Alison Marquilly (EDF) : « La décarbonation par l’électrification est un vrai levier de compétitivité »

Publié le 15 septembre 2026
Fré Sonneveld

Alors que la demande d’énergie va continuer de croître d’ici 2050, l’électrification progressive des usages quotidiens de la population mondiale devient un enjeu réel. Pour Alison Marquilly, « toutes les conditions » sont aujourd’hui réunis pour accélérer ce processus. Rencontre.

Lauréate du palmarès Choiseul Hauts-de-France, Alison Marquilly est la Directrice Territoires et Services Energétiques chez EDF Commerce Nord-Ouest. Pour elle, l’un des grands enjeux de la décennie est la décarbonation de l’électricité française. Contrairement aux idées reçues, il est possible aujourd’hui de conjuguer compétitivité, décarbonation et souveraineté énergétique à l’échelle européenne. Au croisement de différents enjeux énergétiques, écologiques et géopolitique, cet entretien met en lumière les convictions françaises de l’avenir du secteur.

La décarbonation et l’électrification sont encore souvent perçues comme contrainte réglementaire ou un coût supplémentaire. Pourquoi estimez-vous qu’elle constitue aujourd’hui, au contraire, une véritable opportunité économique pour les entreprises françaises ?

En effet, contrairement aux idées reçues, la décarbonation par l’électrification est aujourd’hui un vrai levier de compétitivité pour les entreprises. L’électricité française est plus compétitive que chez nos voisins européens, tout en étant décarbonée à plus de 95%. Elle permet ainsi de rester compétitif, de baisser ses émissions de CO2, et de maîtriser ses coûts sur le long terme. Car la mise en place aujourd’hui de contrats d’électricité de moyen terme permet de sécuriser un coût sur plusieurs années, offrant ainsi visibilité et moindre exposition à la volatilité des prix, ou autres impacts géopolitiques.

Par ailleurs, cela permet aussi à la France de limiter ses importations d’énergies fossiles et donc d’améliorer à la fois sa balance commerciale et son bilan carbone.

Entre la baisse du coût de l’électricité décarbonée, les innovations technologiques et les dispositifs d’accompagnement, vous dites que « toutes les conditions sont réunies » pour accélérer l’électrification. Quels sont, selon vous, les freins qu’il reste à lever pour passer à l’échelle ?

On estime aujourd’hui que toutes les conditions sont réunies pour permettre l’électrification car l’électricité française est décarbonée, abondante et compétitive, et aussi parce que désormais les technologies sont matures. 85% des process industriels sont électrifiables. L’électricité est donc une solution concrète pour lutter contre le réchauffement climatique, sans compromettre ni l’efficience de son process, ni sa compétitivité.

Pour autant, il existe encore des freins pour se lancer : l’investissement initial, une méconnaissance des solutions technologiques et une méfiance économique.

Les subventions, CEE, aides d’EDF peuvent venir lever les freins à l’investissement, c’est ce que l’on constate dans l’électrification du transport lourd par exemple. Pour s’assurer d’une solution bien adaptée au process et enjeux de l’entreprise, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner en amont afin de faire le choix de la bonne technologie.

Et enfin, j’en ai parlé plus haut, les contrats à moyen terme offrent une meilleure visibilité sur les coûts de l’énergie et protègent mieux les entreprises des risques géopolitiques.

On estime aujourd’hui que toutes les conditions sont réunies pour permettre l’électrification car l’électricité française est décarbonée, abondante et compétitive, et aussi parce que désormais les technologies sont matures.

Dans les Hauts-de-France, des industriels comme Toyota ou GSK démontrent qu’il est possible de conjuguer compétitivité, décarbonation et souveraineté énergétique. Quels enseignements les autres entreprises peuvent-elles tirer de ces trajectoires ?

Je pense que les clés de succès des modèles d’entreprises comme Toyota et GSK ne sont plus à démontrer. Ce sont des entreprises qui anticipent, qui analysent et qui ont une vision stratégique très forte. Il y a plusieurs années, elles ont su, dans leurs projets énergétiques, ne pas céder au court-termisme et anticiper leurs projets de décarbonation.

Elles sont aujourd’hui dans la région des modèles de décarbonation et de compétitivité. Elles ont procédé par étape et avec pragmatisme : études et audit, analyse approfondie des solutions et scenarii, vision claire de là où elles souhaitent arriver (baisses des émissions de CO2, ROI).

Enfin, évidemment, ces deux entreprises ont fait confiance à EDF pour les accompagner dans la durée dans leur démarche de décarbonation. Nous avons à cœur d’être dans des démarches partenariales avec nos clients, on cherche des solutions adaptées ensemble, sans essayer d’imposer un service qui ne conviendra pas au process ou à la culture de l’entreprise. La confiance mutuelle et l’expertise technique ont été la clé du succès de ces deux projets.

EDF accompagne ses clients sur toute la chaîne de valeur de l’énergie : diagnostic, mobilisation des aides, mise en œuvre et suivi dans la durée, contrats d’énergie, afin de sécuriser les projets et de les rendre économiquement viables.

Vous n’êtes pas issue d’une formation d’ingénieure, mais vous évoluez au cœur des enjeux énergétiques. Est-ce un problème dans votre parcours ? Est-ce que cela vous permet d’apporter un regard différent sur la transformation des entreprises et sur la manière d’accompagner les dirigeants dans leur transition ?

Les enjeux énergétiques sont des enjeux absolument passionnants et, sans pour autant suivre une formation d’ingénieure, j’ai eu la chance de les aborder dans mon parcours sous l’angle géopolitique !

Cela fait plus de 15 ans que je travaille chez EDF : sans diplôme d’ingénieur, mais avec un diplôme généraliste, de l’engagement et de supers mentors, j’ai pu occuper des postes variés dans ce secteur qui ne cesse de m’intéresser car il est à la croisé d’enjeux majeurs pour notre société actuelle : lutte contre le réchauffement climatique et préservation de la planète, enjeux géopolitiques mondiaux, enjeux économiques, mais aussi sociaux car l’électricité est partout dans notre quotidien !

Plus que ma formation, c’est cette passion pour ces enjeux, associées à la raison d’être et aux valeurs d’EDF qui m’animent au quotidien pour accompagner nos clients qu’ils soient entreprises ou collectivité dans leur transition : un accompagnement concret pour un impact durable en conciliant préservation de la planète, bien-être et développement pour tous nos partenaires.

Pour découvrir le palmarès Hauts-de-France : Choiseul | Hauts-de-France