Constance Wattez (Groupe Wattez) : « Nous voulons participer aux réflexions qui feront évoluer la filière »

Publié le 19 août 2026

Lauréate du palmarès Choiseul Hauts-de-France 2026, Constance Wattez est la présidente du Groupe Wattez qui réunit huit entreprises expertes en ressources halieutiques. Entreprise familiale héritée de son père, elle s’emploie à transmettre valeurs et excellence au sein du groupe. Dans cet entretien, elle revient sur les défis de la filière halieutique en France, sur le potentiel économique du pays grâce à son économie bleue et sur sa vision de l’avenir.

Vous avez repris les rênes du Groupe Wattez dans un contexte particulièrement fort sur le plan personnel. Comment poursuit-on l’histoire d’une entreprise familiale tout en lui donnant une nouvelle impulsion dans un secteur en pleine transformation ?

Une entreprise familiale ne se transmet pas en la figeant. Elle se transmet en la faisant évoluer. Mon père était un entrepreneur visionnaire, capable de lancer de nombreux projets avec une énergie exceptionnelle. Cette intuition et cette personnalité lui appartenaient. En revanche, ce que nous pouvons transmettre, ce sont des valeurs : l’exigence, le respect des femmes et des hommes, l’attachement au territoire, le goût d’entreprendre et la volonté de construire dans la durée.

Aujourd’hui, notre responsabilité est de préparer les vingt prochaines années. Nous avons engagé une transformation profonde en faisant évoluer plusieurs entreprises vers un véritable groupe, avec une gouvernance plus structurée, une identité commune et une vision partagée. Cette dynamique passe aussi par la croissance externe, comme l’acquisition récente de Martin Import Export, mais surtout par notre capacité à faire travailler ensemble nos différents métiers. De l’armement à la transformation, en passant par le mareyage, les produits élaborés et les outils numériques, nous voulons créer davantage de synergies au service de nos clients.

Notre ambition n’est pas d’être les plus gros. Elle est d’être un groupe reconnu pour sa capacité à créer durablement de la valeur pour la filière halieutique.

Entre souveraineté alimentaire, compétitivité économique et transition environnementale, la filière des produits de la mer fait face à de nombreux défis. Comment faire de ces enjeux des leviers de création de valeur plutôt que des contraintes opposées ?

Je suis convaincue que la performance économique et la transition environnementale ne s’opposent pas. La première responsabilité d’une entreprise est d’être suffisamment solide pour investir, recruter, former et innover. Sans entreprise performante, il ne peut pas y avoir de transition durable. Nous devons apprendre à mieux valoriser ce que nous produisons déjà.

La valeur ne se crée pas uniquement au moment de la pêche. Elle se crée également dans la transformation, l’innovation, la logistique, la qualité de service et la proximité avec le consommateur. Chez Jacques Maës, nous développons par exemple des recettes inspirées de notre territoire en privilégiant, lorsque cela est possible, des approvisionnements locaux ou français. Nous voulons rendre les produits de la mer plus simples à cuisiner, plus accessibles et répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.

Les produits de la mer constituent l’une des meilleures sources de protéines. Les valoriser davantage est un enjeu économique, nutritionnel et environnemental. Enfin, je crois beaucoup à une meilleure répartition de la valeur sur l’ensemble de la chaîne. Une filière n’est durable que si chacun de ses acteurs peut vivre de son métier.

L’économie bleue est souvent présentée comme l’un des grands moteurs de développement des décennies à venir. Selon vous, comment la France peut-elle mieux transformer son potentiel maritime en opportunités économiques, industrielles et d’innovation ?

La France possède le deuxième espace maritime mondial. C’est un atout exceptionnel que nous devons mieux transformer en opportunités économiques. Nous avons besoin d’investissements, d’innovation et d’un environnement qui encourage davantage l’entrepreneuriat. Les entreprises sont prêtes à investir lorsqu’elles disposent de visibilité et d’un cadre favorable.

L’innovation ne concerne pas uniquement les navires. Elle touche également la transformation, la logistique, la donnée, l’intelligence artificielle ou encore les plateformes numériques.

Avec WhatFish, nous explorons justement de nouvelles façons de connecter les acteurs de la filière, de fluidifier les échanges et de mieux valoriser les produits. Nous devons également rendre nos métiers plus attractifs. L’économie bleue offre des carrières passionnantes, porteuses de sens et d’innovation. Nous avons besoin de nouveaux talents pour accompagner cette transformation.

Au-delà du développement du Groupe Wattez, quelle vision portez-vous pour l’avenir de la filière halieutique française et quel rôle souhaitez-vous y jouer dans les prochaines années ?

Notre filière est à un tournant. La transformation n’est plus une option. Les entreprises devront être plus innovantes, plus transparentes, plus réactives et davantage connectées entre elles.

Je crois beaucoup au potentiel de la donnée et des outils prédictifs pour mieux anticiper les marchés, améliorer la valorisation des produits et réduire les inefficacités. Demain, la différence ne se fera plus uniquement sur le prix. Elle se fera aussi sur la confiance : savoir d’où vient le produit, comment il a été pêché, transformé et valorisé.

Le Groupe Wattez souhaite contribuer à cette évolution. Nous voulons poursuivre notre développement économique, mais également participer aux réflexions qui feront évoluer la filière. Non pas parce que nous pensons détenir toutes les réponses, mais parce que nous croyons au dialogue entre tous les acteurs. Notre responsabilité est de contribuer à construire une filière plus forte, plus attractive et plus durable que celle dont nous avons hérité.

À 35 ans, vous dirigez un groupe de près de 200 collaborateurs réalisant près de 70 M€ de chiffre d’affaires dans un secteur historique. Quel regard portez-vous sur le leadership aujourd’hui, et que souhaitez-vous transmettre à votre tour ?

Je pense que le leadership commence par l’authenticité. On ne dirige pas durablement en jouant un rôle. Les équipes attendent de la cohérence, de la sincérité et une direction claire. Le rôle d’un dirigeant est de donner du sens, de prendre des décisions parfois difficiles et surtout d’embarquer les équipes dans un projet collectif.

J’aimerais aussi dire aux jeunes qu’il ne faut pas attendre d’avoir un parcours parfait pour entreprendre ou prendre des responsabilités. Si l’envie est là, il faut oser. Nos métiers sont parfois méconnus alors qu’ils sont extraordinaires. Ils réunissent des femmes et des hommes passionnés qui nourrissent des millions de consommateurs, innovent chaque jour et participent à la vitalité de nos territoires.

Nous avons aujourd’hui les défis d’une start-up avec les responsabilités d’un groupe familial historique. Cela demande beaucoup de travail… mais je crois que c’est aussi ce qui rend cette aventure aussi passionnante. Si, à travers le Groupe Wattez, nous pouvons donner envie à de nouveaux talents de rejoindre cette filière et montrer que les produits de la mer ont un immense avenir, alors nous aurons déjà réussi une partie de notre mission.