Stéphane Mac Millan (Verley) : « Allier recherche, industrie et financement pour faire rayonner la France et son patrimoine laitier »

Publié le 07 mai 2026

Choiseul Magazine donne la parole au lauréat Choiseul 100 Stéphane Mac Millan, co-fondateur de Verley. Cette biotech française développe des techniques de fermentation de précision de pointe pour accompagner la transition environnementale du secteur des produits laitiers. Dans cet entretien, il revient sur la stratégie et les valeurs qui ont fait le succès de cette entreprise.

Verley se positionne sur un marché B2B en pleine transformation digitale. Quelle a été la décision stratégique qui a le plus structuré votre développement depuis le lancement ?

La décision la plus structurante a été de nous positionner dès le départ comme un acteur B2B, et non comme une marque B2C.

Cela peut sembler contre-intuitif dans un secteur très visible, mais notre conviction était claire : l’impact se joue au niveau des ingrédients, en travaillant directement avec les industriels qui conçoivent les produits du quotidien.

Plus largement, même si l’on parle souvent de transformation digitale, notre secteur reste avant tout un enjeu profondément physique et industriel. L’approvisionnement alimentaire repose sur des infrastructures, des capacités de production et des chaînes de valeur très concrètes, qui doivent aujourd’hui opérer leur transition.

C’est dans ce contexte que nous avons fait le choix de nous inscrire dans une démarche de DeepTech industrielle, avec tout ce que cela implique : des cycles de développement longs, des investissements importants, et une forte exigence en matière de robustesse et de passage à l’échelle.

Ce positionnement structure profondément notre trajectoire aujourd’hui. Il nous permet de nous inscrire dans des enjeux plus larges, notamment autour de la souveraineté alimentaire et du leadership industriel européen, en développant des capacités de production locales et des technologies clés pour l’avenir de l’alimentation.

Dans un secteur en transformation, nous pensons que la création de valeur durable passera par cette capacité à allier innovation scientifique et déploiement industriel à grande échelle.

Comment définissez-vous la proposition de valeur qui distingue Verley des concurrents internationaux et locaux ?

Notre proposition de valeur repose sur un point central : ne pas simplement reproduire l’existant, mais apporter une amélioration tangible en termes de performance.

Là où une partie du secteur cherche à imiter les protéines conventionnelles, nous faisons le choix de les fonctionnaliser, pour aller plus loin en termes de propriétés nutritionnelles et technologiques, et répondre aux contraintes réelles des industriels.

Cette approche s’accompagne d’une forte exigence en matière d’exécution. Nous évoluons dans un domaine DeepTech, où la crédibilité se construit dans la durée, à travers la qualité des développements, la robustesse des données et la capacité à passer à l’échelle.

C’est aussi pour cela que nous accordons une importance particulière au sérieux scientifique de notre démarche. Nous avons notamment réalisé une analyse de cycle de vie indépendante, certifiée ISO et revue par des pairs (une première en Europe) qui met en évidence des réductions significatives : –72 % d’émissions de gaz à effet de serre, –81 % d’utilisation d’eau et –99 % d’usage des terres par rapport aux protéines laitières conventionnelles.

Enfin, nous avons fait le choix de construire une marque forte, capable de porter cette exigence et de s’inscrire dans la durée auprès de nos partenaires. Dans un marché encore émergent, la confiance est un élément clé, et elle passe autant par la performance des produits que par la clarté du positionnement.

Quelle culture de leadership avez-vous voulu instaurer au sein de Verley pour mobiliser vos équipes autour de la vision et du scaling ?

Nous avons voulu construire une culture de leadership fondée sur un équilibre entre exigence, clarté et responsabilité.

Exigence, d’abord, parce que nous évoluons dans un environnement DeepTech et industriel, où le niveau de rigueur doit être très élevé, que ce soit sur la science, l’exécution ou la capacité à passer à l’échelle.

Clarté ensuite, sur la vision et les priorités. Dans un contexte de croissance, il est essentiel que chacun comprenne où l’on va, pourquoi, et comment son travail s’inscrit dans une trajectoire plus globale.

Mais au-delà de cela, nous attachons beaucoup d’importance à la responsabilisation des équipes. Nous cherchons à donner de l’autonomie, à encourager la prise d’initiative, tout en maintenant un cadre structurant.

Enfin, nous sommes convaincus que le collectif est clé. Les défis que nous adressons sont complexes et s’inscrivent dans le temps long. Cela nécessite une culture de collaboration forte, où les expertises se croisent et où les décisions se construisent de manière transverse.

Mobiliser les équipes autour du scaling, ce n’est pas seulement une question de croissance. C’est surtout réussir à aligner exigence opérationnelle et vision de long terme.

Comment intégrez-vous Verley dans l’écosystème tech ou industriel français (French Tech, clusters, initiatives sectorielles) pour accélérer votre développement ?

La France dispose aujourd’hui de nombreux atouts pour devenir un leader de la fermentation de précision en Europe. Elle bénéficie d’un écosystème académique de très haut niveau, notamment avec certaines des meilleures écoles d’ingénieurs en agronomie et en biotechnologies, ainsi que d’un soutien structurant d’acteurs publics comme Bpifrance, qui jouent un rôle clé dans le financement et l’accompagnement des DeepTech industrielles.

C’est ainsi que nous voyons l’écosystème français comme un véritable levier d’accélération, à la fois sur le plan technologique et industriel.

Verley s’inscrit dans un environnement particulièrement riche, à la croisée de la biotech, de l’agroalimentaire et de l’ingénierie industrielle, avec des acteurs de premier plan en recherche, en production et en financement.

Notre approche est avant tout collaborative. Nous travaillons avec des partenaires académiques et industriels pour développer et valider nos technologies. Par exemple, notre analyse de cycle de vie a été menée en partenariat avec le CNRS, dans une logique de rigueur scientifique et d’ouverture.

Nous sommes également engagés dans plusieurs initiatives structurantes de l’écosystème français.

Nous sommes soutenus par Bpifrance et membres du Club Excellence, et participons activement à des dynamiques collectives comme Ferments du Futur ou France DeepTech. Nous avons également fait partie de la délégation française à Slush par exemple, afin de porter l’innovation française à l’étranger.

Enfin, ces connexions se traduisent aussi par une présence sur des temps forts de l’écosystème, comme VivaTech, où nous avons pu rencontrer le Premier Ministre et d’autres membres du gouvernement, occasions qui nous permettent de renforcer les liens entre gouvernance, recherche, industrie et innovation.

Plus largement, nous pensons que ce type d’écosystème est essentiel pour relever des enjeux comme la souveraineté alimentaire et la réindustrialisation. C’est cette capacité à faire travailler ensemble recherche, industrie et financement qui permet de passer à l’échelle et de faire rayonner la France, ainsi que notre patrimoine laitier.

Stéphane Mac Millan est lauréat du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026