Eliott Prigent, créateur de contenus et conférencier : « La solitude est un vrai phénomène de société »
Diplômé en management, Eliott Prigent commence sa carrière en freelance dans l’écriture et la création de contenus. Il y trouve une liberté nouvelle, mais aussi un paradoxe : travailler seul, derrière un écran, tout en étant en permanence connecté, sans pour autant se sentir réellement relié aux autres.
Cette expérience l’amène à s’interroger sur la solitude contemporaine et la qualité du lien social. Il devient alors créateur de contenus et organisateur d’événements, et consacre son travail à enquêter sur ces sujets et à partager ce qu’il découvre à travers des conférences, des contenus et un documentaire actuellement en préparation.
Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à la solitude contemporaine et à la qualité des liens sociaux, et pourquoi avoir choisi le documentaire pour explorer ces sujets ?
Mon expérience personnelle a été le point de départ. Mais en creusant, j’ai vite compris que la solitude n’était pas seulement un problème individuel. C’est un vrai phénomène de société, avec des conséquences sur la santé mentale, la santé physique, et notre capacité à faire société.
J’ai choisi le documentaire parce que c’est un format qui m’a moi-même beaucoup marqué. Certains films changent notre regard parce qu’ils relient des histoires individuelles à des questions plus larges. Sur un sujet comme la solitude, c’est essentiel : les chiffres comptent, mais il faut aussi voir les visages, les lieux, les scènes du quotidien.
À travers vos travaux, qu’avez-vous appris sur notre rapport au lien social et sur la manière dont il évolue aujourd’hui ?
Ce que j’observe, c’est que le lien social est de moins en moins donné par défaut. Pendant longtemps, il était porté par des cadres stables : le village, la famille, le travail… Il existait des lieux et des rituels où l’on se croisait régulièrement.
Aujourd’hui, nous avons gagné en liberté individuelle : on choisit davantage son métier, son lieu de vie, ses appartenances. C’est une avancée réelle, mais cela rend aussi les liens plus fragiles. On change plus souvent de ville, d’entreprise, de rythme, de cercle social. Beaucoup de lieux de sociabilité se sont aussi affaiblis. Le numérique permet de rester en contact, mais il peut aussi parfois donner l’illusion du lien : on échange beaucoup, sans toujours se sentir forcément relié.
Quels leviers peuvent aujourd’hui permettre de recréer du lien dans les organisations et les territoires ?
Le premier levier est d’en faire une vraie priorité. Comme le lien est moins automatique, il faut créer les conditions pour qu’il existe : des lieux où l’on revient, des rituels réguliers, des prétextes pour se parler.
Dans les organisations, je trouve intéressants les groupes de pairs autour d’intérêts communs : sport, musique, sujet métier, engagement associatif… Les formats de co-développement sont aussi puissants : ils permettent de s’entraider, de mieux comprendre le travail des autres et de créer de la confiance. Dans les territoires, les tiers-lieux, les cafés, les associations et les événements de quartier jouent aussi ce rôle : ils recréent des occasions simples de sociabilité, dans des vies où elles existent de moins en moins par défaut.