Charlotte Souleau (Back Market) : « Notre garde-fou, c’est notre ADN »

Publié le 10 juin 2026

Choiseul Magazine inaugure une nouvelle série d’articles donnant la parole aux lauréats du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent, communauté d’entreprises qui agissent pour une société inclusive et un monde durable. À l’honneur aujourd’hui, Charlotte Souleau, lauréate 2025. Directrice générale France de Back Market, elle revient sur les valeurs qui ont guidé sa trajectoire.

Après plus de dix ans dans la grande distribution, vous avez rejoint Back Market avec la volonté d’inscrire votre trajectoire dans un projet à impact. En quoi cette dimension d’engagement transforme-t-elle votre manière d’exercer le leadership ?

Ce qui a transformé mon leadership, c’est d’avoir mis mon énergie au service d’une cause qui me tient à cœur. J’ai appris le leadership fédérateur sur le terrain, chez Carrefour, et j’y ai compris une chose simple : on ne soulève pas des équipes avec des objectifs, mais avec de l’humain et du sens. Chez Back Market, ce sens n’a pas besoin d’être fabriqué. Il est dans l’ADN de la maison. Nous menons un combat contre la fast tech, ce système qui nous pousse à remplacer trop vite nos appareils par du neuf pendant qu’on épuise la planète.

L’engagement déplace le centre de gravité du leadership. Ma première responsabilité n’est pas de faire de la croissance seulement. C’est de montrer qu’on peut faire de la croissance autrement. Et c’est cela qui me fait lever le matin.

Le reconditionné reste encore minoritaire dans les usages de consommation technologique. Quels leviers permettraient, selon vous, d’accélérer durablement l’adoption de modèles circulaires ?

Le premier levier, c’est la confiance. Le reconditionné n’est plus une niche militante, c’est devenu un réflexe citoyen pour beaucoup. La preuve : Back Market en 2025 c’est 3 milliards de GMV, 17 millions de clients sur 3 continents, 1800 reconditionneurs actifs sur la plateforme. Notre travail, c’est de continuer à rendre absurde la consommation du neuf, là où le reconditionné propose maintenant la même qualité, le même service, toujours beaucoup moins cher. On sait que le prix reste une porte d’entrée, souvent avant l’engagement écologique. Mais quand un client teste, il revient, et là il devient acteur du changement.

Le deuxième levier est industriel, et il dépasse Back Market. Aujourd’hui, le frein numéro un n’est pas la demande, c’est le sourcing. Trop d’appareils partent directement au recyclage alors qu’ils pourraient être réparés et faire des heureux. On recycle ce qu’on aurait dû reconditionner. Tant qu’on n’aura pas inversé cet ordre des priorités, la filière restera bridée pour réellement passer à l’échelle.

Le troisième levier, c’est la diversification des usages et des canaux. Le smartphone a ouvert la voie, mais le terrain de conquête reste immense sur l’ordinateur, l’électroménager, le gaming. Nous avons l’ambition de démocratiser le reconditionné sur l’ensemble des équipements quotidiens. Et d’aller à la rencontre des français qui préfèrent acheter offline. C’est l’objectif de notre partenariat avec Bouygues Telecom : tout le choix Back Market au meilleur prix directement accessible auprès des vendeurs dans plus de 500 boutiques en France !

Back Market porte un discours engagé contre la fast tech tout en évoluant dans un environnement fortement concurrentiel. Comment maintenir la crédibilité de cet engagement à mesure que l’entreprise change d’échelle ?

C’est la bonne question, et je l’assume sans détour. Beaucoup pensent que grandir, c’est forcément trahir ses valeurs. Je crois exactement l’inverse. Sur un marché en forte croissance, dans lequel le mot reconditionné n’existait même pas il y a dix ans, ce sont les acteurs solides qui structurent la qualité et protègent le consommateur. Notre taille aujourd’hui nous permet d’imposer des standards.

La crédibilité, à notre échelle, se mesure à des preuves, pas à des discours. Une sélection des meilleurs reconditionneurs, des milliers d’audits de commandes, un laboratoire qui expertise les produits défaillants, un service après-vente, et un plaidoyer assumé auprès des pouvoirs publics pour faire avancer le droit à la réparation et lever les freins du secteur.

Notre garde-fou, au fond, c’est notre ADN. Le jour où nous cesserions de déranger, où nous lisserions notre discours pour ne fâcher personne, nous aurions perdu. On peut grandir et rester insolent, pirate. C’est même selon moi la bonne façon de transformer durablement les usages.

Charlotte Souleau est lauréate du palmarès Leadership engagé, à retrouver dans son intégralité ici : Palmarès Choiseul Leadership engagé

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