Hassan Dakhlallah (Porteo Group) : « L’Afrique se développera par l’industrialisation et la valorisation de ses ressources »

Publié le 05 janvier 2026

À l’origine NSE-CI, l’entreprise ivoirienne de BTP diversifiée fondée en 2011 par l’homme d’affaires Hassan Dakhlallah devient Porteo Group en 2020. L’hebdomadaire Jeune Afrique l’a classé 342e du classement des 500 champions africains de 2024. Porteo emploie 12 000salariés, compte huit pôles stratégiques et une vingtaine de filiales dans 7 pays, le groupe s’est élargi, de la gestion immobilière à l’aménagement paysager, en passant par l’agro-industrie. Hassan Dakhlallah répond à nos questions.

Quelle est aujourd’hui la boussole stratégique du groupe Porteo et comment articulez-vous vos actions à travers vos différents métiers ?

Notre boussole, c’est la construction patiente et méthodique d’actifs souverains africains, utiles, durables, intégrés. Porteo bâtit des infrastructures – mais surtout des écosystèmes de transformation. Nous intervenons dans des domaines stratégiques : infrastructure, agro-industrie, numérique et formation.

Notre force repose sur un modèle intégré : nous produisons localement en Afrique de l’Ouest la majorité des composants nécessaires à nos ouvrages. De quoi maîtriser toute la chaîne de valeur, de garantir qualité et délais, tout en générant des retombées locales en termes d’emplois, de transfert de compétences, de montée en gamme de la sous-traitance.

Ce modèle fait de Porteo, entreprise 100 % africaine, un partenaire stratégique des États et un point d’entrée pour les investisseurs internationaux.

Dans un contexte marqué par des défis géopolitiques, logistiques et économiques, comment Porteo contribue-t-il concrètement à la souveraineté des pays africains ?

La souveraineté n’est pas un slogan, c’est une chaîne d’actions. Et chez Porteo, nous la rendons tangible à travers chaque projet : en produisant localement ce que nous utilisons, des matériaux aux composants, nous réduisons les importations et sécurisons les approvisionnements. En formant des jeunes et en internalisant les compétences critiques, nous renforçons l’autonomie opérationnelle des territoires. En structurant les filières, nous laissons un tissu économique plus robuste qu’à notre arrivée. Concrètement, nous mettons en place des routes qui désenclavent au Gabon et au Bénin, des centres agricoles qui nourrissent, au Togo, en République du Congo, des data centers qui hébergent souverainement les données stratégiques à Libreville, à Grand-Bassam, ou encore des ponts qui fluidifient les économies régionales comme à Porto-Novo.

Notre approche se veut systémique, orientée long terme et pensée pour renforcer l’indépendance économique, numérique, alimentaire et industrielle des nations africaines.

Ces projets structurants comme ceux du Gabon, du Togo et de la Côte d’Ivoire, comment transforment-ils les territoires dans lesquels vous intervenez ?

Nous pensons chaque projet comme un déclencheur d’effets systémiques.

Au Gabon, les travaux en cours sur l’axe Alembé – Mikouyi, soit près de 300 kilomètres, désenclaveront des zones clés, créeront de l’activité économique et fluidifieront les corridors logistiques régionaux. En parallèle, la construction du data center national de Libreville renforcera la souveraineté numérique du pays et servira de catalyseur pour les services numériques publics.

Au Togo, le centre avicole, bientôt opérationnel, structure une nouvelle filière agro-industrielle, de la production à la transformation, en créant emplois, réduction des importations, compétitivité locale et même potentiel d’exportation.

En Côte d’Ivoire, en plus des 2 000 kilomètres d’infrastructures déjà livrés, nous lançons un programme de chantiers agricoles et bientôt un centre de formation BTP pour outiller la jeunesse locale. Quant au futur data center de Grand-Bassam, en construction, il incarnera un virage stratégique dans la gestion des données souveraines.

Porteo Group porte également une stratégie de diversification dans l’agro-industrie. Quelles sont vos ambitions dans ce secteur et comment l’intégrer à votre vision de la souveraineté économique ?

Notre stratégie agro-industrielle s’inscrit dans une logique de souveraineté concrète et mesurable. Nous ne nous contentons pas d’énoncer des intentions : nous agissons. Au Togo, nous avons lancé le centre avicole qui s’étend sur 400 hectares à Avétonou. Ce pôle de compétitivité régional renforce l’autosuffisance du pays tout en générant plusieurs centaines d’emplois directs et des milliers d’emplois indirects. En République du Congo, nous avons sécurisé plus de 26 000 hectares dans les régions d’Imbimi et Loudima. L’objectif est de structurer des écosystèmes de production intégrés autour de filières comme le maïs, le soja et les cultures vivrières, en intégrant dès le départ les volets formation, logistique et industrialisation. Notre démarche est claire : bâtir des actifs agricoles stratégiques, réduire les importations, sécuriser l’alimentation et stimuler les exportations. C’est ainsi que nous contribuons à la souveraineté économique des États africains.

À l’horizon 2030, quelle rupture voyez-vous émerger dans vos secteurs d’activité ? Et quelle conviction guide votre engagement pour l’Afrique ?

La rupture majeure, c’est le passage d’une Afrique dépendante à une Afrique prescriptrice. Ce qui suppose des investissements massifs, mais aussi un changement de posture : choisir ses priorités, piloter ses projets, maîtriser ses données, ses compétences, ses chaînes de valeur.

Chez Porteo, nous construisons cette bascule. Chaque projet vise à faire émerger des capacités locales durables, chaque décision est prise dans une logique d’impact souverain.

Notre conviction est simple : l’Afrique ne se développera ni par la dépendance ni par la dispersion, mais par l’industrialisation intégrée, la montée en compétences et la valorisation de ses propres ressources.