Cyrielle Callot, directrice générale des Alchimistes : recréer du lien grâce au compost

Publié le 26 octobre 2026

À la tête des Alchimistes, premier opérateur national de la collecte et de la valorisation des déchets alimentaires, Cyrielle Callot poursuit un double objectif d’impact : régénérer les sols et créer de l’emploi durable pour des personnes qui en étaient éloignées. Rencontre.

Lauréate du palmarès 2026 « Les 40 qui (re)créent du lien », Cyrielle Callot est fermement convaincue qu’une entreprise à impact peut aussi bien être robuste et pérenne. Une volonté traverse chacun de ses engagements : celle de recréer du lien là où il s’est distendu.

Chez Les Alchimistes, vous parlez souvent du compost comme d’un outil de lien dans la société. Dans un contexte où l’on parle beaucoup de fractures au sein de la population, en quoi le compost peut-il justement être un facteur de rassemblement ?

On a sans doute plus de choses qui nous relient qu’on ne le pense. Le compost en est une belle illustration : les déchets alimentaires des villes triés par les citadins retournent nourrir les sols agricoles et permettent aux agriculteurs de prendre soin de leurs sols et de nourrir la population. Ce geste de tri et cette boucle de la fourchette à la fourche (et inversement), nous montre que nous sommes tous interconnectés, quelle que soit notre catégorie sociale, nos convictions, notre lieu ou style de vie.

Chez Les Alchimistes, on en fait la démonstration très concrète tous les jours. On mobilise à la fois les entreprises, les administrations et les collectivités locales, les habitants et les agriculteurs autour d’un objectif commun très concret, retrouver plus de résilience alimentaire locale, réduire notre dépendance aux flux extérieurs, et prendre soin d’un capital qu’on a trop longtemps négligé : nos sols. C’est peut-être ça, la vraie force du compost : rappeler que même dans une société qui semble se fragmenter, il existe encore des choses qu’on ne peut faire qu’ensemble. Sur Nantes par exemple, on collecte les déchets alimentaires d’un restaurant scolaire qui se fournit en légumes chez un maraîcher qui utilise notre compost. La boucle est bouclée !

Ce lien social, vous le cultivez aussi en interne. Une grande partie de vos salariés sur les postes opérationnels étaient éloignés de l’emploi avant de rejoindre Les Alchimistes. Comment fédérez vous des parcours aussi divers autour d’un projet commun ?

Effectivement, environ la moitié de nos salariés occupant des postes opérationnels de collecte et de traitement étaient éloignés de l’emploi avant de nous rejoindre (chômage de longue durée, sortie de parcours d’insertion…) Notre conviction, c’est qu’un emploi peut être un formidable vecteur de stabilité retrouvée, à condition d’accompagner vraiment les parcours : nos collaborateurs sont formés, accèdent à des CDI et pour ceux qui le souhaitent à des formations qualifiantes (CACES, permis poids lourd), ce qui leur permet de se projeter durablement.

Fédérer, c’est aussi donner du pouvoir d’agir. Nous souhaitons aussi développer l’entreprise apprenante au sein des Alchimistes pour que tous nos collaborateurs, quels que soient leurs métiers, puissent proposer et mettre en place les optimisations les plus pertinentes à chaque étape du process.

Et pour mobiliser des profils très divers, on aime aussi les moments de célébration collective qui donnent du sens au travail d’équipe, au-delà des différences de parcours.

Enfin, cette année, nous avons proposé à des salariés volontaires une innovation dans le monde du travail : la poly activité choisie, une journée par semaine travaillée chez un agriculteur partenaire, pour renforcer le lien avec le monde agricole et redonner une dimension concrète à notre mission.

Le fil de la création de lien traverse aussi votre engagement personnel. Qu’est-ce qui vous a menée à vous investir sur ce sujet, à la fois professionnellement et personnellement ?

En parallèle de mon activité chez Les Alchimistes, j’ai créé et j’anime Le Noyau sur Nantes, une association qui vise à recréer du lien à l’échelle d’un quartier. C’est la même conviction qui m’anime dans les deux cas : notre société n’a pas besoin de nouveaux liens sophistiqués, mais de retisser des liens simples et de proximité. Entre voisins, entre générations, entre professions… Le compost et le quartier sont deux échelles différentes d’un même geste : recréer de la proximité là où elle s’est distendue.