Nanomètre : la nouvelle échelle de la puissance mondiale

Publié le 02 septembre 2025

C’est un monde que l’on ne voit pas, mais dont dépend tout le reste. À l’échelle du nanomètre (un milliardième de mètre) se joue aujourd’hui la stabilité des marchés, la sécurité des États et l’équilibre des puissances. Dans La guerre des semi-conducteurs, Chris Miller retrace l’ascension d’une industrie devenue stratégique au plus haut point.

Historien formé aux enjeux internationaux, l’auteur remonte le fil de l’histoire des puces électroniques : ces composants minuscules, essentiels au fonctionnement des téléphones, des voitures, des serveurs ou des satellites, sont au cœur des transformations économiques des dernières décennies. On comprend mieux, au fil des pages, comment leur perfectionnement a façonné la domination technologique américaine et pourquoi cette domination vacille.

Car si les États-Unis ont su conserver la main sur la conception des puces (la fameuse Silicon Valley doit son nom au silicium, matériau de base de ces composants), ils ont progressivement laissé d’autres (Taïwan, Corée du Sud, Pays-Bas) prendre le contrôle des processus industriels. Une part considérable de la production mondiale est aujourd’hui concentrée à Taïwan, à portée directe des missiles chinois. Une dépendance lourde, dans un contexte de rivalité stratégique croissante avec Pékin, qui investit massivement pour atteindre l’autonomie technologique.

Ce qui fait la force du livre, c’est qu’il ne s’agit pas d’un essai technique, mais bien d’un récit global : l’histoire des semi-conducteurs comme un fil rouge entre avancées technologiques, stratégies industrielles, choix politiques et tensions géopolitiques. La lithographie (technique de gravure des circuits électroniques) devient ici un champ de bataille stratégique ; les chaînes d’approvisionnement, un révélateur de l’interdépendance mondiale.

Face à cette nouvelle donne, l’Europe elle aussi se mobilise, cherchant à renforcer sa souveraineté technologique, à relocaliser certaines étapes critiques de la chaîne de valeur, et à combler son retard en matière de production avancée. Une dynamique encore inachevée, mais désormais centrale dans les stratégies industrielles du continent.

Pour Miller, le pouvoir ne se mesure plus seulement en barils de pétrole ou en tonnes d’acier, mais aussi à l’échelle du nanomètre.

Pour aller plus loin : Chris Miller, La guerre des semi-conducteurs (L’Artilleur, 2024)