Alexandra Dethyre : « La différence, selon moi, c’est la relation que nous construisons dans le temps »

Publié le 02 février 2026

Créer du lien pour faire avancer les droits des femmes : à la Fondation RAJA–Danièle Marcovici, cette conviction structure l’action au quotidien. Alexandra Dethyre, directrice générale de la Fondation, revient sur la manière dont l’écoute, le temps long et le partenariat avec les associations de terrain, en France comme à l’international, permettent de tisser des solidarités durables et de renforcer le pouvoir d’agir des femmes.

Dans votre travail à la Fondation RAJA–Danièle Marcovici, comment créez-vous du lien entre des actrices de terrain très différentes, en France et à l’international, autour d’un combat commun pour les droits des femmes ?

Créer du lien, pour moi, commence par beaucoup d’écoute. Les associations que nous soutenons travaillent dans des contextes très différents, parfois extrêmement contraints, et il n’existe pas de réponse unique aux enjeux qu’elles rencontrent. En revanche, toutes partagent une même détermination à défendre les droits des femmes.

À la Fondation, nous cherchons avant tout à reconnaître leur expertise, à partir de ce qu’elles vivent et construisent sur le terrain. Le lien se crée dans la durée, à travers des échanges réguliers, des rencontres, et le fait de mettre en relation des actrices qui, même si elles ne se connaissent pas, se retrouvent dans des combats communs. Ce sont souvent ces résonances-là qui font naître un sentiment d’appartenance et de solidarité.

La Fondation accompagne des associations sur le long terme. En quoi ce travail d’accompagnement va-t-il au-delà du financement pour créer une relation de confiance et de coopération durable ?

Le financement est indispensable, mais il ne suffit pas à lui seul. Ce qui fait la différence, selon moi, c’est la relation que nous construisons dans le temps. Nous ne sommes pas dans une logique de guichet, mais dans une logique de partenariat.

Cela passe par de la disponibilité, par le fait d’être présentes quand les associations traversent des moments plus complexes, et par une capacité à s’adapter à leurs réalités. Nous acceptons aussi que les projets évoluent, que les priorités changent. Cette souplesse crée un climat de confiance, dans lequel les associations savent qu’elles peuvent être transparentes, y compris sur leurs difficultés.

Face à des enjeux parfois très lourds, comment la Fondation contribue-t-elle à retisser du lien social et à redonner du pouvoir d’agir aux femmes accompagnées par les associations qu’elle soutient ?

Ce travail est avant tout porté par les associations elles-mêmes. Elles interviennent souvent là où les femmes ont été isolées, fragilisées, parfois réduites au silence. Leur première force, c’est de recréer des espaces de confiance, où la parole peut circuler et où les femmes ne sont plus seules.

En soutenant ces actions, la Fondation permet d’aller au-delà de la réponse à l’urgence. Beaucoup de projets que nous accompagnons visent à renforcer l’autonomie des femmes, leur accès aux droits, à l’emploi, à la formation. Redonner du pouvoir d’agir, c’est permettre aux femmes de se projeter à nouveau, individuellement et collectivement, et de reprendre une place active dans la société.

À titre personnel, qu’est-ce que votre engagement au sein de la Fondation RAJA–Danièle Marcovici vous a appris sur la force du lien entre les femmes ?

Ce que j’ai appris, c’est que le lien entre les femmes est souvent discret, parfois invisible, mais qu’il est incroyablement solide. J’ai été marquée par la capacité des femmes à s’organiser, à se soutenir, même dans des contextes très difficiles.

Partout où ce lien existe, il produit des transformations profondes et durables. Il crée de la résilience, de la transmission, et une force collective qui dépasse largement les individus. C’est cette énergie-là qui me motive au quotidien et qui donne tout son sens à mon engagement au sein de la Fondation.

Alexandra Dethyre est lauréate du palmarès « Les 40 qui (re)créent du lien » réalisé par l’Institut Choiseul et La Poste, à retrouver dans son intégralité ici : Les 40 qui (re)créent du lien