Jean-Simon Chaudier est le co-fondateur et directeur général de FireTracking depuis 2022. Au sein de cette start-up engagée dans la lutte contre les feux de forêts, il développe des solutions de détection précoce basées sur l’intelligence artificielle, déjà déployées sur plusieurs territoires. Lauréat du palmarès Choiseul Outre-mer, il revient sur les différents enjeux du secteur et son action.
Comment votre système de détection des incendies aide à l’adaptation aux changements climatiques, en particulier comme outil de résilience ?
FireTracking permet aux pompiers, collectivités et acteurs industriels de détecter un départ de feu en quelques minutes, avec une seule caméra couvrant jusqu’à 20 km. Cette rapidité de détection change tout : elle permet d’intervenir avant qu’un feu naissant ne se transforme en catastrophe environnementale, humaine et économique. Détecter plus vite, c’est pouvoir contenir et éteindre un incendie avec des moyens limités : c’est notre principal levier de résilience face à des feux de plus en plus fréquents et intenses.
En quoi l’intelligence artificielle est-elle un outil devenu indispensable et essentiel de lutte contre les incendies ? Est-ce selon vous une utilisation pérenne ?
L’IA est ce qui rend notre solution réellement exploitable. Les systèmes de détection sans IA génèrent jusqu’à 100 alarmes par jour et par caméra, dont 95% de fausses alertes – un bruit ingérable pour les équipes. Avec notre IA, nous descendons à 3-5 alarmes par jour, avec moins de 10% de faux positifs. Cette fiabilité est la condition sine qua non pour qu’un outil de détection soit réellement utilisé sur le terrain, et c’est pour cela que je considère cet usage comme durable : sans IA, la détection automatisée n’est simplement pas viable à grande échelle.
Comment réussissez vous à garantir un faible taux de fausses alertes, afin d’assurer une information fiable aux pompiers qui interviennent sur les incendies ?
Il existe trois mécanismes clés. D’abord, nos caméras très haute résolution surveillent le territoire en continu ; dès qu’un départ de feu est suspecté, l’IA déclenche automatiquement un zoom optique x40 pour confirmer visuellement la présence du feu avant toute alerte aux pompiers.
Ensuite, notre IA tourne en local, sur des edge computers / micro-ordinateurs installés sur site. Cela nous garantit des données de qualité maximale, indépendamment de la qualité du réseau télécom disponible, ce qui est indispensable pour disposer d’une IA performante.
Enfin toutes les alarmes sont retraitées par notre équipe afin de nourrir l’apprentissage de notre IA en continu. C’est ce qui a par exemple permis de réduire de 75% le volume de fausses alarmes, en quelques semaines seulement, suite au déploiement de notre solution dans une nouvelle géographie.
Des retours que vous avez pu avoir avec les équipes d’intervention qui utilisent votre système de détection, en quoi son utilisation a modifié les pratiques des pompiers mobilisés sur les incendies ?
Un utilisateur en Indre-et-Loire témoigne : sur les dix derniers jours, notre IA a détecté 5 à 6 feux, 5 minutes avant le premier appel. Ce gain de temps permet une intervention plus rapide, et les équipes plébiscitent l’outil pour cette raison. Au-delà de la détection incendie, notre infrastructure vidéo accélère d’autres opérations de secours, en facilitant par exemple la localisation rapide d’un accident de la route.
En quoi les Outre-mer ont-ils été un terrain favorable à votre innovation ?
En Nouvelle-Calédonie, 15 000 à 20 000 hectares d’espaces naturels partent en fumée chaque année, soit autant que sur l’ensemble de l’Hexagone. Cette forêt abrite 2 500 espèces endémiques, presque autant que tout le continent européen. Les enjeux y sont donc considérables, et c’est ce qui a mobilisé notre équipe dès les premières années : déployer rapidement une solution performante, adaptée aux contraintes fortes des territoires insulaires (sites isolés, sans accès réseau ou électrique) pour avoir un impact concret et immédiat. Bilan après trois ans : nous avons contribué à réduire de 95% la surface de forêt brûlée dans la zone surveillée.




