Sybille Le Maire (Bayard Presse) : Les entreprises doivent contribuer à faire progresser l’éducation financière des femmes

Publié le 27 juillet 2026

Sibylle Le Maire, est directrice exécutive du groupe Bayard, mais également fondatrice du Club Landoy et de ViveS média. Lauréate du palmarès Leadership engagé 2025, elle partage dans cet entretien sa vision de l’engagement.

Le Groupe Bayard est un groupe de médias à vocation humaniste, porté par des valeurs fortes et une gouvernance singulière. En quoi appartenir à une telle organisation conditionne-t-il la façon dont vous exercez votre engagement de dirigeante ?

On ne dirige durablement une entreprise que lorsque l’on partage profondément sa raison d’être. C’est précisément ce qui me lie au groupe Bayard. Son projet repose sur des valeurs auxquelles je suis attachée : la transmission d’une tradition spirituelle portée par la Congrégation des Assomptionnistes, l’éducation, l’ouverture au dialogue et l’honnêteté intellectuelle.

Dans un contexte où le débat public est souvent traversé par la polarisation, la désinformation ou la difficulté à faire dialoguer des points de vue différents, cette vocation prend une résonance particulière. En tant que dirigeante, elle m’invite à privilégier le temps long, à faire confiance à l’intelligence collective et à anticiper et accompagner les grandes transformations de la société, plutôt que de les subir.

Je ne dissocie pas mes convictions personnelles de mon engagement professionnel. Les projets que je porte au sein du Groupe prolongent naturellement cette mission : mieux comprendre les mutations de notre époque, créer des espaces de dialogue et donner aux entreprises, comme aux citoyens, les moyens d’y répondre.

Vous avez fondé ViveS, un média dédié à l’éducation financière des femmes, et le Club Landoy, think tank consacré à la transition démographique. Comment articulez-vous cet engagement personnel avec vos responsabilités de dirigeante au sein d’un grand groupe ?

Je ne les considère pas comme des engagements parallèles à mes responsabilités de dirigeante ; ils en sont le prolongement. Le Club Landoy comme ViveS sont nés au sein du groupe Bayard, parce que nous avions identifié une transformation majeure de notre société sur laquelle un groupe de médias pouvait contribuer à faire émerger des solutions : la transition démographique.

Nous vivons plus longtemps que les générations précédentes. C’est une formidable avancée, mais elle nous oblige à repenser notre rapport au travail, aux carrières et à la transmission. J’ai créé le Club Landoy en 2019 avec la conviction que cette transition constitue une opportunité d’innovation sociale autant qu’un défi économique et sociétal.

Aujourd’hui, il rassemble 28 grandes entreprises et institutions engagées pour faire de la longévité un levier de compétitivité et de cohésion. Nos travaux ont notamment conduit à la création de la Charte 50+, qui rassemble des entreprises et organisations de toutes tailles qui veulent améliorer l’emploi et l’accompagnement des collaborateurs de plus de 50 ans. Elle est désormais signée par plus de 430 entreprises représentant près de quatre millions de salariés. Nous avons également construit un guide 50 solutions pour les 50+, qui rassemble les bonnes pratiques d’entreprises signataires de la Charte, afin de guider des entreprises qui souhaiteraient agir sur ce sujet.

Nous avons également lancé en 2025 une Coalition qui rassemble les entreprises engagées pour les aidants, une situation dans laquelle se retrouvent désormais près d’un salarié sur quatre.

Comme pour toutes les grandes transitions, ce sont les femmes qui se trouvent en première ligne : ce sont elles qui absorbent le plus souvent les ruptures de carrière, l’aidance, les arbitrages entre vie professionnelle et vie familiale. C’est de ce constat qu’est né ViveS Média en 2021, pour répondre à un enjeu tout aussi structurant : celui de l’autonomie économique des femmes. À travers des études, des podcasts, des formations et notre Baromètre annuel “Femmes et argent,” nous cherchons à donner avec ViveS Média à chacune les clés d’éducation financière pour comprendre ces enjeux et pouvoir agir.

Ces deux initiatives reposent finalement sur une même conviction : la transmission. Le rôle d’un dirigeant ne consiste pas seulement à accompagner les mutations de son entreprise, mais aussi à contribuer, lorsque c’est possible, à celles de la société.

Vous portez la question de l’autonomie financière des femmes. Pourquoi les dirigeants ont-ils, selon vous, une responsabilité particulière pour mettre ces enjeux à l’agenda de leur organisation ?

Toutes les institutions doivent faire progresser l’éducation financière des femmes : les pouvoirs publics, l’État, la famille, mais aussi les entreprises.

Si les femmes vivent en moyenne six ans de plus que les hommes, elles vivent souvent dans des conditions économiques moins favorables. Leur autonomie financière ne se construit pas uniquement dans la sphère privée. Elle se joue aussi dans l’entreprise, à chaque étape du parcours professionnel : l’orientation, le recrutement, la rémunération, les évolutions de carrière, la formation ou encore la préparation de la retraite. Les dirigeants peuvent donc jouer un rôle clé.

Notre Baromètre Les femmes et l’argent le montre bien : dès Parcoursup, 75 % des jeunes filles ne prennent pas en compte le niveau de rémunération des métiers qu’elles envisagent, contre 42 % des garçons qui déclarent déjà connaître les salaires pratiqués dans le secteur qui les intéresse. Cet écart initial ne se referme pas : il se creuse à chaque étape de la vie professionnelle – négociation du premier salaire, choix d’investissement, arbitrages de carrière – jusqu’à produire des différences importantes de patrimoine et de niveau de pension.

Les entreprises peuvent contribuer à réduire ces inégalités. Cela suppose d’abord de les objectiver, puis d’agir concrètement : accompagner les évolutions de carrière, favoriser la transparence des rémunérations, développer l’éducation financière ou encore mieux prendre en compte les périodes d’interruption liées à l’aidance ou à la parentalité.

Je crois profondément que les dirigeants ont une responsabilité qui dépasse la seule performance économique : ils contribuent aussi à façonner les conditions dans lesquelles chacun peut construire son autonomie.

Sybille Le Maire est lauréate du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent, à retrouver dans son intégralité ici : Palmarès Choiseul Leadership engagé