Emilie Mercadal : « L’efficacité n’a de sens que si elle améliore la qualité des échanges entre soignants et patients »

Publié le 18 mars 2026

À l’heure où la télémédecine s’impose comme un levier majeur de transformation des systèmes de santé, Rofim trace une trajectoire à la croisée de l’innovation technologique et de l’exigence clinique. Expansion internationale, intégration de l’intelligence artificielle, ancrage territorial et impact sociétal : l’entreprise aborde ces enjeux avec une conviction forte, celle que la performance ne peut se faire sans confiance ni sans humain. Emilie Mercadal en détaille les défis stratégiques liés à l’adaptation aux marchés étrangers, sa vision d’une IA au service des soignants, ainsi que son ambition de renforcer durablement la coordination des parcours de soins.

Quels défis stratégiques anticipez-vous pour adapter votre plateforme de télémédecine aux cadres réglementaires, culturels et linguistiques des différents marchés internationaux, tout en conservant la confiance des établissements de santé ?

Le premier défi est réglementaire. La santé est un secteur hautement normé, et chaque pays possède ses propres exigences en matière d’hébergement de données, de certification des dispositifs médicaux, d’interopérabilité ou encore de responsabilité médicale. Notre priorité est d’anticiper ces cadres dès la phase de structuration produit, afin que notre architecture soit nativement adaptable. Nous travaillons avec des experts locaux pour sécuriser chaque implantation et garantir un niveau d’exigence équivalent à celui que nous appliquons en France.

Le deuxième enjeu est culturel. Les organisations hospitalières, la place de la télémédecine et les usages numériques varient fortement d’un pays à l’autre. Nous ne dupliquons pas un modèle français à l’identique : nous adaptons les parcours, l’expérience utilisateur et l’accompagnement au changement en fonction des réalités locales. Enfin, la dimension linguistique n’est pas un frein.

Dans tous les cas, la confiance des établissements repose sur trois piliers : sécurité des données, fiabilité clinique et accompagnement de proximité. C’est cette exigence que nous conservons comme fil conducteur, quel que soit le pays.

Pionnière dans l’intégration de l’intelligence artificielle sémantique depuis 2018, Rofim veut « améliorer la qualité de vie des professionnels de santé, accélérer les parcours de soin et renforcer la coordination entre médecins ». Comment envisagez-vous l’équilibre entre gains d’efficacité et préservation de l’humain dans ces nouveaux parcours de soins numériques, notamment face à la charge de travail et à la formation des équipes médicales ?

Chez Rofim, l’IA n’a jamais été pensée comme un substitut au médecin, mais comme un outil d’augmentation. Depuis 2018, nous développons une IA sémantique conçue pour réduire la charge administrative, fluidifier les échanges et accélérer la prise de décision, sans interférer avec le jugement clinique.

L’équilibre repose sur trois principes : la transparence, avec une IA compréhensible et maîtrisable par les professionnels de santé ; le contrôle humain, la décision médicale restant toujours entre les mains du praticien ; et la formation et l’accompagnement, grâce à un investissement fort dans la pédagogie et la conduite du changement, car l’innovation ne vaut que si elle est adoptée sereinement.

Notre ambition est simple : redonner du temps médical. L’efficacité n’a de sens que si elle améliore la qualité des échanges entre soignants et patients, et non si elle ajoute une couche technologique supplémentaire.

Comment votre ancrage territorial façonne-t-il vos choix stratégiques (recrutement, R&D, relations avec les CHU locaux) et quelle complémentarité recherchez-vous entre financements publics et privés pour accélérer votre développement européen ?

Notre ancrage territorial structure profondément nos choix stratégiques. Il influence notre politique de recrutement (en privilégiant des talents qui connaissent les réalités du terrain hospitalier) et oriente notre R&D vers des besoins exprimés par les CHU et établissements partenaires.

La proximité avec les acteurs hospitaliers nous permet d’itérer rapidement, de tester en conditions réelles et de co-construire des solutions pertinentes. Cet ancrage local constitue aussi une base solide pour notre expansion européenne.

Concernant le financement, nous recherchons une complémentarité intelligente entre financements publics et privés. Les dispositifs publics soutiennent l’innovation, la recherche et l’expérimentation territoriale. Les financements privés, eux, permettent d’accélérer le déploiement, de structurer l’internationalisation et d’investir massivement en technologie. L’enjeu est d’articuler ces leviers sans perdre notre cap stratégique.

Vous insistez sur l’« impact sociétal », en particulier l’accès aux soins dans les zones isolées et la santé des femmes. Comment articulez-vous cette mission sociale avec la recherche de croissance, et quels indicateurs concrets utilisez-vous pour mesurer l’accessibilité de vos solutions (par exemple dans les hôpitaux ruraux ou d’outre-mer) ?

Notre mission sociale n’est pas dissociée de notre stratégie de croissance ; elle en est le moteur. L’amélioration de l’accès aux soins, notamment dans les zones isolées ou ultramarines, répond à un besoin structurel fort et constitue notre raison d’être en tant que société à mission. C’est aussi un facteur de déploiement naturel.

Pour mesurer concrètement notre impact, nous suivons plusieurs indicateurs : la réduction des délais d’avis spécialisés, le nombre d’établissements en zones sous-denses, le volume d’actes réalisés et le taux d’adoption par les équipes médicales.

Nous portons également une attention particulière aux parcours liés par exemple à la santé des femmes, souvent marqués par des retards de diagnostic ou des ruptures de coordination. L’impact sociétal ne se décrète pas : il se mesure par l’amélioration tangible des parcours et par l’adhésion des professionnels.

Quel rôle stratégique attribuez-vous à Rofim dans la coordination du parcours de soin, et comment collaborez-vous avec les institutions (ministère, ARS) pour intégrer votre plateforme au sein des hôpitaux publics et privés ?

Rofim se positionne comme un facilitateur de coordination. Notre plateforme permet de structurer les échanges entre médecins, de centraliser les données pertinentes et d’éviter les pertes de temps qui ralentissent les parcours.

Nous collaborons étroitement avec les institutions (ministère, ARS, directions hospitalières) pour inscrire notre solution dans les cadres nationaux de transformation numérique. L’objectif n’est pas d’ajouter un outil supplémentaire, mais de s’intégrer dans l’écosystème existant, en respectant les référentiels d’interopérabilité et les politiques publiques de santé.

À terme, nous voulons contribuer à un modèle où la technologie soutient la fluidité du parcours, sans le complexifier. La coordination n’est pas seulement une fonctionnalité technique ; c’est un levier stratégique pour améliorer durablement le système de santé.