Cécilia Creuzet (May) : « Il n’existe pas une seule manière d’accompagner la parentalité »

Publié le 21 septembre 2026

Après huit années dans le secteur associatif, notamment au sein du mouvement Emmaüs, Cécilia Creuzet s’est intéressée aux enjeux d’inclusion numérique et à l’accès aux services pour les publics fragiles. Rencontre.

En 2020, elle cofonde May, un service de santé digitale dédié aux parents et futurs parents. Lauréate 2026 du palmarès Choiseul « Les 40 qui (re)créent du lien », elle poursuit une même ambition : utiliser le numérique pour mieux prévenir, informer et accompagner les familles pendant cette période clé du devenir parent, tout en contribuant à réduire la pression qui pèse sur le système de santé.

Quelle circonstance vous a fait prendre conscience de la nécessité de repenser l’accompagnement des (futurs) parents ?

Le déclic remonte à 2019, au moment de la grève des urgences. Nous découvrons alors que les moins de 6 ans comptent parmi les populations qui “engorgent” le plus les urgences, parfois simplement parce que leurs parents ne savent pas vers qui se tourner. Cela révélait un paradoxe : la période périnatale concentre énormément de questions et de vrais enjeux de santé, alors même que les parents sont souvent très seuls pour y répondre. La médecine de ville est peu disponible et Internet regorge d’informations difficiles à évaluer. Cette solitude dit aussi quelque chose de notre capacité collective à accompagner les familles dans l’un des moments où elles sont les plus vulnérables.  May est née de cette conviction : il manquait un relais entre les parents et le système de soins.

Comment May aide-t-elle concrètement les parents au quotidien ?

Notre ambition est d’offrir un soutien fiable à chaque étape : des contenus scientifiquement fondés, des outils de suivi, et un accès quotidien à des professionnels de santé par chat, aujourd’hui complété par un assistant IA.

May répond au parent inquiet face à l’éruption cutanée de son bébé un dimanche soir : on peut le rassurer, l’orienter et parfois lui éviter une consultation inutile. En 2025, nous estimons à 4 millions d’euros les économies générées pour l’Assurance maladie grâce aux consultations évitées. May, c’est aussi une mère qui ose écrire qu’elle est profondément triste et épuisée : une sage-femme peut l’écouter, repérer un signal d’alerte et l’orienter.

Qu’est-ce que votre développement international vous a appris ?

Qu’il n’existe pas une seule manière d’accompagner la parentalité ! Nous pensions partir d’un besoin universel ; nous avons découvert à quel point les systèmes de soins, les recommandations et les cultures façonnent les usages. Nos équipes locales ont donc profondément retravaillé la version française. La médicalisation de la grossesse, l’allaitement, ou la place de l’enfant dans la société par exemple diffèrent très fortement. C’est passionnant : cela oblige à questionner nos propres évidences.

Où en êtes-vous aujourd’hui et quelle est votre ambition pour les prochaines années ?

Nous avons dépassé le million de parents accompagnés et ouvert une dizaine de marchés à l’international. Notre enjeu est de continuer à approfondir notre impact en France tout en accélérant à l’étranger. Nous voulons faire de May l’application de santé périnatale de référence, avec la même mission : prendre soin de la santé physique et mentale des familles dans les premiers moments de la parentalité. Parce que soutenir les parents, prévenir leur isolement, favoriser une éducation fondée sur l’empathie et l’écoute constitue à mes yeux l’un des investissements les plus puissants pour la cohésion future de notre société.