Charles-Antoyne Hurstel : « la France doit aussi s’adapter à une planète en surchauffe »

Publié le 15 janvier 2026

L’adaptation climatique pose aujourd’hui une question centrale de financement. Charles-Antoyne Hurstel analyse comment un mécanisme inspiré de la responsabilité élargie des producteurs pourrait rééquilibrer le partage de l’effort entre acteurs publics et privés.

Dans un monde où 50 % des émissions de CO₂ proviennent de trois pays, la Chine, l’Inde et les États-Unis, la France ne peut plus seulement « montrer l’exemple ». Elle doit aussi s’adapter à une planète en surchauffe. Cet effort représente près de 3 milliards d’euros par an. Dans le contexte actuel, le secteur public ne pourra l’assumer seul : il est indispensable que les entreprises jouent un rôle majeur. Or, aujourd’hui, seulement 2 % du financement de l’adaptation climatique provient du secteur privé.

Les solutions techniques pour faire face aux risques climatiques sont aujourd’hui bien identifiées. Qu’il s’agisse de digues ou de réseaux de refroidissement urbains, les savoir-faire existent. Le véritable défi n’est plus l’ingénierie, mais le financement : comment mobiliser les ressources nécessaires pour adapter les infrastructures à un climat en mutation ? En France, la majorité de ces infrastructures relèvent du domaine public, ce qui rend plus complexe l’implication directe du secteur privé, traditionnellement moteur en matière d’innovation et de financement. La question centrale devient alors : comment attirer les investissements et la participation des acteurs privés dans des projets d’intérêt général ? 

Un modèle pourrait nous inspirer : celui du secteur du plastique. Depuis 2017, les entreprises mettant sur le marché des emballages financent leur recyclage via une contribution versée à Citeo, proportionnelle aux volumes mis en circulation. Ce fonds, géré par une entité dédiée à gouvernance mixte, est ensuite redistribué aux collectivités pour soutenir la collecte, le tri ou la sensibilisation. 

Ce mécanisme pourrait être transposé à l’adaptation climatique, car il repose sur (i) une gouvernance partagée entre État, collectivités et acteurs privés, (ii) un financement pérenne fondé sur les contributions des entreprises, indépendant du budget public, et (iii) une mutualisation des efforts au sein d’une structure dédiée. 

A l’image de Citeo, les entreprises opérant dans des zones vulnérables pourraient contribuer à un fonds ad hoc. Ce fonds « Adaptation » financerait la construction ou l’entretien d’infrastructures de protection (digues, bassins de rétention, solutions fondées sur la nature, etc.). L’État et les collectivités, de leurs côtés, joueraient un rôle de catalyseur et de garant, mais sans supporter seul le coût du projet. 

Cet investissement pourrait en outre être rentabilisé grâce aux plus-values foncières générées par ces infrastructures. Protéger un territoire peut rendre constructibles des terrains jusque-là jugés trop exposés.  

S’adapter coûtera cher. Ne pas s’adapter coûtera bien davantage.