Lauréat du Choiseul Outre-mer 2025, Naftal-Dylan Soibri est producteur et réalisateur au sein de la société ND Production Mayotte. La société de production est active dans plusieurs domaines, comme la production de films, de spots publicitaires et de documentaires. Dans cette tribune, il revient sur les freins mais aussi les opportunités offertes par le territoire mahorais, avec au cœur de celles-ci la jeunesse.
Lorsque j’ai décidé de faire du cinéma à Mayotte, beaucoup pensaient que c’était impossible. On me parlait du manque de moyens, de l’absence d’infrastructures, des difficultés logistiques, du peu de professionnels formés. Tout cela était vrai. Mais une question revenait sans cesse dans mon esprit : si personne ne commence, comment une industrie peut-elle un jour exister ?
Je n’ai jamais voulu faire des films uniquement pour réaliser un rêve personnel. Très vite, j’ai compris que le cinéma pouvait devenir un formidable levier de développement pour notre territoire.
Mon engagement pour le cinéma mahorais ne s’est pas construit en un jour. Avant de réaliser le long-métrage Koungou, j’ai eu l’opportunité de créer la série FBI Mayotte aux côtés de Mass Youssoufa, un projet qui m’a permis de mesurer l’immense attente du public pour des oeuvres racontées par des Mahorais, avec leurs codes, leurs réalités et leur culture. Cette première expérience a confirmé une conviction profonde : nos histoires méritent d’être racontées par celles et ceux qui les vivent.
Lorsque Koungou est arrivé ensuite, ce n’était pas seulement un nouveau projet. C’était une étape supplémentaire dans une ambition plus grande : démontrer que Mayotte possède les talents, les décors et l’énergie nécessaires pour faire émerger une véritable industrie cinématographique. Le cinéma est souvent perçu comme une dépense culturelle. Je le vois avant tout comme un investissement économique et humain.
Derrière un film, il y a des dizaines de métiers. Des techniciens, des comédiens, des maquilleurs, des costumiers, des transporteurs, des restaurateurs, des hôteliers, des artisans, des entreprises locales. Chaque tournage fait vivre un écosystème entier. Chaque projet est une occasion de former, d’embaucher et de transmettre.
À Mayotte, nous avons une jeunesse talentueuse, créative et ambitieuse. Ce qui lui manque le plus, ce ne sont pas les idées. Ce sont les opportunités. Je suis persuadé que le cinéma peut contribuer à en créer.
Il peut donner confiance à des jeunes qui ne s’imaginaient pas travailler dans ce secteur. Il peut leur permettre de découvrir des métiers, de développer des compétences et, demain, de bâtir leur avenir sans être obligés de quitter leur île. Avec notre prochain long-métrage, Maesha, cette ambition continue. Au-delà de l’histoire racontée, nous cherchons à professionnaliser davantage les équipes locales, à révéler de nouveaux talents et à montrer une autre image de Mayotte : une île riche de sa culture, de ses traditions et de ses paysages, mais surtout de ses habitants.
Je suis convaincu que les territoires ultramarins ne doivent plus seulement être des décors. Ils doivent devenir des lieux de création, de production et d’innovation.
Nous avons des histoires uniques à raconter. Personne ne les racontera mieux que nous. Bien sûr, les défis restent nombreux. Construire une véritable filière audiovisuelle demande du temps, des investissements et une coopération durable entre les collectivités, les institutions, les entreprises et les acteurs culturels. Mais chaque industrie naît un jour de la volonté de quelques personnes qui refusent d’attendre que toutes les conditions soient réunies.
Je crois profondément que la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle participe à la construction d’un territoire, à son attractivité, à son économie et à sa cohésion.
Être distingué au palmarès Choiseul Outre-mer est pour moi un encouragement à poursuivre ce travail collectif. Cette reconnaissance ne récompense pas seulement un parcours individuel. Elle met en lumière le potentiel de tout un territoire et de toutes celles et ceux qui croient qu’à Mayotte, il est possible de créer, d’innover et de réussir.
Le cinéma n’est pas seulement un écran sur lequel on projette des histoires. C’est une fenêtre ouverte sur l’avenir. Et je suis convaincu que l’une des plus belles histoires que Mayotte ait encore à écrire est celle de son propre cinéma.




