Une évidence s’impose : l’avenir de la compétitivité européenne se joue maintenant

Publié le 28 janvier 2026

Au moment de la première édition du Sommet des Industries Vertes, organisée par Cleantech for France ce 28 janvier au ministère de l’Économie, et alors que la Commission européenne s’apprête à présenter fin février son Industrial Accelerator Act, une évidence s’impose : l’avenir de la compétitivité européenne se joue maintenant.

Cette réalité a été crûment rappelée ces derniers jours au Sommet de Davos, à la faveur des déclarations de Donald Trump. Dans un contexte de bras de fer économique désormais assumé avec les États-Unis, une question s’impose à tous : l’Europe est-elle encore capable de prendre son destin industriel en main ?

Face au bras de fer économique mondial, l’Europe au pied du mur

Un consensus émerge parmi industriels, entrepreneurs, investisseurs et chercheurs engagés dans la réindustrialisation : l’Europe a besoin d’un cap clair. Une stratégie fondée sur le Made in Europe, capable de concilier compétitivité, souveraineté, décarbonation et innovation, et surtout de créer les conditions du passage à l’échelle de champions industriels.

L’urgence est bien réelle. En 2025, Brandt a été placé en liquidation judiciaire, Novasco a fermé trois de ses quatre sites en France, ArcelorMittal a supprimé 600 postes. Trente-huit fermetures nettes de sites industriels ont été enregistrées au seul premier semestre. Ces chiffres disent une chose simple. Notre base productive reste fragile et le temps joue contre nous.

Dans ce contexte, le choix récent de l’Europe de revenir sur ses objectifs d’électrification des véhicules à l’horizon 2035 ne répond pas au cœur du problème. Reculer des échéances ne crée ni technologies, ni usines, ni emplois. Et cela ne protège pas davantage notre marché face à la concurrence asiatique ou américaine.

La vraie question est ailleurs : comment faire émerger et grandir, en Europe, de grands champions industriels ?

Assumer le Made in Europe comme boussole économique

L’Industrial Accelerator Act doit faire un choix clair. Chaque euro d’argent public européen doit soutenir l’économie européenne. Cela implique d’assumer pleinement le Made in Europe, en orientant la commande publique et privée vers nos industries. Sans débouchés, il n’y aura pas d’usines. Sans usines, il n’y aura ni souveraineté ni compétitivité.

Le Made in Europe n’est pas un repli. C’est un choix de puissance industrielle et écologique.

Les États-Unis et la Chine l’ont compris depuis longtemps. Ils investissent massivement, hiérarchisent leurs priorités industrielles et protègent leur marché intérieur. Le résultat est là. Leur compétitivité et leur souveraineté sortent renforcées des grandes transitions en cours. Face à eux, l’Europe ne peut plus se contenter de règles et de normes. Nous prenons le risque de devenir les vassaux des plateformes numériques américaines et des usines chinoises. Nous devons redevenir une puissance de production.

Elle dispose pour cela d’un atout stratégique majeur : les industries vertes. Elles réduisent notre dépendance aux importations fossiles et critiques. Elles créent de la valeur et des emplois sur nos territoires. Pour la deuxième année consécutive, elles constituent le premier secteur en nombre d’ouvertures d’usines en France, avec des projets industriels d’envergure qui émergent partout sur le territoire.

Mais cet élan reste fragile. Les investissements dans les technologies vertes reculent nettement. Ils s’élèvent à 1,6 milliard d’euros en 2025, contre 2 milliards en 2024 et 3,5 milliards en 2023. Cette baisse révèle des faiblesses structurelles persistantes : frilosité face au risque industriel, manque de financements longs et visibilité insuffisante sur les débouchés.

Je crois que nous sommes à un moment de vérité.

Soit la France et l’Europe acceptent de prendre des risques, d’investir, de planifier et de protéger pour redevenir des puissances industrielles compétitives et décarbonées. Soit elles acceptent de dépendre des choix industriels faits ailleurs.

Car, au fond, notre plus grand risque aujourd’hui, c’est de ne pas en prendre.

Et la bonne nouvelle, c’est que de nombreux acteurs n’ont pas peur d’en prendre.