Marie Ameller (Cité de l’architecture et du patrimoine) : « Considérer que l’architecture serait réservée à des initiés est une idée reçue »

Publié le 23 janvier 2026

Initialement issue d’une école de commerce, Marie Ameller, Directrice générale déléguée de la Cité de l’architecture et du patrimoine, témoigne d’un parcours ambivalent à la croisée du business et de la culture. Lauréate du palmarès Les 200 leaders de demain, établi par l’Institut Choiseul et Le Figaro, elle plaide pour une reconnaissance accrue des politiques des publics comme levier essentiel de démocratisation des institutions culturelles. Dans cette optique, elle défend alors une approche exigeante du service public culturel ou rigueur budgétaire, attention portée aux publics et ambition patrimoniale sont complémentaires.

Diplômée de l’ESSEC et de l’Ecole du Louvre, votre parcours témoigne d’un profil hybride, avec les enjeux culturels comme boussole. Comment cette double casquette structure-t-elle aujourd’hui votre manière de diriger une grande institution patrimoniale ?

Je crois que les profils issus des écoles de commerce sont aujourd’hui mieux acceptés dans les institutions culturelles publiques qu’ils ne l’étaient il y a encore quelques années. L’ESSEC m’a apporté des compétences budgétaires, de gestion de projets et de management, précieuses pour piloter un établissement public. À l’École du Louvre, au-delà d’un cursus généraliste en histoire de l’art, je me suis spécialisée en politiques des publics, encore trop souvent considérées comme un angle secondaire du champ patrimonial, alors qu’elles conditionnent directement l’accès, la compréhension et l’appropriation des œuvres et des savoirs par le plus grand nombre. Cette complémentarité se traduit aussi par une attention exigeante portée à l’argent public : la rigueur de gestion n’est pas un frein à l’ambition culturelle, elle en est la condition.

Après le Ministère de la Culture et Matignon, vous avez pris la direction générale déléguée de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Comment passe-t-on d’un rôle transverse au cœur des politiques publiques culturelles à la direction d’une institution culturelle ?

Je me sens plus à ma place dans un établissement public qu’à Matignon, sans doute parce que j’ai besoin de voir les projets se faire. À Matignon, on rencontre des personnalités souvent brillantes, et le travail est intellectuellement très stimulant, mais il se situe surtout en amont : on est dans la norme, le cadrage et les grands arbitrages budgétaires, beaucoup moins dans la mise en œuvre concrète et le management des équipes. À la Cité de l’architecture et du patrimoine, je seconde le président dans la conduite de l’établissement, avec une responsabilité très opérationnelle sur le fonctionnement quotidien et le pilotage des projets. J’y trouve une forme d’évidence : travailler au plus près des équipes, chercher des solutions, et transformer une orientation stratégique en réalisations visibles et durables.

L’architecture reste parfois perçue comme un sujet réservé aux initiés et experts. Comment sensibiliser le grand public à ses enjeux, du volet artistique jusqu’à la conservation du patrimoine ?

Considérer que l’architecture serait réservée à des initiés est une idée reçue à combattre, justement parce qu’elle concerne chacun dans son quotidien. Pour élargir le regard, la Cité s’est ouverte en 2025 à l’art contemporain, avec une exposition consacrée à Fabienne Verdier et une autre au Color Field américain (à découvrir jusqu’au 8 mars 2026). C’est une manière d’attirer de nouveaux publics, de créer des points d’entrée sensibles, et de faire dialoguer les disciplines.

Sensibiliser le grand public suppose aussi de travailler sur les formes de médiation, les parcours de visite et les activités susceptibles d’attirer davantage les familles. Il s’agit de donner des clés de lecture, sans simplifier à l’excès, pour montrer que l’histoire de l’architecture est avant tout une histoire des sociétés, de notre rapport au monde, à la fois matériel et symbolique. Pour ne prendre qu’un exemple, la Cité lancera cette année une visite guidée « psychanalytique » de ses collections !

A travers ses expositions, son école, ses conférences, le rôle de la Cité est de rappeler que le patrimoine ne se limite pas à l’héritage du passé : il engage des choix contemporains et des responsabilités pour l’avenir. Cette ambition trouvera un prolongement majeur en 2027, à l’occasion des 20 ans de la Cité, avec la refonte complète du parcours muséographique.

Retrouvez le palmarès intégral des 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro : Institutions, économie, médias, culture… Le palmarès des 200 jeunes qui feront la France de demain