Directrice Générale de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) depuis juin 2026, Juliette Lefébure porte une conviction qui a guidé l’ensemble de sa carrière : celle d’œuvrer pour la transition du secteur immobilier. Rencontre.
Passée par AXA Investment Managers où elle pilotait l’intégration des enjeux de durabilité dans les métiers de l’investissement immobilier, Juliette Lefébure dispose d’une connaissance approfondie des leviers opérationnels de la transition immobilière. Lauréate du palmarès Choiseul Ville de demain 2026, Juliette Lefébure figure parmi le Top 5 de la catégorie Ville durable et innovante — celle qui distingue les acteurs qui développent et implémentent des solutions qui accélèrent la neutralité carbone, la résilience urbaine et la connectivité territoriale.
Après avoir porté votre engagement en faveur d’un immobilier plus durable au sein de groupes comme AXA et VINCI, vous avez choisi de prendre la direction de l’Observatoire de l’Immobilier Durable. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Mon choix de carrière a été porté par deux motivations principales : l’accélération et l’impact.
Toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens et, face aux enjeux de durabilité, avancer seules est souvent contreproductif. Le secteur a besoin de lieux de coopération pour partager les retours d’expérience, construire des méthodologies communes et objectiver les critères de performance.
L’OID répond précisément à ce besoin. Sa position unique lui permet de fédérer les acteurs, produire des connaissances de référence et transformer les enjeux environnementaux en leviers d’action. En prendre la direction, c’était donc l’opportunité de démultiplier l’impact de mon engagement, en mettant mon expérience au service d’une dynamique collective capable d’accompagner la transformation du secteur immobilier.
Face à la multiplication des canicules, des incendies et des inondations, pensez-vous que l’immobilier est enfin entré dans une logique d’anticipation plutôt que de réaction ? Quel rôle l’OID joue-t-il pour accélérer cette transformation ?

Le Bosco Verticale (exemple d’architecture durable), Milan, Italie, publiée le 4 mai 2019, Canon, EOS 1200D, Unsplash
On observe une montée en puissance de l’anticipation, avec le développement d’outils de cartographie des risques, d’analyse de vulnérabilité et d’aide à la décision. Mais le secteur reste fragmenté : méthodes, indicateurs et niveaux d’exigence sont encore peu harmonisés.
L’enjeu est désormais de construire des référentiels communs permettant de définir ce qu’est un bâtiment réellement adapté et résilient.
Depuis 2018, l’OID joue un rôle structurant sur la thématique de l’adaptation au changement climatique pour le secteur immobilier. Son programme de recherche appliquée, lancé en 2023 avec plusieurs partenaires immobiliers, a notamment vocation à accélérer le développement de connaissances, faire émerger des référentiels communs et partager les retours d’expérience.
Parmi les initiatives structurantes figurent la plateforme R4RE et son module BAT-ADAPT, qui analyse les risques climatiques et facilite la priorisation ; la Charte d’engagement pour l’adaptation du secteur immobilier, lancée en 2025 et réunissant déjà 20 entreprises ; ainsi qu’un travail de recherche avec l’ESTP sur l’évaluation du risque financier lié à l’adaptation.
L’OID contribue ainsi progressivement à faire de l’adaptation un levier stratégique pour sécuriser la valeur des actifs et renforcer la résilience du parc immobilier.
« L’OID contribue progressivement à faire de l’adaptation un levier stratégique
pour sécuriser la valeur des actifs et renforcer la résilience du parc immobilier. »
L’OID fait de l’intelligence collective un pilier de son action. Comment cette approche se traduit-elle concrètement dans vos travaux et dans l’accompagnement de la filière ?
L’intelligence collective fait partie de l’ADN de l’association. Dès sa création, la mise en commun des données entre acteurs a permis de mieux mesurer et comparer la performance environnementale des actifs, donnant naissance à notre Baromètre de la Performance Environnementale (BPE). Cette logique de mutualisation et de coopération est restée au cœur de notre fonctionnement.
Aujourd’hui, elle se traduit par des groupes de travail, ateliers, consultations et échanges réunissant investisseurs, gestionnaires, promoteurs, utilisateurs, experts, chercheurs et acteurs publics. Cette diversité de profils nous permet de croiser la connaissance scientifique, les données et les réalités opérationnelles du terrain, afin de produire des analyses au plus près des besoins de la filière.
Nos travaux sont construits de manière collaborative : les acteurs contribuent à identifier les problématiques, tester les méthodologies et enrichir les outils. Cela nous permet de produire des indicateurs, référentiels, bases de données et outils directement mobilisables, tout en favorisant le partage et la diffusion des bonnes pratiques.
L’OID joue donc à la fois un rôle de tiers de confiance, de lieu de dialogue et de mise en commun, avec une ambition constante : transformer l’intelligence collective de la filière en leviers concrets pour accélérer sa transition environnementale.




