Adrian Chautard, directeur des opérations de Lulu dans ma rue : le travail comme levier d’insertion professionnelle
Redonner confiance par l’activité : c’est le défi que relève chaque jour Adrian Chautard au sein de Lulu dans ma rue. Rencontre.
Entré en 2018 comme concierge de quartier au plus près des habitants, il en dirige aujourd’hui les opérations et le projet social. Sa conviction ? Le travail est bien plus qu’un simple revenu. Lorsqu’il est accompagné et sécurisé, il devient un véritable levier d’émancipation. Ce lauréat du palmarès 2026 « Les 40 qui (re)créent du lien » démontre au quotidien qu’un emploi permet de restaurer la confiance pour les publics durablement éloignés du marché du travail.
Pourquoi le travail peut-il être, au-delà du revenu, un puissant vecteur de lien social et d’émancipation ? Comment recréer de la confiance avec des personnes parfois éloignées depuis longtemps de l’emploi et des institutions ?
Chez Lulu dans ma rue, nous constatons chaque jour que le travail produit bien davantage qu’un revenu. Pour des personnes parfois éloignées de l’emploi depuis plusieurs années, reprendre une activité, c’est retrouver une utilité sociale, des clients, des habitudes, des responsabilités et progressivement de la confiance.
Beaucoup ont connu des ruptures : chômage de longue durée, isolement, difficultés de logement, de santé ou d’accès aux droits. Le travail indépendant permet alors une reprise progressive : quelques heures, une première mission, un client satisfait, puis un deuxième. Ces petites réussites comptent énormément.
La confiance ne se décrète pas, elle se reconstruit par la preuve. Notre rôle est de créer un cadre dans lequel chacun peut expérimenter, progresser et reprendre confiance sans être seul.
Vous défendez le travail indépendant comme outil d’insertion. Comment éviter que l’indépendance ne devienne synonyme d’isolement ou de précarité ?
Il faut être lucide : le travail indépendant n’est pas sécurisant par nature. Pour une personne déjà fragilisée, il peut même devenir une précarité supplémentaire si elle est laissée seule.
C’est tout l’intérêt des EiTI (Entreprise d’Insertion par le Travail Indépendant). Chez Lulu dans ma rue, nous construisons une forme d’autonomie accompagnée : préserver la liberté, la responsabilisation et la souplesse qu’offre l’indépendance, tout en sécurisant le parcours. Nous accompagnons l’activité (démarches, clients, tarification) mais aussi les problématiques sociales : droits, logement, santé, budget…
Et la micro-entreprise n’est pas une finalité. Elle peut être un tremplin vers une activité pérenne, mais aussi vers un CDI, un CDD ou une formation. Notre objectif n’est pas de fabriquer des indépendants, mais de permettre à chacun de retrouver durablement sa place dans le monde du travail.
À quoi pourrait ressembler l’insertion professionnelle de demain, et quelle place les entreprises, les clients et plus largement les acteurs économiques pourraient-ils y prendre ?
L’insertion de demain devra être moins cloisonnée. Nous opposons encore trop souvent salariat, entrepreneuriat, formation et accompagnement social, alors que les parcours sont de plus en plus hybrides. Une personne doit pouvoir commencer par quelques heures d’activité indépendante, reprendre confiance, résoudre parallèlement certaines difficultés, se former, puis rejoindre une entreprise si c’est son projet. Les entreprises et les clients ont ici un rôle essentiel. Une mission confiée, ce n’est pas seulement du chiffre d’affaires : c’est de l’expérience, du réseau, une recommandation et parfois une porte vers l’emploi.
Notre conviction est que l’insertion fonctionne d’autant mieux qu’elle se déroule au contact de la réalité économique : de vrais clients, de vraies responsabilités et de vraies opportunités, mais avec quelqu’un à ses côtés lorsque le parcours devient plus difficile.
Pour consulter notre palmarès « Les 40 qui (re)créent du lien »