Formé à la sociologie puis à la pédagogie à l’Université Paris 8, Lucas Handelberg s’intéresse particulièrement aux approches critiques et à l’éducation tout au long de la vie. Rencontre.
Pendant plus de dix ans, Lucas Handelberg travaille dans le secteur de l’éducation populaire, au contact de publics et de problématiques variés. Sensible aux enjeux d’exclusion et d’isolement, il fonde en 2020 l’association Pontem, qui œuvre à lutter contre l’isolement des seniors et à renforcer les liens entre les générations. Lauréat 2026 du palmarès Choiseul « Les 40 qui (re)créent du lien », il poursuit parallèlement son activité de pédagogue auprès de différents publics et est également cofondateur et formateur à l’Institut Transitions.
Comment définiriez-vous aujourd’hui le “bien vieillir” et quelle place la relation aux autres occupe-t-elle dans cette approche ?
Définir le bien vieillir est quelque chose de simple en soi. Tout est dans ces deux termes : « bien » et « vieillir ». Il ne s’agit pas simplement d’accompagner les personnes à vivre plus longtemps, mais à leur permettre de vivre en bonne santé, heureuses et accomplies tout au long de leur vie. Il s’agit en réalité d’un « bien-vivre tout au long de sa vie ».
Dire que la définition est simple ne signifie pas qu’il s’agisse de quelque chose d’anodin pour autant. Nous sommes toutes et tous des êtres uniques, avec des besoins à la fois communs et spécifiques, et surtout, avec des trajectoires sociologiques et individuelles toutes différentes. Répondre à l’enjeu global du bien-vieillir peut alors devenir un casse-tête insoluble !
Il nous semble, chez Pontem, que la question du bien-vieillir passe notamment par la résolution des freins et des problématiques majeures rencontrées par les personnes âgées et dont elles témoignent largement : l’isolement et le cloisonnement générationnel. Bien entendu, il existe d’autres problématiques, mais nous avons choisi, pour ce qui est de notre association, d’agir à cet endroit.
La rencontre constitue alors pour nous le levier majeur pour développer un « bien-vieillir ». Nous construisons des actions et des dispositifs faisant émerger des relations bien spécifiques, à la fois plurielles et profondes, que nous souhaitons inscrire dans la durée. Nous savons, notamment grâce à de nombreuses recherches en sciences sociales et en médecine, que le lien social joue un rôle majeur dans la santé globale des personnes, et ce, à tout âge de la vie. Avoir des liens sociaux n’est pas juste plaisant : il s’agit d’un véritable besoin fondamental qui, s’il n’est pas couvert, contribue au développement de multiples pathologies.
Comment créer des rencontres intergénérationnelles qui ne soient pas seulement ponctuelles, mais qui permettent réellement de reconstruire des liens durables ?
Toute personne a pu faire l’expérience de l’impact du temps sur ses relations sociales. Il serait illusoire de penser que nous pourrions nouer des relations fortes avec des personnes inconnues en quelques minutes, ou même en quelques heures. Pour créer un lien social qui transforme notre manière de vivre, nous avons besoin de temps long, et donc de rencontres récurrentes.
Pour cela, nous utilisons différentes modalités de lien. Nous proposons aux personnes de se rencontrer via le lien épistolaire, puis le lien physique, puis de participer à des événements, etc. De cette manière, les rencontres se multiplient, prennent des formes, des rythmes et des couleurs différentes, ce qui permet de se découvrir à son rythme et de vivre à chaque fois de nouvelles expériences sociales.
Pourquoi est-il important de recueillir et de faire entendre les récits de vie des personnes âgées ?
Nous passons une bonne partie de notre temps libre à écouter des récits. Qu’ils soient fictifs ou réels, en audio, en vidéo ou encore autour d’un café ou d’une rencontre littéraire, ils sont omniprésents dans notre vie. Paradoxalement, nous avons de moins en moins d’occasions d’écouter ceux des personnes les plus âgées de notre société.
Capter et diffuser les récits des personnes âgées est pour nous un moyen de les positionner de manière plus centrale dans le tissu social et sociétal. Nous pensons que toute vie, et donc que tout récit, a la même valeur et mérite d’être entendu.
Nous proposons donc aux personnes âgées de nous confier certaines expériences de leurs vie, puis nous allons diffuser leurs histoires auprès de publics de tout âge et réfléchissons collectivement, sur la base de ces enregsistrements. C’est une manière de plus de contribuer à une société intergénérationnelle




