Face aux défis auxquels l’IA confronte les entreprises, comment peuvent-elles en faire un levier opérationnel ? Fondateur d’ALGAMA et de Montaigne Nutrition, Alvyn Severien, lauréat du Palmarès Choiseul 100 2026, se livre sur sa vision de l’usage de l’IA en entreprise. Cette tribune marque le début d’une nouvelle série de rencontres, dans laquelle Choiseul Magazine donne la parole aux lauréats du Choiseul 100 2026.
On vous a probablement déjà dit que l’intelligence artificielle allait tout changer. On vous a peut-être aussi dit que c’était une bulle spéculative, un mirage énergétique, une menace pour l’emploi, ou la réponse à tous vos problèmes de croissance. Ces gens ont tous raison. C’est là le problème.
L’IA provoque, à raison, de la méfiance chez les entrepreneurs
Je dirige des entreprises depuis plus de dix ans. J’ai levé des fonds, recruté, pivoté, échoué sur certains fronts, réussi sur d’autres. Et comme beaucoup, j’ai regardé l’IA avec un mélange de fascination et de méfiance, avant de décider, tout simplement, de l’utiliser.
Ce que j’ai trouvé est à la fois plus banal et plus radical que ce que la presse décrit.
L’IA est une révolution. Pas au sens où elle crée de la valeur ex nihilo, mais au sens où elle redistribue les cartes entre ceux qui savent traiter l’information vite et ceux qui ne le font pas encore. Un entrepreneur seul avec les bons outils peut aujourd’hui accomplir ce qui nécessitait une équipe de cinq il y a trois ans. Ce n’est pas anodin.
L’IA est une imposture. Ou du moins, le discours qui l’entoure l’est souvent. Les conférences débordent d’orateurs qui « transforment leur entreprise grâce à l’IA » sans jamais décrire un seul cas d’usage concret. Le storytelling a précédé l’usage. Et beaucoup d’investissements se feront à perte, non par défaut de technologie, mais par défaut de stratégie.
L’IA est une bulle. Les valorisations de certains acteurs défient la gravité. Les coûts d’infrastructure sont colossaux. La consolidation est inévitable. Ceux qui parient sur « l’IA » en général parieront mal. Ceux qui parient sur des usages précis, dans des secteurs où l’information est structurante, parieront juste.
L’IA est un coût. Énergétique d’abord : l’empreinte carbone d’un grand modèle de langage n’est pas négligeable, et il serait intellectuellement malhonnête de faire l’impasse sur cette réalité. Financier ensuite : les abonnements, les API, les heures de développement s’accumulent. L’IA ne fait pas de miracles gratuitement.
Et pourtant, c’est aussi le meilleur levier opérationnel que j’aie jamais eu entre les mains.
Non pas parce qu’elle pense à ma place. Mais parce qu’elle compresse le temps entre l’intention et l’exécution. Analyse concurrentielle, rédaction réglementaire, modélisation financière, formation de mes équipes : des tâches qui prenaient des semaines se font en heures. Pas parfaitement. Mais suffisamment bien pour que la vitesse, elle, soit parfaite.
Ma conviction est simple : l’IA ne remplacera pas les décideurs. Elle amplifiera ceux qui s’en servent vraiment, et rendra invisibles ceux qui ne font qu’en parler.
La vraie fracture à venir n’est pas entre les entreprises qui ont des budgets IA et les autres. Elle est entre ceux qui utilisent ces outils comme levier de pensée opérationnelle, et ceux qui les utilisent comme argument de levée de fonds.
Cessons de débattre de l’IA. Mettons-la en production.
Alvyn Severien est lauréat du palmarès Choiseul 100 2026 réalisé par l’Institut Choiseul, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026




