Lauréate du Choiseul Hauts-de-France 2026, Julie Vanson de CCI Hauts-de-France, défend une conviction simple : les territoires les plus performants ne sont pas seulement ceux qui innovent, mais ceux qui savent créer les bonnes connexions. Dans cette tribune, elle met en lumière le rôle essentiel des « passeurs », ces femmes et ces hommes qui rapprochent entreprises, collectivités, chercheurs et entrepreneurs pour transformer les idées en projets concrets et renforcer durablement l’attractivité des territoires.
Nous parlons souvent des entrepreneurs qui innovent, des chercheurs qui inventent, des élus qui décident ou des entreprises qui investissent. Nous parlons plus rarement de celles et ceux qui font se rencontrer ces mondes-là. Je les appelle des passeurs.
Une PME qui échange avec un laboratoire. Une collectivité qui découvre une start-up. Un dirigeant qui croise un élu au bon moment. Ce sont des rencontres qui semblent anodines, et qui ne le sont jamais : c’est souvent à cet instant précis qu’une idée change de dimension.
En préparant certains événements économiques, je me surprends parfois à passer plus de temps à réfléchir aux personnes qu’il faut faire se rencontrer qu’au déroulé de la journée. Parce qu’au fond, le programme est important. Mais ce sont souvent les échanges qu’il déclenche qui laissent la plus grande empreinte.
Dans les salons, les réunions de travail ou les instances de décision, on parle beaucoup d’innovation, de transition, d’investissement. C’est normal. On s’interroge encore trop peu sur ce qui fait qu’une idée devient un projet. Ce n’est pas parce qu’elle est meilleure qu’une autre. C’est parce qu’elle a rencontré les bonnes personnes, au bon moment, et que quelqu’un a pris la peine de provoquer cette rencontre.
Les entreprises, elles, n’attendent pas. Elles expérimentent, s’allient et testent. C’est cette économie des alliances qui se dessine aujourd’hui : les idées existent, les compétences aussi. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à connecter et à transformer une intention en action.
La compétitivité d’un territoire ne se joue donc plus seulement sur ses infrastructures, ses financements ou ses talents. Elle se joue aussi sur sa capacité à faire agir ensemble celles et ceux qui le font vivre. Cela change la responsabilité des institutions : ne plus seulement accompagner les transformations, mais organiser, délibérément, les conditions qui permettent aux acteurs économiques de se croiser et d’avancer plus vite.
Concrètement, cela veut dire faire de la mise en relation un métier à part entière, y consacrer du temps, une méthode, des moyens, plutôt que de la laisser au hasard d’un cocktail de réseautage en fin de colloque.
On aime pourtant se raconter l’inverse : que la bonne idée s’impose d’elle-même, que le marché ou le mérite font le tri. C’est confortable et c’est faux. Une idée sans passeur meurt dans un tiroir ou dans un compte-rendu de réunion. Combien de projets solides sont restés lettre morte faute d’avoir croisé, à temps, la bonne personne ? Le problème n’est pas le manque d’idées dans nos territoires. C’est le manque d’organisation de la rencontre.
Les passeurs ne sont pas toujours ceux qu’on voit le plus. Ce sont souvent ceux qui permettent aux autres d’aller plus loin.
Il est temps de reconnaître que cette capacité à créer des liens n’est pas un supplément d’âme. C’est un véritable levier de compétitivité pour nos territoires.




