Fonctionnaire territorial en disponibilité, Fouad Ben Ahmed s’engage depuis plusieurs années sur les enjeux de mobilité et d’accessibilité. Titulaire d’un Master 1 en management des institutions sanitaires et sociales à Paris XIII, il cofonde en 2016 le Collectif Plus Sans Ascenseurs, avant de créer SAMV à Bobigny en 2021. Il y développe le concept de mobilité verticale et crée le métier d’assistant à mobilité verticale, avec un modèle qui associe insertion professionnelle et l’accompagnement des personnes les plus fragiles.
Lauréat du « Prix Joann Bendetson » de l’Université Tufts et chevalier de l’Ordre national du Mérite, il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise distinguée par une vingtaine de prix. Il est lauréat 2026 du palmarès Choiseul « Leadership Engagé », en partenariat avec Les Entreprises s’engagent.
La mobilité verticale est souvent considérée comme un sujet technique, alors qu’elle conditionne directement la liberté de se déplacer et l’autonomie. Pourquoi est-il important de la penser comme un véritable enjeu d’accès au logement et à la ville ?
La mobilité verticale est un enjeu de droits fondamentaux : la liberté d’aller et venir a une valeur constitutionnelle. Un logement ne peut être pleinement accessible si son habitant ne peut ni en sortir ni y entrer. Pour une personne âgée ou en situation de handicap, l’absence ou l’indisponibilité d’un ascenseur peut couper l’accès aux soins, au travail, à l’école et à la vie sociale et familiale.
Une personne capable de marcher à plat peut pourtant être incapable de franchir un étage. Cette réalité, encore trop peu visible, doit être prise en compte dans les politiques du logement et de la ville. Penser la mobilité verticale, c’est penser toute la chaîne de déplacement, depuis la porte du domicile. Notre ambition est de rendre effective l’inclusion à tous les étages.
Dans les immeubles sans ascenseur, ou lorsque celui-ci est temporairement indisponible, quelles solutions peuvent être mises en place pour éviter que des personnes se retrouvent durablement privées de leur liberté de mouvement ?
Chez SAMV, nous avons développé le métier d’assistant à mobilité verticale. Des professionnels formés accompagnent les personnes dans les escaliers à l’aide de monte-escaliers électriques mobiles à roues ou à chenilles (le vertimove), adaptés à leurs besoins et à la configuration des types d’escaliers. Une personne peut ainsi rejoindre un rendez-vous médical, aller à l’école, travailler ou retrouver ses proches, puis regagner son domicile dans des conditions sécurisées et rassurantes.
Nous complétons cet accompagnement par le portage des courses et des packs d’eau, la descente des ordures ménagères ou la promenade des animaux de compagnie. Mais l’aide à domicile ne remplace pas la possibilité de sortir. Lors des Jeux de Paris 2024, mandatés par le comité d’organisation, nous avons assuré la mobilité verticale de la passerelle donnant accès au Stade de France, avec 1 480 interventions.
Toutes ces réponses doivent être anticipées avec les propriétaires d’immeubles collectifs : identifier les besoins et organiser les interventions dès l’indisponibilité de l’ascenseur. Pour les immeubles sans ascenseur, elles doivent s’articuler avec des solutions durables d’accessibilité ou de logement adapté comme l’installation d’un système d’élévation ou la mise en place de chèques mobilité verticale.
Votre modèle associe accompagnement des personnes les plus fragiles et insertion professionnelle. Comment ces deux dimensions se complètent elles, et quels effets observez vous sur les parcours des personnes que vous accompagnez ?
Notre modèle relie deux besoins : celui des personnes vulnérables privées de mobilité et celui des personnes éloignées de l’emploi. Nous recrutons d’abord pour l’empathie, le savoir être et la motivation, sans exiger de diplôme préalable. Nous formons ensuite nos assistants aux techniques de mobilité verticale, à l’accompagnement des personnes à mobilité réduite et au sauvetage secourisme du travail (SST).
La qualité du lien humain améliore l’accompagnement et donne du sens au travail. Les personnes accompagnées retrouvent leurs soins, leurs proches et une vie sociale. Les salariés développent des compétences, de la confiance et une fierté professionnelle.
Cette expérience constitue également une passerelle vers les métiers d’ambulancier, de brancardier ou d’aide à domicile, sous réserve de suivre les formations complémentaires nécessaires. En 2025, nous avons reversé 30 % de nos bénéfices à des structures inclusives et financé 5290 heures d’insertion
Nous construisons ainsi une économie vertueuse, où l’accès à l’emploi contribue à redonner aux autres leur liberté de mouvement.
Pour consulter notre palmarès : Palmarès Choiseul Leadership engagé




