Adrien Noppe (CCI Hauts-de-France) : Ce que les grands équipements rendent possible

Publié le 31 juillet 2026

Lauréat du palmarès Choiseul Hauts-de-France, Adrien Noppe est Directeur des infrastructures et des grands projets chez CCI Hauts-de-France. Dans cet entretien, il revient sur son parcours au service du développement des Hauts-de-France.

Votre parcours s’est construit autour d’équipements structurants des Hauts-de-France (aéroport, ports, logistique, sport, institution consulaire). En quoi cette diversité apparente révèle-t-elle, selon vous, une cohérence profonde dans votre vision du développement territorial ?

Lorsque je regarde mon parcours, je ne vois finalement pas une succession de métiers ou de secteurs d’activité. J’y vois une même conviction qui s’est exprimée dans des contextes différents. Les grands équipements ont toujours été mon fil conducteur. Non pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils rendent possible. Un aéroport, un port, un vélodrome, une cité des congrès ou une plateforme logistique révèlent tout leur potentiel lorsqu’ils deviennent des leviers de développement. Ils créent les conditions d’un développement qui dépasse largement leur fonction initiale.

Ce qui m’a toujours intéressé, c’est précisément cette capacité des équipements à dépasser leur fonction première. Derrière chacun d’eux se trouvent des enjeux économiques, environnementaux, sociaux et humains. Ils obligent à faire travailler ensemble des entreprises, des collectivités, des établissements d’enseignement, des associations ou des habitants. Ce sont, par nature, des projets collectifs.

Je suis né dans les Hauts-de-France, j’y ai fait mes études et j’y ai construit l’ensemble de mon parcours professionnel. Pouvoir contribuer, à mon niveau, au développement de cette région est une responsabilité autant qu’une motivation.

Vous insistez sur les équipements comme « moyens » et non comme « finalités ». Comment cette approche transforme-t-elle concrètement la manière de penser l’aménagement et la performance économique d’un territoire ?

La manière de penser les équipements a profondément évolué. Pendant longtemps, ils étaient principalement considérés comme des réponses à un besoin : transporter, produire, accueillir ou pratiquer une activité. Aujourd’hui, leur valeur se mesure au moins autant à ce qu’ils génèrent autour d’eux qu’à la fonction qu’ils remplissent.

La question n’est donc plus seulement : « À quoi sert cet équipement ? », mais : « Que permet-il ? »

Permet-il d’attirer de nouvelles activités ? De développer des compétences ? De favoriser l’innovation ? De renforcer l’attractivité d’un territoire ? D’accélérer les transitions ? De créer de nouveaux usages ?

Un équipement ne transforme pas un territoire le jour de son inauguration. Il commence réellement à vivre lorsque des entreprises, des habitants ou des collectivités se l’approprient et en font un levier de développement. C’est cette conviction qui a guidé les différents projets auxquels j’ai eu la chance de contribuer. Au fond, les équipements ne prennent tout leur sens qu’à travers les dynamiques qu’ils rendent possibles.

Dans un contexte de compétition accrue entre territoires européens, comment les infrastructures que vous avez accompagnées peuvent-elles devenir des leviers différenciants d’attractivité, d’innovation et de création de valeur ?

Pendant longtemps, la réussite d’un territoire s’est largement mesurée à la qualité de ses équipements. Aujourd’hui, ils sont davantage un point de départ qu’un point d’arrivée.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement l’infrastructure, mais l’écosystème d’innovation, de compétences et de coopération qu’elle permet de structurer. Un port, une cité des congrès, un équipement sportif ou une plateforme logistique peuvent être des moteurs extraordinaires de développement, à condition de fédérer les énergies qui les entourent. Les transformations les plus durables ne sont pas toujours celles qui reposent sur les investissements les plus spectaculaires, mais celles qui parviennent à embarquer durablement un territoire autour d’une dynamique commune. C’est probablement là que se joue aujourd’hui l’avenir d’un territoire : dans sa capacité à fédérer durablement des acteurs autour d’une ambition commune.

Vous évoquez un rôle de mise en relation entre acteurs publics et privés. Comment articulez-vous aujourd’hui gouvernance territoriale, logiques économiques et besoins de transformation (transition écologique, logistique décarbonée, nouvelles mobilités) ?

Les grandes transitions que nous vivons sont trop complexes pour être portées par un seul acteur. La décarbonation des transports, la réindustrialisation ou les nouvelles mobilités supposent de conjuguer investissements publics, innovation des entreprises, compétences, recherche et coopération autour d’une vision commune.

Le rôle des structures d’animation comme Norlink, mais aussi des chambres consulaires, est de créer les conditions d’une coopération durable. Un projet prend souvent une autre dimension lorsqu’il réunit, autour d’une même table, des acteurs qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. C’est souvent à ce moment-là que naissent les solutions les plus durables.

À titre personnel, toutes les expériences auxquelles j’ai eu la chance de contribuer m’ont conforté dans une conviction simple : les équipements créent des possibilités. Mais seules la confiance entre les acteurs et leur capacité à agir ensemble les transforment en réussites collectives. C’est sans doute là que se construit, durablement, l’avenir d’un territoire.