Chaînes d’approvisionnement : les PME doivent passer à l’action

Publié le 13 janvier 2026

L’époque où les PME pouvaient considérer leurs approvisionnements comme un simple sujet logistique ou financier est révolue. Dans un monde marqué par les crises géopolitiques, la raréfaction des ressources et l’urgence climatique, s’approvisionner avec responsabilité n’est plus une option : c’est devenu un levier d’engagement et de résilience pour l’organisation. Quelle que soit leur taille, les entreprises se doivent d’intégrer les enjeux d’approvisionnement dans une réflexion plus globale sur la réduction de leur impact sociétal et environnemental, non par obligation légale, mais par nécessité économique et par devoir éthique.

Depuis les années 1970, la responsabilité sociétale et environnementale a progressivement concerné les scientifiques, les ONG, les États, les collectivités locales, puis les citoyens. Aujourd’hui, ce sont les entreprises qui sont en première ligne pour garantir la durabilité de leurs filières, de l’amont à l’aval. C’est une immense obligation, qui nous engage auprès de l’ensemble de nos parties prenantes. L’ignorer, c’est s’exposer à des risques majeurs, réputationnels, juridiques, et opérationnels tels que perte de confiance des clients, difficultés d’approvisionnement, sanctions réglementaires, décrochage concurrentiel ou désengagement des partenaires. Intégrer la vigilance dans sa chaîne d’approvisionnement, c’est se protéger contre ces risques, préserver sa réputation et, surtout, ne pas être complice d’un système qui compromet l’avenir de la planète et des futures générations.

Par où commencer ?

La première étape consiste à identifier et comprendre les risques auxquels l’entreprise est exposée. Cette analyse est fondatrice pour engager sa responsabilité avec une approche éclairée et sécurisée. Des outils efficaces permettent de dresser un premier état des lieux. Les PME doivent ensuite prioriser des axes d’action concrets, et décider de la manière dont elles souhaitent faire évoluer la filière. Par exemple, soutenir les communautés locales est un axe stratégique puissant. Mais cela demande un positionnement exigeant, notamment si les approvisionnements proviennent de zones complexes. L’équilibre à trouver est ténu et il faut à la fois soutenir la filière sans transiger sur l’éthique. Plutôt que de vouloir tout changer d’un coup, mieux vaut concentrer ses efforts sur les matières critiques : cartographie de la chaîne d’approvisionnement, évaluation de la conformité des fournisseurs, renforcement de leurs capacités et suivi de leurs progrès, documentation, mise en place de clauses contractuelles protectrices ou diversification des sources d’approvisionnement. Le choix d’un cadre d’engagement est également décisif. Que ce soit une certification, une charte ou un partenariat long terme avec des fournisseurs responsables, s’appuyer sur une structure reconnue, claire et transparente auprès des parties prenantes donne de la crédibilité et facilite la mise en œuvre. Enfin, il est essentiel d’accepter que l’objectif ne soit pas la perfection immédiate, mais l’engagement dans une démarche de terrain et pérenne pour l’ensemble de la chaîne, sans se décourager ni se disperser.

Quand une PME industrielle passe à l’action

Les certifications offrent un cadre structurant. Mais leur mise en place exige transparence, investissement et persévérance, surtout dans des pays où les réglementations sociales ou environnementales peuvent être moins strictes. Dans ces pays en particulier, les partenaires ont besoin de s’assurer que l’entreprise s’engagera à long terme à leurs côtés, car cette adhésion représente pour eux un effort considérable. Prenons l’exemple de la certification Fair For Life d’Ecocert qui illustre la manière dont une démarche rigoureuse peut faire évoluer une chaîne d’approvisionnement vers le commerce équitable. En effet, chaque acteur — du producteur au transformateur — doit être certifié. Et ce label impose une amélioration continue, avec un référentiel qui progresse chaque année. Alland & Robert a commencé à travailler sur l’obtention de cette certification dès 2021 et l’a reçue en 2023 pour une partie de sa production de gomme d’acacia. Le défi était de taille dans ce circuit d’approvisionnement, puisque la collecte de la gomme implique des milliers de récoltants et des millions d’arbres sauvages. Il n’y avait à ce moment-là pas de marché pré-existant pour ce produit, mais être un leader signifie aussi que l’on peut influencer sa filière vers un positionnement plus durable. Cela suppose une collaboration étroite entre tous les maillons de la chaîne, afin de construire un modèle d’approvisionnement à la fois équitable et robuste.

La responsabilité ne se subit pas : elle se choisit et se construit

Les PME ont un rôle central à jouer dans l’évolution des chaînes d’approvisionnement. Ce n’est pas une question de taille, mais de volonté. En intégrant pleinement ces enjeux, les PME ne se contentent pas de répondre à des expectatives extérieures. Elles deviennent actrices du changement, pionnières d’une économie où performance rime avec respect. Dans un monde où les attentes des consommateurs, des salariés et des partenaires se transforment en profondeur, les entreprises qui osent faire de la vigilance un levier de progrès montrent que la responsabilité n’est pas un frein, mais un accélérateur de confiance et de compétitivité. C’est ce choix que nous devons faire aujourd’hui. Non pas par peur des risques, mais par conviction que notre rôle, en tant qu’entrepreneurs, est de contribuer à un modèle où chaque maillon de la chaîne crée de la valeur sans compromettre l’avenir des générations futures.