Entre le retour d’une doctrine Monroe durcie, le pivot conservateur de plusieurs chancelleries et la compétition sino-américaine pour les ressources stratégiques, l’Amérique latine redevient le terrain d’affrontement d’un nouvel ordre hémisphérique. Décryptage.
La visite effectuée par le président argentine, Javier Milei, en France du 30 septembre au 2 octobre 2026, dans le cadre des rencontres économiques de « l’Argentina Week » offre l’opportunité d’analyser l’évolution de l’Amérique latine Caraïbes tandis que les USA ont placé au premier rang de leur priorité, le retour d’une politique d’influence. La mise en place de l’Alliance « Bouclier des Amériques » vise à consolider cette stratégie dans cette partie du monde présentée comme « l’hémisphère occidental ». Le président Donald Trump sait pouvoir compter sur de nombreux alliés, parmi lesquels Javier Milei.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 Janvier 2025, le continent latino-américain est placé dans le cœur d’une stratégie visant à faire de cet ensemble, un bloc uni politiquement et mobilisé sur les sujets considérés comme « prioritaires » et portant sur la sécurité nationale américaine :
- Le contrôle de l’immigration ;
- La lutte contre les cartels de la drogue ;
- L’affaiblissement de la présence chinoise.
Cette nouvelle stratégie réhabilité la conception d’un « backyard » contemporain, la fameuse « arrière-cour » des États-Unis si caractéristique de la Guerre froide et du rapport bipolaire des relations internationales de la seconde moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, cette dualité se développe entre Washington et Beijing. C’est la fin de la politique de bon voisinage entre l’Oncle Sam et les pays de l’hémisphère occidental. L’administration de Donald Trump a réactivé et « durci » la doctrine Monroe : la question de la place de l’Amérique latine et des Caraïbes y est posée avec acuité dans le contexte d’une scène internationale sous tension. Cette doctrine, loin d’être une simple rhétorique nostalgique, vise à réaffirmer l’influence américaine et à y limiter la présence de la Chine qui est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux régionaux.
La dégradation de la situation sécuritaire devenue une priorité pour les populations qui ont affronté difficilement la Covid-19 (1), explique en partie une logique de « dominos » inversée, en faveur de mouvements issus d’une nouvelle droite plaidant pour un retour de l’autorité de l’État et d’une lutte implacable pour le rétablissement de la sécurité présentée comme la condition indispensable au retour d’une prospérité économique. De nombreux pays latino-américains ont rompu, parfois radicalement, avec les politiques des gouvernements de gauche déployées pendant les années 2000-2020.

Les élections au Brésil en octobre 2026 constituent un enjeu majeur pour cette dynamique politique : le Président sortant Lula da Silva pourra-t-il renverser cette tendance face à son adversaire, Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro ? Pour tous, l’enjeu est crucial : rendre inéluctable l’ancrage d’un nouveau schéma politique marqué par une approche nationale plus libérale sur le plan économique, plus conservatrice sur les sujets de société et parfois plus radicale dans les solutions proposées. Ses choix politiques nationaux se retrouvent renforcés par une alliance inédite et sélective avec les Etats-Unis, dans le cadre du « Bouclier des Amériques ».
De continent oublié sur la scène internationale pendant les années de la pandémie de la Covid-19, à une « tentation du Sud global » (2), la région latino-américaine et caribéenne serait-elle désormais condamnée à n’être qu’un espace complémentaire d’une doctrine de sécurité portée par les Etats-Unis ? Est-elle le théâtre privilégié d’une nouvelle politique impériale américaine, visant à imposer son modèle présenté comme une « pax americana » contemporaine ?
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1. La « Doctrine Donroe » : le nouveau modèle de sécurité des États-Unis
Sous l’impulsion de l’administration Trump II (3), la politique étrangère américaine a opéré une bascule historique avec la publication de la National Security Strategy (NSS) (4), dont l’ensemble du continent subit directement les effets. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’émergence de la « doctrine Donroe », faisant référence à la doctrine Monroe complétée par le « corollaire Trump » sur la sécurité. Popularisée par des médias conservateurs américains dès 2025 et reprise par l’administration Trump elle-même après l’opération du 3 janvier 2026 au Venezuela contre Nicolás Maduro, cette interprétation actualisée de la doctrine Monroe affirme explicitement « la primauté américaine » dans l’hémisphère occidental.
Elle se distingue des versions précédentes par son caractère assumé, celui d’un retour de la puissance étasunienne plus offensif :
- Exclusion active des rivaux extra-hémisphériques (Chine, Russie, Iran) ;
- Sécurisation des ressources stratégiques (minerais critiques, infrastructures) ;
- Lutte prioritaire contre le narcotrafic et les migrations irrégulières ;
- Recours assumé à la force militaire ou aux pressions économiques lorsque nécessaire.
Ce document stratégique place l’« hémisphère occidental » comme la priorité géographique absolue, avant même l’Asie ou l’Europe. La doctrine Monroe est réactivée et complétée par le corollaire Trump qui la rend plus offensive. Désormais surnommée « doctrine Donroe » (contraction entre « Monroe » et « Donald »), la nouvelle vision de la Maison-Blanche assume l’usage de la force, si nécessaire, pour restaurer la prééminence américaine et protéger les intérêts de la « patrie » et du continent.
L’objectif est clair : mettre fin à ce que Washington considère comme une « prise à revers » tactique opérée par des puissances extra-hémisphériques hostiles. Les États-Unis n’entendent plus tolérer que la Chine, la Russie ou l’Iran contrôlent des actifs stratégiques ou déploient des capacités menaçantes dans leur voisinage immédiat. Cette approche ne se veut pas seulement défensive ; elle vise à « autonomiser » les partenaires régionaux fiables tout en excluant les concurrents non hémisphériques.
Cette politique impériale assumée marque la fin définitive de l’ère du « bon voisinage » appliquée depuis le début des années 1990 et l’effondrement de l’Union soviétique. Elle impose une vision contractuelle et transactionnelle des relations internationales, où l’alignement sur les intérêts sécuritaires de Washington est la condition sine qua non de la coopération économique (5).
Les logiques de « containment » (endiguement) et de « roll back » (refoulement), appliquées pendant la Guerre froide, retrouvent toute leur force au détriment de la Chine : cette dernière s’est implantée solidement après un quart de siècle d’investissements massifs dans les différents pays du continent « délaissés » par les États-Unis accaparés par leur lutte internationale contre le terrorisme.
« L’alignement sur les intérêts sécuritaires de Washington est désormais la condition sine qua non de la coopération économique dans l’hémisphère occidental »
2. L’opération « Southern Spear » et le séisme vénézuélien
L’opération « Southern Spear » : la guerre totale contre le narcoterrorisme. Le bras armé de cette nouvelle doctrine est l’opération Southern Spear (Lance du Sud), déclenchée en août 2025 dans la mer des Caraïbes et à laquelle participent plusieurs pays de la région (6). Pour l’administration Trump, le narcotrafic n’est pas un simple problème de police, mais une menace existentielle qui « décime » la population américaine. En stigmatisant les principaux cartels par leur inscription sur la liste des organisations terroristes étrangères, Washington s’autorise l’usage de la force militaire létale et des frappes extrajudiciaires (7).
L’Opération « Southern Spear » engagée depuis octobre 2025 dans la région des Caraïbes, s’est appuyée sur une approche et des termes de sécurité visant directement les cartels de la drogue, comme « une menace immédiate » contre les Etats-Unis. Les Mexicains « Jalisco Nueva Généracion », « Sinaloa », « Nueva Familia Michaocana », le Colombien « Clan del Golfo », les Vénézuéliens « Cartel de los Soles » et « Tren de Aragua » ont été inscrits sur la liste de groupes terroristes et ont constitué les cibles privilégiées d’une intervention contre le trafic de drogue, mais dont les ramifications politiques sont apparues très vite d’évidence : contenir le Venezuela en incluant un changement de dirigeant, contrôler la Colombie de Gustavo Petro qui a quitté ses fonctions le 7 août dernier au profit d’Abelardo de la Espriella (14) qui réaffirme une alliance privilégiée avec les USA. Il est vrai que la Colombie, malgré le statut d’allié majeur hors OTAN des Etats-Unis, n’avait eu de cesse de dénoncer l’administration américaine sous la précédente administration.
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Le séisme vénézuélien : la capture de Nicolás Maduro et la fin de l’axe bolivarien
L’événement le plus spectaculaire de cette nouvelle ère est sans conteste l’opération Absolute Resolve. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, des forces spéciales américaines, appuyées par une armada de drones et d’avions, ont capturé Nicolás Maduro et son épouse à Caracas, au sein de son palais présidentiel Miraflores. (8) Ce coup de force marque l’aboutissement de la stratégie de criminalisation d’un régime accusé par Washington de diriger le « Cartel de los Soles ». Immédiatement exfiltré vers New York, l’ancien dirigeant bolivarien a été incarcéré, laissant derrière lui un pays en état de choc et une région stupéfaite. Pour Donald Trump, cette capture n’est pas seulement judiciaire. Elle marque la chute du premier domino devant entraîner une réaction en chaîne destinée à démanteler la « Troïka de la tyrannie », constituée des trois autoritaires hostiles à Washington : Cuba, le Venezuela jusqu’à la capture de Nicolás Maduro, et le Nicaragua (9).
La chute de Nicolás Maduro a immédiatement été suivie d’un blocus pétrolier rigoureux, asphyxiant ce qui restait de l’économie chaviste tout en privant Cuba de sa principale source d’approvisionnement énergétique. Washington a confié l’intérim à Delcy Rodríguez, la Vice-présidente du régime, sommée de collaborer sous peine de subir un sort « pire que celui de Maduro », afin de garantir une transition stabilisée et d’éviter une guerre civile dévastatrice, au détriment d’un retour rapide de la démocratie. Cette intervention radicale réaffirme que le Venezuela est désormais le cœur d’un enjeu régional devenu global. En reprenant la main sur les premières réserves mondiales de brut, les États-Unis entendent obtenir dédommagement pour les nationalisations de l’ère Chávez et fermer définitivement la porte aux intérêts russes, chinois et iraniens qui utilisaient Caracas comme base arrière. (10)
3. Le pivot idéologique et l’alliance du « Bouclier des Amériques »
L’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2017 et son retour en 2025 ont agi comme un accélérateur pour une nouvelle droite décomplexée sur le continent. De nouveaux dirigeants issus d’une droite plus conservatrice et radicale, que de précédents gouvernements de droite, ont été élus, comme Nayib Bukele à El Salvador (2019), Javier Milei en Argentine (2023), Daniel Noboa en Équateur (2023, 2025), José Raúl Mulino au Panama (2024), Nasry Asfura au Honduras (2025), José Antonio Kast au Chili (2025) ou récemment Abelardo de la Espriella en Colombie (2026). Ces présidents décomplexés sont enclins à rejoindre l’alliance idéologique proposée par l’hôte de la Maison-Blanche.

Une alliance stratégique autour du « Bouclier des Amériques »
Le sommet « Bouclier des Amériques », organisé à Miami en mars 2026, a scellé cette alliance entre Washington et une douzaine de gouvernements jugés « fiables » (11). Autour du Président Trump, se sont réunis Javier Milei (Argentine), Nayib Bukele (El Salvador), Daniel Noboa (Équateur), Nasry Asfura (Honduras), Rodrigo Chaves Robles (Costa Rica), José Antonio Kast (Chili), Santiago Peña (Paraguay), Rodrigo Paz Pereira (Bolivie), Mohamed Irfaan Ali (Guyana) (12), Kamla Persad-Bissessar (Trinité-et-Tobago), José Raúl Mulino (Panama) ou encore Luis Abinader (République dominicaine).
Ce bloc pro-Washington devrait être rejoint prochainement par le Pérou de Keiko Fujimori (13) et la Colombie d’Abelardo de la Espriella. Il se définit par un agenda commun : lutte implacable contre l’insécurité, libéralisme économique et opposition frontale au « Sud global ». Par exemple, le Président Milei, surnommé le « Trump de la Pampa » (15), est devenu le héraut de cette ligne radicale, dénonçant le « wokisme » et le « révisionnisme » des gauches régionales : il a aussi donné son accord pour une base militaire conjointe avec les Etats-Unis à Ushuaïa pour verrouiller l’Antarctique face à Pékin (16).
Cette « théorie des dominos inversée » est basée sur une pression constante sur la gauche latino-américaine : elle vise, d’une part, à marginaliser les derniers bastions des régimes d’extrême gauche (Cuba, Nicaragua) et, d’autre part, à « pousser vers la sortie » les gouvernements de gauche plus modérés, mais actifs au sein du Sud global car alliés objectifs de la Chine (Lula au Brésil essentiellement (17), la Colombie venant juste de basculer avec la défaite du candidat soutenu par Gustavo Petro) (18).
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4. L’Amérique latine, terrain d’affrontement du duel sino-américain
La rivalité entre Washington et Beijing est devenue le prisme principal à travers lequel le continent doit être observé pour en comprendre l’évolution. Premier partenaire commercial de nombreuses économies régionales, la Chine a ancré sa présence au moyen d’investissements massifs dans les infrastructures, symbolisés par le méga-port de Chancay au Pérou. Inauguré fin 2024, ce « hub » vers l’Asie est perçu par Donald Trump comme une « ingérence économique » et une menace sécuritaire directe.
L’ascension de la Chine comme partenaire commercial et investisseur majeur (avec un pic en 2025 marqué par des échanges atteignant 550 milliards d’USD) constitue l’évolution la plus marquante des deux dernières décennies. Dès les années 2000, Pékin investit dans les infrastructures, les mines et les ports via l’initiative des « Nouvelles routes de la soie ». En novembre 2024, l’inauguration du Port de Chancay au Pérou, après un investissement de 5 milliards de dollars, offre à la Chine une plateforme stratégique sur la façade pacifique et andine, pouvant transformer les voies du commerce de la région.
La bataille des ressources stratégiques et des influences
Pour les États-Unis, cette présence chinoise suscite une méfiance croissante. Washington cherche à limiter l’influence de Pékin, qu’il considère comme une menace pour ses intérêts économiques et stratégiques dans son « hémisphère occidental », c’est-à-dire les Amériques. Cette rivalité pourrait s’intensifier à mesure que la Chine renforce sa présence dans la région. Le commerce bilatéral entre la Chine et l’Amérique latine connaît une forte croissance, notamment au début des années 2020, avec une augmentation rapide des exportations latino-américaines vers la Chine.
Pour contrer cette influence, la Maison-Blanche a lancé également l’initiative Pax Silica, visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques (lithium, terres rares) et à évincer la Chine des secteurs de la 5G et de l’intelligence artificielle. Le triangle du lithium (Argentine-Chili-Bolivie) est devenu une zone de confrontation stratégique où les États-Unis entendent restaurer leur prééminence économique. (19). Washington utilise également l’arme tarifaire, imposant des taxes punitives pour forcer ses voisins à mieux contrôler l’immigration illégale et à relever leurs propres barrières douanières contre les produits chinois. Le Mexique, pris en tenaille entre ses besoins commerciaux et les exigences migratoires de Trump, illustre cette dépendance structurelle (20).

5. Cuba, Nicaragua, Mexique : pression maximale et souverainetés sous contrainte
La Colombie venant de « basculer » politiquement et le Venezuela n’étant plus une menace depuis la chute de Nicolás Maduro, les régimes castriste et sandiniste sont devenus les cibles prioritaires de l’administration américaine.
En 2026, Cuba affronte sa crise la plus grave depuis la chute de l’URSS. Soumise à une politique de « pression maximale », l’île subit un blocus énergétique total et Raúl Castro a été inculpé pour des faits remontant à 1996 (21). La visite surprise du directeur de la CIA John Ratcliffe, à La Havane en mai 2026, a été perçue comme un ultimatum déguisé exigeant des « changements fondamentaux » sur les plans économiques et démocratiques. (22)
D’autres pays se trouvent dans une position intermédiaire de contrainte. Le Mexique, sous Claudia Sheinbaum, a dû gérer une relation extrêmement tendue, avec des menaces tarifaires répétées liées au fentanyl et aux flux migratoires, des négociations permanentes sur la révision de l’USMCA (accord États-Unis-Mexique-Canada), et des exigences de coopération renforcée contre les cartels. L’économie mexicaine dépend massivement du marché américain, ce qui limite les possibilités de résistance. Chaque concession, qu’elle porte sur le contrôle des ports, sur la présence chinoise dans certaines industries, sur le traité de l’eau de 1944, est arrachée sous la menace. Le Mexique n’est pas, dans ce contexte, un allié idéologique. Il est un partenaire forcé, un vassal économique et sécuritaire dont la marge de manœuvre se réduit à mesure que les priorités américaines s’imposent. La vassalisation n’est pas seulement le produit de la force militaire. Elle résulte aussi de l’asymétrie économique structurelle et de la capacité américaine à utiliser les tarifs, les sanctions et l’accès aux marchés comme instruments de pression. «Le Bouclier des Amériques », en consolidant le camp des alliés, renforce indirectement cette dynamique en isolant davantage les pays qui résistent.

Le Nicaragua de Daniel Ortega est désormais une priorité en termes de sécurité et sur le plan politique pour Washington. Ayant utilisé l’immigration clandestine comme une « arme de perturbation massive », le régime sandiniste qui s’est transformé au fil des années depuis le retour de Daniel Ortega au pouvoir en 2006, une dictature familiale, un point bloquant pour la coopération régionale en Amérique centrale et un point d’ancrage des rivaux globaux des USA, la Chine et la Russie. Les défaites successives de ses alliés bolivariens (23) isolent le régime qui ne cesse de se durcir. Cuba est une réalité symbolique extrêmement forte : la politique de pression maximale exercée sous Donald Trump, vise à accélérer l’évolution sinon le changement du régime castriste, considéré comme « une menace extraordinaire » par les USA et selon les propres termes de Donald Trump en juin 2026.
Conclusion : vers un nouvel ordre hémisphérique
L’ère de Donald Trump a transformé l’Amérique latine en une nouvelle « base arrière » d’une pax Americana musclée. Entre la capture spectaculaire de Nicolás Maduro, l’application rigoureuse de la doctrine « Donroe » et les tentatives d’endiguement systématique de la Chine, le continent voit sa marge de manœuvre se réduire drastiquement. Si certains y voient une opportunité de rétablir la sécurité et l’attractivité économique, d’autres craignent une « balkanisation » forcée et une perte d’autonomie durable.
L’année 2026, avec ses échéances électorales cruciales au Brésil et en Colombie, va déterminer la pérennité de cette dynamique conservatrice et pro-américaine qui contribue à l’ancrage d’un nouvel ordre hémisphérique.
Les situations d’alliance, d’une forme de « vassalisation » et recherche de troisième voie, ne sont pas étanches en Amérique latine. Ils se chevauchent et évoluent en fonction des circonstances. Le « Bouclier des Amériques » consolide le camp des alliés tout en isolant les « récalcitrants ». L’Argentine et El Salvador illustrent les bénéfices et les coûts de l’alignement volontaire. Le Brésil de Lula da Silva essaie de maintenir une position intermédiaire dans un contexte de polarisation croissante, posture intenable pour le Mexique, 1er partenaire commercial des USA devant la Chine.
L’ensemble de ces trajectoires dessine une Amérique latine de moins en moins fragmentée, où chaque pays doit au préalable, négocier sa place dans un dispositif hémisphérique redéfini par Washington. La « doctrine Donroe » a produit des résultats tangibles : chute de Nicolás Maduro, élargissement du camp conservateur, pression accrue sur les cartels, limitation relative de certaines avancées chinoises dans les infrastructures duales. Pour l’instant, l’Amérique latine vit sous le signe d’une puissance américaine réaffirmée, transactionnelle et parfois brutale, qui force chaque pays à choisir, explicitement ou implicitement, sa place dans le nouveau dispositif.
Avec la collaboration de David Biroste, docteur en droit, vice président de Latfran.
Notes
Pascal Drouhaud est spécialiste des relations internationales avec une expertise particulière sur l’Amérique latine. Il est l’auteur de nombreux articles sur l’évolution de ce continent notamment dans la revue Défense nationale. Il a publié un ouvrage, « FARC, confessions d’un guérilléro » aux Editions Choiseul en 2008. Ancien Auditeur de l’IHEDN (54ème promotion nationale), il est le président de l’Association LATFRAN (www.latfran.org) et chercheur auprès de l’Institut Choiseul.
- Pascal Drouhaud et David Biroste, « L’Amérique latine : le continent oublié des relations internationales ? », Revue politique et parlementaire, 2 novembre 2021.
- Pascal Drouhaud, « La tentation du « Sud global » », Revue Défense Nationale, Décembre 2023, N° 865.
- Pascal Drouhaud, « Donald Trump et le continent latino-américain », Revue Défense Nationale, Décembre 2024, N° 875.
- White House, National Security Strategy of the United States of America, Washington, Novembre 2025.
- Pascal Drouhaud, « Vers un tournant politique sous l’influence de Donald Trump », Revue Défense Nationale, Mars 2026, N° 888.
- Pascal Drouhaud, « Operación «Southern Spear» y sus consecuencias para América Latina », El Diario de Hoy, 16 novembre 2025.
- Les cartels concernés sont Sinaloa et Jalisco Nueva Generación au Mexique, la MS-13 à El Salvador, le Clan del Golfo en Colombie et le Tren de Aragua et le Cartel de los Soles au Venezuela.
- David Biroste, « La chute de Nicolás Maduro : causes et conséquences pour le Venezuela », Revue politique et parlementaire, 5 janvier 2026.
- « Washington dénonce une « troïka de la tyrannie » en Amérique latine, nouvelles sanctions à la clé », Le Point (avec AFP), 1er novembre 2018 ; Jay Nordlinger, « The Three Worst », National Review, 24 février 2025.
- Pascal Drouhaud et David Biroste, « L’après Maduro ou le retour de la politique impériale des États-Unis », Revue Défense Nationale, T 1787, 12 janvier 2026.
- Pascal Drouhaud, « Sommet « Bouclier des Amériques« : une nouvelle alliance autour de Donald Trump », Revue Défense Nationale, Avril 2026, N° 889, p. 116.
- Le Guyana est menacé par le Venezuela depuis plusieurs années à cause d’un litige territorial : Pascal Drouhaud et David Biroste, « Tensions entre le Venezuela et le Guyana : une « drôle de guerre » ? », Revue Défense Nationale, Mars 2023, N° 868.
- David Biroste, « Les défis diplomatiques de Keiko Fujimori, la nouvelle présidente du Pérou », Revue politique et parlementaire, 31 juillet 2026.
- David Biroste, « Les défis diplomatiques de Keiko Fujimori, la nouvelle présidente du Pérou », Revue politique et parlementaire, 31 juillet 2026.
- David Biroste, « Argentine, un nouveau Président antisystème face au défi de la gouvernance », Revue politique et parlementaire, 22 novembre 2023.
- Carlos Pagni, « Cambios en el mapa », El País, 10 avril 2024.
- Luiz Inácio Lula da Silva, « Lula to Trump: « No one will defeat us through lies« », The Washington Post, 26 juillet 2026.
- P. Drouhaud, « Colombie : Gustavo Petro et la volonté de rupture avec l’Occident », Revue Défense Nationale, Novembre 2025, N° 884.
- Pascal Drouhaud et David Biroste, « Le lithium : une ressource stratégique pour l’Amérique latine », Revue Défense Nationale, T n° 1509, 17 août 2023.
- Pascal Drouhaud, « USA-Mexique: nouvelles tensions bilatérales », Revue politique et parlelentaire, 28 avril 2026.
- Pascal Drouhaud, « Cuba : quelle issue à la politique de pression maximale des États-Unis ? », Revue Défense Nationale, Juin 2026, N° 891.
- Pascal Drouhaud, « Cuba : chronique d’une chute historique annoncée ? », Revue politique et parlementaire, 21 mai 2026.
- Pascal Drouhaud et David Biroste, « Nicaragua : le méthodique abandon démocratique », Revue Défense Nationale, chron. Amérique latine, Avril 2025, N° 879





