Priscille Szeradzki est Directrice Générale de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Lauréate du Palmarès Choiseul 100 2026, elle revient dans cet entretien sur les forces du modèle mutualiste, ainsi que sur les défis auxquels il fait face aujourd’hui.
Dans un contexte où les attentes en matière de sens et de transparence sont de plus en plus fortes, en quoi le mutualisme répond-il mieux que d’autres modèles à ces aspirations ?
Le mutualisme, c’est d’abord une certaine idée de l’entreprise : une entreprise au service de l’intérêt collectif. C’est pourquoi nous croyons profondément au partage de la valeur et à sa redistribution pour construire une société plus juste. C’est précisément cette logique qui nourrit le sens de notre action. A ce titre, je suis convaincue que le mutualisme répond pleinement à la quête de sens et à l’exigence de transparence qui s’expriment aujourd’hui.
Cette conviction ne reste pas théorique : nous la traduisons en actes. Les banques coopératives et mutualistes sont pleinement engagées au service de l’économie réelle et de la société, au plus près des territoires. Nous affirmons ainsi que l’efficacité économique et la solidarité sont complémentaires et se renforcent mutuellement. C’est précisément cet équilibre qui fonde la solidité de notre modèle. Au Crédit Mutuel, cet engagement se traduit très concrètement. Par le choix de nos groupes régionaux d’adopter le statut d’entreprise à mission ou de poursuivre une raison d’être.
En 2025, notre Groupe a consacré près de 640 millions d’euros au service de l’intérêt général, faisant du Crédit Mutuel l’un des plus grands mécènes privés de France. Ce chiffre illustre de manière tangible la réalité de notre engagement. Ce sont des engagements dont nous pouvons être fiers, mais que nous devons surtout continuer à faire vivre. C’est par exemple le sens du Dividende Sociétal que Crédit Mutuel Alliance Fédérale a créé en 2023 : un mécanisme inédit de partage de la valeur qui consacre 15 % des résultats nets pour agir en soutien de projets qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique et contre les inégalités sociales. Il incarne très directement notre manière de redistribuer la valeur créée.
Le mutualisme s’inscrit dans une histoire longue. Il est né au XIXe siècle pour apporter des réponses à la misère dans le monde rural et permettre à des artisans et des agriculteurs d’accéder au crédit quand personne ne les finançait. Dès l’origine, il répondait à un besoin d’inclusion économique et sociale. Cette logique et ces valeurs de solidarité n’ont pas changé. Elles constituent encore aujourd’hui le socle de notre action.
Cet engagement, au fondement du mutualisme, représente plus que jamais un modèle d’avenir parce qu’il répond à l’impératif plus que jamais présent de faire société.
La gouvernance partagée est au cœur du modèle mutualiste. Comment faire vivre cette gouvernance de façon concrète, lisible et utile pour les sociétaires ?
Dans une banque mutualiste comme le Crédit Mutuel, les sociétaires détiennent une part de la banque et votent selon le principe « une personne = une voix ». C’est à la fois simple et très puissant.
Mais cette gouvernance dépasse largement un principe de façade. Elle s’incarne dans un mode de fonctionnement concret, par nature démocratique, en phase avec l’aspiration croissante des citoyens à participer aux décisions qui les concernent. Chaque sociétaire peut ainsi prendre part aux décisions qui impactent l’avenir de la banque : ici, chaque voix compte réellement. Et c’est précisément cette participation active qui fonde à la fois la confiance et garantit la transparence.
Concrètement, comment cela se traduit-il ?
- Dans les caisses locales, des élus issus du territoire prennent part aux décisions. Ils votent, orientent les priorités, arbitrent des projets.
- Les sociétaires participent aux assemblées générales et peuvent s’exprimer sur les choix. Ce sont des lieux de décision, pas des rituels.
- Les décisions se prennent avec une logique de long terme.
Cette gouvernance est un cadre résolument adapté au temps présent, notamment aux enjeux de participation. Elle donne au sociétaire la possibilité d’agir pour la société en prenant des décisions de redistribution utiles pour lui et pour ses concitoyens.
La proximité avec les sociétaires est souvent présentée comme une force. Comment la traduire en décisions, en services et en preuves tangibles au quotidien ?
La proximité se juge dans les actes. Elle se voit dans la façon dont une décision est prise et dans ce qu’elle produit localement.
- Un conseiller connaît ses clients et peut défendre un dossier avec une vision réelle du projet. Cela change concrètement une décision de financement.
- Les décisions sont prises localement. Cela permet d’agir vite, par exemple pour accompagner un commerçant, adapter un crédit, déployer des dispositifs adaptés pour les publics fragiles.
- En cas de crise, les mesures sont immédiates. Soutien aux sinistrés, reports d’échéances, dispositifs exceptionnels pour les particuliers et les professionnels.
- L’engagement dans les territoires est concret. Nous sommes la première banque des associations : une association sur trois est cliente du Crédit Mutuel[1], avec plus de 580 000 structures accompagnées.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis du mutualisme pour rester attractif, notamment auprès des jeunes générations ?
Le défi principal, c’est de rendre notre modèle toujours plus clair et adapté aux défis de demain.
Le statut de sociétaire, c’est avoir un pouvoir d’agir concrètement en soutien à son territoire. Les enquêtes d’opinion démontrent que la jeunesse européenne place l’environnement, la situation économique et les droits de l’homme au premier plan de leurs préoccupations. Le Crédit Mutuel apporte des réponses pragmatiques et concrètes à ces préoccupations, par ses actions bancaires mues par une boussole humaniste, comme par exemple la suppression du questionnaire de santé pour l’accès au crédit immobilier.
Et je terminerai par une conviction personnelle : l’attractivité de notre modèle est particulièrement tangible sur le terrain de l’emploi. Le mutualisme, parce qu’il est porteur de sens, donne aux candidats l’envie de nous rejoindre et à nos collaborateurs de rester.
[1] Source : Enquête 2020 – Centre d’Économie de la Sorbonne – Centre de Recherche sur les Associations – Viviane Tchernonog – Mesure en nombre d’associations en banque principale.
Priscille Szeradzki est lauréate du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026




