Née d’une inquiétude face à la transition démographique croissante et aux limites des modèles traditionnels d’EHPAD, Oscar Lustin et Jean de Miramon ont porté l’ambition de faire émerger une nouvelle façon de vivre le vieillissement. Ensemble, ils ont imaginé une résidence intergénérationnelles fondé sur le partage, l’ancrage territorial et une approche profondément humaine de l’accompagnement. À travers Domani, ils défendent une autre manière de vieillir : choisie, inclusive et résolument tournée vers la qualité de vie.
Qu’est-ce qui vous a conduit à imaginer un modèle de prise en charge alternatif aux EHPAD traditionnels ?
Le souhait de créer une entreprise sociale avec des valeurs fortes. Nous avons découvert le monde de la dépendance et la bombe démographique qui allait bientôt exploser.
Il y a un constat simple : la majorité des personnes âgées veulent rester “chez elles”, mais le domicile devient souvent fragile dès que la perte d’autonomie progresse (isolement, épuisement des aidants, ruptures de soins). Nous avons donc cherché une troisième voie, complémentaire du domicile “classique” et de l’Ehpad : un vrai chez-soi, choisi, à taille humaine, qui combine logement + vie sociale + présence professionnelle.
Domani est né à la fin 2019 avec cette conviction : l’habitat partagé pour vieillir chez soi, sans être seul.
En quoi votre modèle contribue-t-il à retisser un lien intergénérationnel ou territorial souvent rompu dans les dispositifs plus classiques ?
Notre modèle est pensé au cœur du territoire dès la conception : des habitats partagés de 8 à 10 personnes intégrés dans des résidences intergénérationnelles, en lien avec le quartier et ses acteurs. Concrètement, cela change tout : on n’est pas dans un lieu à part, on est dans la ville, avec des commerces, des voisins, des associations, parfois des usages mixtes au rez-de-chaussée (santé, services, etc.). L’objectif n’est pas de faire venir la vie, mais de rester dans la vie.
Quels types de liens se créent entre les seniors, les familles et les professionnels au sein de Domani ?
Entre seniors, il y a une sociabilité quotidienne libre et choisie : on partage, on s’isole, on reçoit, dans un cadre domestique.
Avec les familles, on reconstruit une relation plus apaisée, parce que le proche n’est plus “seul garant” du quotidien ; il redevient un proche, pas un chef d’orchestre de l’organisation. Avec les professionnels, une relation plus continue et plus humaine, grâce à une présence d’équipe au long cours, et surtout une coordinatrice qui anime la vie partagée et fait le lien avec les proches et les partenaires locaux.
Quels freins rencontrez vous dans le déploiement de ce modèle sur différents territoires, et comment y répondez-vous ?
Nous en rencontrons plusieurs. Le premier est le financement des murs (Domani est locataire). Aujourd’hui, il est trop limité alors que le modèle fonctionne et les taux d’occupation sont très hauts. Nous sommes en recherche constante de partenaires immobiliers et institutionnels.
D’un point de vue RH : recruter et fidéliser des équipes capables de conjuguer autonomie, exigence et posture “domicile” (on intervient chez les gens, pas dans un établissement). On répond par de la formation, des standards de qualité, et une organisation resserrée autour du terrain.
Plus largement, quels changements de culture ou de pratiques le secteur doit-il adopter pour construire des réponses vraiment inclusives au vieillissement ?
Pour construire des réponses plus inclusives au vieillissement, nous avons besoin de l’implication de chacun, même à petite échelle.
Aussi, nous devons passer à une culture de parcours résidentiel : arrêter d’opposer le domicile et l’établissement, et construire des continuités.
Nous devons aussi aider et écouter les seniors sur ce qu’ils considèrent être un « chez-soi” : la qualité de vie ne se résume pas à la sécurité ; elle inclut l’intimité, le rythme, le choix, la relation. Enfin, nous devons travailler en écosystème territorial avec de nombreux partenaires locaux et revaloriser les métiers du quotidien : stabilité des équipes, temps relationnel, reconnaissance et marges de manœuvre, sans cela, aucun modèle “domicile” n’est soutenable.
Oscar Lustin est lauréat du palmarès « Les 40 qui (re)créent du lien » réalisé par l’Institut Choiseul et La Poste, à retrouver dans son intégralité ici : Les 40 qui (re)créent du lien
Retrouvez ici le lien du site de DOMANI : www.domani-ess.com




