux de réindustrialisation, d’attractivité des métiers du bâtiment, de décarbonation de la construction et sur la place des femmes dans des secteurs encore largement masculins.
Vous avez rejoint une entreprise familiale forte de près de 145 ans d’histoire après une première carrière d’avocate. Comment parvient-on à préserver l’héritage tout en conduisant les transformations qu’imposent les défis d’aujourd’hui ?
Notre rôle est d’assurer la continuité des valeurs de l’entreprise, tout en l’adaptant aux enjeux de son époque. La transformation est nécessaire, mais elle doit se faire progressivement, sans renier ce qui a fait la force de l’entreprise. Lorsque l’on prend la direction d’une entreprise familiale, il faut d’abord comprendre son histoire, respecter le savoir-faire des équipes et s’inscrire dans une forme de transmission. Ensuite, on peut progressivement engager de belles transformations, avec une vision claire et partagée.
Qu’est-ce qui vous a amenée à rejoindre l’entreprise familiale ?
J’ai commencé ma carrière dans le droit des affaires et j’ai vécu plusieurs années à Paris. J’aimais beaucoup cette vie, mais avec la construction de ma famille, j’ai ressenti l’envie de revenir en Alsace. J’ai pris rendez-vous avec mon père et je lui ai simplement demandé s’il imaginait une place pour moi dans l’entreprise. Au départ, c’était un test. Puis les choses se sont construites naturellement, à mesure que je découvrais l’entreprise, ses métiers et les équipes.
L’industrie souffre aujourd’hui d’un déficit d’attractivité. Comment attirer les nouvelles générations vers les métiers du bâtiment ?
Il faut d’abord redonner du sens aux métiers, mais aussi montrer que l’industrie et le bâtiment ont profondément évolué. Chez BOOA, nous développons une construction que nous considérons comme plus durable et plus responsable. Nos équipes voient concrètement ce qu’elles réalisent et mesurent leur contribution : il y a une vraie fierté à construire une belle maison ou un bâtiment de qualité.
La conscience écologique des nouvelles générations peut également être un atout. 80 % des matériaux utilisés dans nos murs à ossature bois sont biosourcés. Bien sûr, les conditions de travail restent importantes, mais les jeunes recherchent aussi du sens, de la technicité et de l’impact dans ce qu’ils font. Nous devons être capables de le montrer.
Selon vous, à quoi ressemblera la construction de demain ?
Deux grandes tendances se dessinent. La première est liée à la décarbonation : les réglementations thermiques et environnementales vont devenir de plus en plus exigeantes, et le secteur devra construire autrement. La seconde tendance est l’essor de la construction hors site. Chez BOOA, nous travaillons sur ces sujets depuis 2011, avec la conviction que la préfabrication en atelier permet de mieux maîtriser la qualité, les délais, les déchets et les nuisances liées aux chantiers. Pour moi, la construction de demain sera plus responsable, plus industrialisée, mais aussi plus précise et plus qualitative.




