Lauréate du palmarès Choiseul Ville de demain 2026, Samia David figure parmi le Top 5 de la catégorie Promotion, Construction & Rénovation — celle qui distingue les acteurs produisant, transformant et revalorisant le bâti partout en France. Directrice du développement de FIRE depuis mars 2026, elle y apporte une double culture, publique et privée, forgée au fil de quatorze années passées au service de collectivités territoriales avant un passage chez un promoteur-investisseur spécialisé dans le clé-en-main locatif. De cette trajectoire, elle a tiré une conviction qui structure aujourd’hui toute sa pratique : le foncier n’est jamais une fin en soi, mais un outil au service d’un projet de territoire. Rencontre.
Après un parcours dans le développement et le foncier, aussi bien au sein d’organisations publiques que privées, vous avez rejoint FIRE en mars 2026 comme directrice du développement. En quoi cette double culture, publique et privée, influence-t-elle votre manière d’aborder le développement de l’entreprise ?
Cette double culture influence profondément ma manière d’aborder le développement. J’ai passé quatorze années au sein de collectivités territoriales, à Bordeaux Métropole puis à Grand Paris Seine & Oise, où j’ai mené des projets très différents : extension du tramway, implantation d’entreprises, développement de quartiers urbains, aménagement de pôles gares et opérations de développement économique. J’y ai forgé une conviction qui continue de guider ma pratique : le foncier n’est jamais une fin en soi ; il est un outil au service d’un projet de territoire.
J’ai ensuite souhaité faire un pas de côté en rejoignant un promoteur-investisseur spécialisé dans le clé-en-main locatif. J’y ai découvert l’autre versant des projets auxquels je m’étais jusque-là consacrée, en partant cette fois des besoins très concrets d’une entreprise pour les traduire en une solution foncière et immobilière. J’ai notamment conduit le développement d’un bâtiment logistique pour un acteur international de l’industrie pharmaceutique, une expérience qui m’a permis de mesurer combien l’immobilier d’entreprise est étroitement lié à l’activité et à l’écosystème dans lequel elle s’inscrit.
Chez FIRE, je peux aujourd’hui réunir ces différentes lectures grâce à un modèle intégré qui couvre le développement, la promotion, l’investissement et l’asset management, avec un ADN fort dans l’industrie et la logistique.
Mon parcours m’a permis d’acquérir une compréhension fine des mécanismes de la décision publique, du rôle des services et des élus, et des temporalités propres aux projets territoriaux, tout en intégrant pleinement les impératifs économiques et opérationnels des acteurs privés.
Cette capacité à faire dialoguer les deux univers est centrale dans ma manière de développer. Ils ne parlent pas toujours le même langage et n’obéissent pas aux mêmes temporalités, alors même qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Mon rôle est aussi celui d’un ensemblier : comprendre les contraintes de chacun et rechercher le point de rencontre entre une ambition territoriale, un besoin économique et un projet immobilier viable dans la durée.
« Le foncier n’est jamais une fin en soi ; il est un outil au service d’un projet de territoire. »
Vous comptez parmi les lauréats du palmarès Choiseul Ville de demain 2026, dans la catégorie Promotion, Construction & Rénovation. Selon vous, quel rôle la promotion immobilière doit-elle jouer pour concevoir des villes plus durables et plus résilientes ?
Je crois que la promotion immobilière doit d’abord réconcilier des impératifs que l’on présente encore trop souvent comme contradictoires : sobriété foncière, transition environnementale et développement économique.
Une ville durable doit être moins carbonée, plus sobre dans l’utilisation de ses ressources et plus résiliente face au changement climatique. Mais elle doit aussi demeurer une ville active, où l’on produit et où les entreprises peuvent se développer. C’est particulièrement important au moment où nous cherchons à réindustrialiser nos territoires et à renforcer notre souveraineté économique.
Pour les promoteurs, cela implique de faire évoluer nos pratiques. Nous devons moins raisonner à partir du foncier disponible et davantage à partir du potentiel de l’existant et des besoins du territoire : recycler des friches, transformer des bâtiments obsolètes, optimiser les emprises, densifier lorsque les usages le permettent. La sobriété foncière ne consiste pas seulement à consommer moins de foncier, mais à mieux utiliser celui que nous mobilisons.
Dans l’industrie et la logistique, cette évolution est particulièrement concrète. Un bâtiment est avant tout un outil de production. Sa conception doit intégrer les process de l’entreprise, ses flux, ses besoins énergétiques et ses perspectives d’évolution. Sa durabilité dépend aussi de sa capacité à rester utile et adaptable dans le temps.
Enfin, je crois que le promoteur doit de plus en plus endosser un rôle d’ensemblier, capable de faire dialoguer collectivités, entreprises, propriétaires fonciers, aménageurs et investisseurs. Un projet ne peut plus seulement être techniquement réalisable et économiquement viable : il doit aussi démontrer sa pertinence pour le territoire dans lequel il s’inscrit.
La ville de demain doit rester une ville qui produit. Notre responsabilité est de trouver les modèles immobiliers permettant de concilier cette vocation productive avec la transition environnementale et la sobriété foncière.
« La ville de demain doit rester une ville qui produit. »
Face aux enjeux climatiques, à la raréfaction du foncier et à l’évolution des attentes des habitants, quels seront, selon vous, les principaux leviers de transformation de la promotion immobilière dans les prochaines années ?
Nous allons, selon moi, passer progressivement d’une culture de l’extension à une culture de la transformation.
Une part croissante de notre métier va désormais porter sur ce qui existe déjà : friches industrielles, bâtiments obsolètes, fonciers sous-utilisés ou zones d’activités vieillissantes. Ces opérations sont plus complexes : pollution éventuelle des sols, démolition, infrastructures existantes, contraintes réglementaires, morcellement foncier ou équilibres économiques difficiles. Notre capacité à rendre possible le recyclage de ces sites sera déterminante.
Nous devrons également apprendre à produire davantage de valeur avec moins de foncier : optimiser les emprises, mutualiser certains espaces, explorer la verticalité lorsqu’elle est compatible avec l’activité et concevoir des bâtiments capables d’évoluer.
Dans l’immobilier industriel et logistique, cela suppose une compréhension très fine des usages, des flux, de l’énergie. Cette transformation doit aussi produire un bénéfice tangible pour les habitants : limiter l’artificialisation et les nuisances, mieux intégrer les activités dans leur environnement et contribuer au développement des territoires où emplois, mobilités et cadre de vie trouvent un meilleur équilibre.
Un autre levier me paraît essentiel : renouveler les modes de coopération entre acteurs publics et privés, et surtout les faire intervenir plus en amont. Le dialogue public-privé doit commencer avant que le projet immobilier soit figé, pas une fois qu’il est déjà dessiné.
Différents dispositifs peuvent contribuer à faire émerger des réponses adaptées aux ambitions et aux problématiques propres à chaque territoire. Sur les friches et les fonciers complexes, des solutions de portage à plus long terme peuvent également permettre de mieux articuler le temps du territoire avec celui de l’opération immobilière.
Au-delà des outils, c’est surtout la méthode qui doit évoluer. Associer plus tôt la collectivité, l’entreprise utilisatrice, l’opérateur et l’investisseur permet de confronter dès l’amont les besoins économiques, les ambitions du territoire et la faisabilité du projet. La coopération public-privé prend tout son sens lorsqu’elle permet non pas simplement de valider un projet, mais de le construire ensemble.
Le métier de promoteur évolue donc lui aussi : moins seulement producteur de mètres carrés, davantage opérateur de transformation et ensemblier, capable d’intervenir sur des fonciers complexes et de faire converger des intérêts et des temporalités différentes.
En somme, une grande partie de la ville de demain se construira sans doute moins sur les espaces qu’il nous reste à urbaniser que sur notre capacité à révéler et transformer intelligemment ceux que nous avons déjà.




