Figure engagée du dialogue social et de la transition écologique, Maddy Gilbert s’impose aujourd’hui comme une voix influente sur les enjeux de responsabilité des entreprises et de gouvernance durable. Secrétaire nationale confédérale de la CFE-CGC en charge de la transition vers un monde durable, elle œuvre depuis plusieurs années à inscrire les questions environnementales, sociales et économiques au cœur des stratégies d’entreprise. Forte de ce positionnement elle analyse aujourd’hui un moment clé de l’agenda climatique international, la dernière Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.
Participer à la COP30 de Belém, c’était entrer au cœur d’une diplomatie climatique en pleine recomposition. Sur les 198 parties à la CCNUCC, 194 étaient présentes, et la France comptait 530 délégués. Pourtant, derrière cette mobilisation mondiale, la conférence s’est déroulée dans un contexte paradoxal. Le Brésil, hôte de la COP et défenseur proclamé de l’Amazonie, connaît en parallèle une envolée historique de sa production pétrolière (près de 4 millions de barils par jour en 2025). À cela s’ajoutent une économie mondiale affaiblie (croissance atone, inflation persistante, endettement croissant), des conflits géopolitiques multiples. L’absence remarquée des États-Unis, dont le retrait de l’Accord prendra effet le 27 janvier 2026 et qui n’avaient pas envoyé de délégation officielle malgré la présence de responsables locaux, tranchait avec l’omniprésence de la Chine, représentée par 789 délégués, et planait sur l’ensemble des négociations. Enfin, la présence autorisée de 1 602 représentants liés aux combustibles fossiles a fortement marqué cette COP.
Dans ce contexte, la COP30 se voulait « de la vérité » et « de la mise en œuvre ». Les enjeux étaient majeurs : révision des contributions déterminées au niveau national (CDN), financement climatique, atténuation avec un débat attendu sur la sortie des énergies fossiles, adaptation et résilience, protection des écosystèmes clés, justice climatique et rôle des peuples autochtones. Quelques avancées ont émergé : un accord adopté in extremis a été conclu, preuve que le multilatéralisme tient encore. Les pays en développement ont obtenu une augmentation significative des financements pour l’adaptation. Le Brésil a obtenu la reconnaissance de son fonds « Tropical Forest Forever », mécanisme financier visant à soutenir la préservation des forêts tropicales. La Chine a obtenu le maintien de sa faible ambition et une ouverture des discussions vers les enjeux commerciaux.
Mais les limites sont tout aussi marquantes. L’Europe, qui finance à elle seule près de la moitié des efforts mondiaux tout en n’émettant que 6 % des gaz à effet de serre planétaires, n’a pas réussi à faire inscrire la sortie des énergies fossiles. L’accord final reste en retrait : aucune feuille de route pour éliminer charbon, pétrole et gaz, des financements encore flous, et une ambition jugée très insuffisante par les scientifiques. Le +1,5 °C s’éloigne.
Cette COP aura montré une réalité : les négociations avancent, mais la mise en œuvre reste entravée par des intérêts divergents. Ce décalage appelle un renforcement de la gouvernance climatique, mais aussi du rôle des acteurs économiques, sociaux et territoriaux. Car la transition ne pourra réussir que si elle mobilise l’ensemble des forces vives.
Enfin, l’adoption du programme de travail sur la transition juste marque une avancée importante, en consacrant une définition multisectorielle et transversale de cette transition et en ouvrant la voie au développement d’un mécanisme dédié.
Passer des intentions aux actes reste l’enjeu central : convertir les engagements politiques en transformations réelles.




