Raphael Doan présente un parcours à deux versants. Essayiste et haut fonctionnaire, il défend une pensée exigeante, soucieuse de relier le passé aux défis du présent, à la croisée des humanités classiques, de la politique et des nouvelles technologies. Agrégé de lettres classiques, diplômé de l’ENA et L’ENS, il a été distingué par le palmarès Les 200 leaders de demain, établi par l’Institut Choiseul et Le Figaro. En mai 2025, il publie son dernier ouvrage « Faire de la France une démocratie » qui explore les réussites et les limites de la démocratie directe au fil de l’histoire afin d’en dégager des enseignements bienséants pour la France contemporaine.
Vous êtes à la fois haut fonctionnaire et essayiste. Pourquoi avoir ressenti le besoin de prendre la plume en parallèle de votre engagement dans l’administration publique ?
J’ai toujours été passionné par l’Antiquité, et même si je n’ai pas voulu devenir chercheur en histoire ancienne, c’est un sujet qui continue d’être présent à mon esprit. Ecrire sur l’Antiquité, tisser des liens avec les grands problèmes de notre époque, me paraissait logique. L’avantage de l’histoire, surtout l’histoire très ancienne, est qu’elle permet de traiter de sujets aujourd’hui brûlants en les dépassionnant. Si vous parlez de populisme en citant Trump ou Marine Le Pen, vous pouvez difficilement éviter qu’on vous range dans un camp et qu’on vous demande de vous prononcer moralement. Si vous en parlez en citant Cicéron ou Clodius, le débat est plus froid et rationnel. Depuis peu, je suis en disponibilité de la fonction publique et je travaille dans le monde du conseil et celui de l’intelligence artificielle, mais là aussi, c’est toujours utile de croiser avec l’histoire antique.
Vos essais interrogent la relation entre l’État, les citoyens et la responsabilité publique. Comment l’évolution de ce lien pèse-t-elle aujourd’hui sur la capacité de l’État à décider et agir, notamment face aux défis économiques et industriels contemporains ?
L’Etat a énormément perdu en capacité à agir ; par sa propre faute, il est devenu un Gulliver enchaîné. Les normes internationales, la jurisprudence constitutionnelle, les agences indépendantes l’empêchent de gouverner en rond. C’est le principal défi à affronter aujourd’hui : trouver l’équilibre entre la protection des droits individuels et la puissance d’action collective. Tant qu’on ne le règle pas, on est condamné à voir un Etat, et un législateur, accumuler des initiatives inutiles, faiblardes ou franchement néfastes à force de contourner les problèmes. Je prends souvent l’exemple de la création de datacenters aujourd’hui, qui est extrêmement longue à force de multiplier les recours ou les études d’impact, tandis qu’on multipliait les centrales nucléaires à toute vitesse dans les années 1970…
Au regard de la transformation de nos institutions, quel devrait être aujourd’hui le rôle du décideur public français ? Existe-t-il, selon vous, des principes fondateurs incontournables — hérités ou à réinventer — pour guider l’action publique et restaurer la confiance démocratique ?
On a oublié que le souverain, c’est le peuple français, pas ses représentants. Nous ne sommes plus assez démocrates, au sens athénien du terme. Le référendum devrait être un mode d’adoption des lois beaucoup plus fréquent ; on a tort de croire que c’est un outil plébiscitaire ou démagogique. C’est un outil de décision politique surpuissant, parce qu’il donne une légitimité immense à la loi adoptée. Plutôt que de multiplier les instances de concertation, de consultation ou de dialogue, qui n’ont rien de démocratique, il faut rétablir un usage fréquent du référendum, tout en redonnant à l’Etat les moyens d’agir directement.
Retrouvez le palmarès intégral des 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro : Institutions, économie, médias, culture… Le palmarès des 200 jeunes qui feront la France de demain




