Merzak Meddah est le Directeur général du groupe ELECTRO DEPOT qui a pour ambition de rendre l’électroménager et le multimédia accessibles à tous. Lauréat du palmarès Choiseul Hauts-de-France 2026, il revient sur la manière dont le discount, longtemps perçu comme une réponse ponctuelle aux crises, répond aujourd’hui à une nouvelle réalité : les consommateurs ne cherchent plus seulement le moins cher à tout prix, mais le juste prix et la valeur réelle de ce qu’ils achètent.
Dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure, le discount n’apparaît plus comme un choix par défaut mais comme un modèle durable. Selon vous, comment concilier accessibilité des prix, qualité de l’offre et création de valeur pour construire un commerce résilient ?
Pendant longtemps, le discount a été perçu comme une réponse ponctuelle aux crises. Aujourd’hui, il répond à une réalité plus profonde : les consommateurs sont devenus extrêmement attentifs à la valeur réelle de ce qu’ils achètent. Ils ne cherchent pas le moins cher à tout prix ; ils cherchent le juste prix.
Chez ELECTRO DEPOT, nous pensons que la création de valeur commence par la suppression de tout ce qui n’en crée pas pour le client. Notre modèle privilégie l’investissement dans les produits et leur usage, plutôt que dans le superflu. Chaque coût optimisé au sein de notre organisation nous permet de renforcer le pouvoir d’achat de nos clients, en proposant des prix toujours plus accessibles.
C’est cette discipline qui nous permet de proposer des prix bas toute l’année sans compromis sur la qualité ou la performance des produits. Le succès de nos marques propres, et notamment de Valberg devenue la marque de lave-linge la plus vendue en France en 2025 selon selon le panel GfK MI Sales Tracking, montre qu’il est possible de concilier accessibilité, qualité et confiance.
Le commerce résilient de demain sera, selon moi, celui qui saura rester fidèle à une promesse simple et lisible. Dans notre cas, être l’enseigne la plus proche du budget des ménages, tout en répondant à leurs besoins réels d’équipement.
Votre modèle repose sur une organisation volontairement sobre : format entrepôt, logistique optimisée, peu de mise en scène. Cette recherche permanente d’efficacité est-elle devenue, au-delà d’un levier économique, une réponse aux enjeux environnementaux et aux nouvelles attentes des consommateurs ?
La sobriété fait partie de l’ADN d’ELECTRO DEPOT depuis sa création, mais je veux être clair sur son origine : elle est née d’une nécessité économique, pas d’une stratégie environnementale. Nous avons toujours concentré nos ressources sur ce qui crée de la valeur pour le client, des produits fiables et accessibles, en évitant tout le reste. Notre modèle cash & carry en découle directement : le magasin sert aussi de lieu de stockage, les flux logistiques sont simplifiés, les aménagements restent fonctionnels. Cette efficacité réduit mécaniquement la consommation de ressources : moins de matière, moins de gâchis, des camions mieux remplis. C’est un effet réel et je l’assume.
Mais je ne vais pas vous dire qu’un distributeur qui vend des appareils en volume est un champion de l’environnement, ce serait malhonnête. Là où nous pouvons vraiment peser, c’est sur le produit lui-même : rendre la performance énergétique accessible au plus grand nombre, allonger la durée d’usage des équipements, vendre le bon appareil plutôt que d’en vendre toujours plus. C’est moins spectaculaire qu’une grande déclaration, mais c’est concret.
Et je crois que les consommateurs attendent précisément cela. Ils savent faire la différence entre une mise en scène de la responsabilité et des choix structurels qui produisent des effets réels.
Vous expliquez que vos marques propres sont conçues à partir des usages réels des consommateurs plutôt que d’une course permanente à l’innovation. Dans un monde où la data occupe une place centrale, comment préserver une innovation réellement utile, qui répond aux besoins plutôt qu’aux effets de mode ?
La data est un outil extrêmement puissant, mais elle ne doit jamais devenir une finalité. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de savoir ce qui est techniquement possible, mais ce qui est réellement utile pour nos clients. L’innovation chez ELECTRO DEPOT part toujours d’une question très simple : qu’utilise réellement le consommateur au quotidien ? Quelles fonctionnalités lui apportent une valeur tangible ? Quels sont les irritants qu’il rencontre ?
Nos équipes analysent les données de vente, les avis clients, les retours du SAV et les évolutions des usages. C’est cette combinaison qui nous permet d’identifier les fonctionnalités qui comptent vraiment. La donnée a toutefois ses limites : elle montre surtout ce que les clients achètent déjà, elle éclaire notre jugement mais ne le remplace pas.
Lorsque nous avons démocratisé les lave-linge classés A au même prix que des modèles moins performants énergétiquement, ou intégré l’ouverture automatique de porte sur nos lave-vaisselle, nous n’étions pas dans l’effet de mode. Nous répondions à des attentes concrètes.
La vraie innovation n’est pas celle qui ajoute toujours plus. C’est celle qui apporte la bonne réponse, au bon moment, au juste prix.
Dans un secteur où les tensions sur le recrutement restent fortes, Electro Dépôt mise sur la promotion interne et l’autonomie des équipes. Pensez-vous que la performance des enseignes de demain dépendra moins de leur taille que de leur capacité à faire grandir leurs collaborateurs ?
Je ne mettrais pas les deux en opposition. La taille reste décisive, surtout dans notre métier : notre prix vient en grande partie de notre capacité d’achat et de notre échelle logistique. Mais elle ne suffit plus à elle seule. Ce qui fera la différence demain, c’est la capacité des entreprises à développer leurs talents et à donner envie aux collaborateurs d’y construire leur parcours.
Chez ELECTRO DEPOT, nous avons toujours privilégié des organisations courtes, avec beaucoup d’autonomie et de responsabilisation. Les collaborateurs apprennent vite, prennent rapidement des responsabilités et voient concrètement l’impact de leurs décisions.
Et ce n’est pas un affichage : 84 % de nos directeurs de magasin sont issus de la promotion interne, et un quart ont commencé comme équipiers. Cela traduit une conviction profonde, le potentiel compte souvent davantage que le parcours initial. L’Académie ELECTRO DEPOT incarne cet engagement : nous y investissons parce que notre croissance future dépendra directement de la capacité de nos équipes à grandir avec l’entreprise.
Dans un environnement où les métiers évoluent très vite, les enseignes les plus performantes seront celles qui sauront créer des opportunités d’évolution, favoriser l’apprentissage continu et faire confiance à leurs collaborateurs. Faire grandir les équipes n’est pas un sujet RH. C’est un sujet stratégique.




