Remi Geiger est le fondateur et Président-Directeur général de KWAN-TEK, une deeptech française active dans les capteurs quantiques à base de diamant. Portée par une stratégie d’innovation et de partenariats, l’entreprise vise à industrialiser des technologies quantiques à forte valeur ajoutée. KWAN-TEK structure ainsi une offre dédiée aux marchés exigeants : défense, énergie, santé et instrumentation, et inscrit sa société dans une trajectoire de croissance et d’internationalisation. En 2025, l’entreprise a reçu le Prix de l’Entreprise Deeptech, décerné par l’Institut Choiseul en partenariat avec Safran Corporate Ventures dans le cadre de la remise des Prix Choiseul Souveraineté.
Quels éléments dans votre parcours vous ont poussé à créer KWAN-TEK et quel était votre objectif en créant cette start-up ?
Ingénieur de formation, j’ai toujours été attiré par l’industrie et les sites de production ; je suis par ailleurs passionné de physique, et en particulier par les mesures de précisions utilisant la physique quantique.
J’ai créé KWAN-TEK avec l’objectif de déployer ces capteurs quantiques dans des environnements industriels concrets, afin d’améliorer la performance et la fiabilité des procédés. Cette démarche s’inscrit aussi dans une conviction forte : le développement de hardware de pointe est un enjeu clé de souveraineté technologique européenne.
D’après vous, quel rôle les startups deeptech doivent jouer, et vont être amenées à jouer dans l’innovation et le progrès technique ?
Les start-up deeptech co-construisent avec leurs clients des applications de rupture, souvent sans débouché évident au départ. Qui aurait pu prédire ceux du laser, des horloges atomiques, des transistors ou de l’IRM ? L’innovation de rupture a toujours existé.
L’avantage des start-up est leur capacité à aller vite et à obtenir des premiers résultats avec des moyens optimisés. Une société deeptech développe souvent une technologie aux applications multiples, dont toutes ne sont pas immédiatement viables commercialement ni compatibles avec un retour sur investissement évident à 5 ans. Il est donc essentiel de leur laisser leur chance, en acceptant des risques élevés et en les accompagnant dans leur trajectoire pour mesurer ces risques et les lever.
Alors que les appels pour une souveraineté française plus importante se lèvent, particulièrement dans le domaine de la défense, comment un tissu d’entreprises nationales innovantes serait un pas en avant dans cette direction ? et comment KWAN-TEK se positionne dans cette perspective ?
La souveraineté française en Défense reste solide grâce à une stratégie de dissuasion nucléaire poursuivie depuis 60 ans. À moyens limités, ce choix implique un moindre développement d’autres capacités.
La souveraineté doit désormais se construire à l’échelle européenne, aucun pays ne pouvant exceller dans tous les domaines ; la France dispose déjà d’atouts majeurs dans le nucléaire, l’aéronautique et le spatial. La souveraineté française a été mise à mal sur d’autres sujets essentiels : l’énergie, l’agriculture, la santé. La construction européenne s’est faite pour répondre à ces besoins élémentaires, nos investissements doivent donc être de nouveau fléchés vers ces essentiels, avec le numérique en sus.
Les entreprises innovantes contribuent à cette souveraineté autant que les autres, avant tout par leur stratégie. Mon orientation pour KWAN-TEK est claire : répondre aux besoins d’augmentation de performance industrielle (pour produire en Europe de manière compétitive) et de performance des systèmes de Défense.
Quels leviers politiques et économiques mobiliser pour favoriser le développement et le renforcement des startups innovantes françaises ?
La souveraineté consiste à assumer des choix d’investissements au long cours dans les secteurs essentiels (agriculture, énergie, défense, santé), en visant de produire en Europe. En un mot, (ré) industrialiser.
Nous vivons dans un monde physique – dont le numérique est une fonction support pour la productivité et la sécurité. Les décisions politiques doivent aller en ce sens. Je vois deux leviers sur le plan économique : utiliser l’épargne des citoyens pour la flécher vers la réindustrialisation et faire accepter une plus grande prise de risque aux acteurs industriels et financiers européens.
Vous êtes vous-même docteur en physique et diplômé de CentraleSupélec, quel rôle joue l’éducation dans notre capacité à innover et à entreprendre ? et que faire pour qu’elle remplisse au mieux ce rôle ?
Passionné de physique depuis l’adolescence, mon parcours académique s’est construit naturellement. Mon intérêt pour l’entrepreneuriat est né à Supélec, dans le milieu associatif, où j’ai mené un projet laissant une large place à la création. Sans en avoir pleinement conscience à l’époque, j’y ai découvert le goût de fédérer des personnes autour d’un objectif porteur.
Cette envie de créer collectivement s’est confirmée tout au long de mon parcours de chercheur, puis de fondateur d’entreprise. Cette double dimension — rigueur académique et volonté créatrice — constitue selon moi la clé de l’innovation. Animé par l’esprit d’entreprendre, je suis convaincu que le progrès repose avant tout sur la capacité à bien s’entourer et à accepter l’erreur comme levier d’apprentissage, des valeurs à promouvoir par l’éducation au-delà de la seule transmission des savoirs.
Retrouvez tous les lauréats des Prix Choiseul Souveraineté sur le site de l’Institut Choiseul.




