Natif du territoire, ancien ministre de l’Agriculture, ancien conseiller régional et aujourd’hui président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale : la trajectoire de Stéphane Travert lui confère une vision de la Manche à plusieurs échelles.
Il évoque un territoire riche de ses attributs ruraux, maritimes, industriels et agricoles, capable de porter des projets d’envergure tout en conservant une forte culture de la solidarité. Ce portrait a été réalisé dans le cadre d’une série éditoriale issue de la séquence coportée par Attitude Manche et l’Institut Choiseul autour des transformations du territoire.
Un territoire façonné par sa diversité
Depuis le siège à l’Assemblée nationale qu’il occupe depuis 2012, Stéphane Travert a choisi de s’investir dans plusieurs groupes d’études directement liés aux réalités de son département – qu’il s’agisse du littoral, de la ruralité, de la gastronomie, de l’artisanat ou de la filière équine. Une manière de rester au contact de ses paysages, de ses savoir-faire et de ses équilibres. La ruralité lui apparaît ainsi comme « une force » et « une vitalité » ; le Cotentin, où il réside, comme un condensé de cette singularité entre bocage, marais et mer.
Cette diversité se retrouve naturellement dans l’économie départementale que Stéphane Travert décrit comme étant particulièrement dynamique. L’agriculture et la production laitière y côtoient la pêche, l’aquaculture, l’agroalimentaire, l’industrie navale, l’énergie et le tourisme – composant un tissu qu’il considère être l’un des principaux atouts de la Manche. Il estime en ce sens qu’un « territoire qui est mono-industrie peut se perdre » comme ce fut le cas pour la Manche il y a encore quelques années. Aujourd’hui « terre de grands projets », héritier de la « grande aventure de l’ère atomique » et de son patrimoine, le département peut désormais se vanter de faire « partie des premiers en France en termes d’attractivité et de résultats économiques ».
« Il faut reconnaître que la diversité de l’économie est une belle vitrine pour le monde économique et industriel », résume-t-il. L’Aval du Futur, projet d’envergure porté par Orano, s’inscrit, selon le député, dans la continuité de l’histoire manchoise avec une ampleur européenne et des enjeux majeurs de souveraineté énergétique. Sa réussite est néanmoins conditionnée : « Il ne doit pas répondre uniquement à une logique industrielle du Nord-Cotentin » mais « doit concerner tout le département ».
La Manche, « tout un territoire qui doit se mettre en mouvement »
La recherche d’équilibre traverse toute la lecture que Stéphane Travert porte sur la Manche. Le département reste marqué par des géographies internes fortes, entre le nord, le centre et le sud, autant que par ses côtes est et ouest. À ses yeux, les transformations en cours doivent justement permettre de mieux relier ces différentes composantes. « C’est tout un territoire qui doit se mettre en mouvement », martèle-t-il, insistant sur la nécessité de faire participer l’ensemble des Manchois aux projets qui se dessinent.
Cette ambition suppose aussi de lever plusieurs freins. Stéphane Travert cite en premier lieu les mobilités, avec la sécurisation de la RN13, le désenclavement ferroviaire et la Ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN). « Même si les choses vont beaucoup mieux », le département « a besoin de régularité, de davantage de cadencement et de fluidité » – que ce soit avec les autres pôles régionaux ou avec Paris.
Le député élargit enfin le regard à ce qui nourrit, plus discrètement, la vitalité du territoire. L’école publique, la réussite éducative, la solidarité, la culture ou encore le patrimoine participent d’une même capacité à faire vivre la Manche dans la durée. Il insiste notamment sur la jeunesse, appelée parfois à partir pour se former avant de revenir avec des compétences nouvelles, au service des entreprises comme du territoire.
Cette force collective se lit aussi dans la manière dont les acteurs locaux savent dépasser leurs différences. Stéphane Travert relève que, malgré les fractures politiques et sociales qui traversent le pays, la Manche conserve une forme de respect et de mesure dans le débat public. Les élus, dit-il, savent encore se retrouver lorsque l’intérêt du département l’exige, le tout dans le but de « défendre un territoire auquel nous sommes viscéralement attachés ».




