Yann Lemoine (Les Biens en Commun) : « En partageant, on peut allier sobriété environnementale tout en facilitant la vie »
Né et ayant grandi en Afrique de l’Ouest, Yann Lemoine se forme aux enjeux environnementaux à AgroParisTech, Mines Paris et Tsinghua University. Après un début de carrière chez EDF, puis au sein de la startup ForCity, il cofonde Les Biens en Commun à la suite du dépôt de bilan de cette dernière. Rencontre.
Son constat : la prise de conscience environnementale et sociale ne suffira pas, à elle seule, à transformer durablement les comportements. Il faut imaginer des alternatives à nos modes de vie qui soient à la fois meilleures pour la planète, désirables pour les utilisateurs et viables économiquement. C’est sur cette équation que Yann Lemoine construit Les Biens en Commun, avec l’ambition de faire évoluer durablement les usages. Il est lauréat 2026 du palmarès Choiseul « Les 40 qui (re)créent du lien »
Les Biens en Commun défend l’idée que certains objets et équipements peuvent être davantage partagés que possédés individuellement. Quelle vision de la société et de la consommation porte ce modèle ?
Le fait qu’être tous propriétaires n’est pas indispensable pour que chacun ait accès à ce qui peut lui être utile. Au contraire, c’est un facteur qui limite l’accès de nombreuses personnes à ces équipements, à fortiori de qualité pour des raisons de prix ou d’espace disponible. Par ailleurs, le fait qu’un nombre important d’entre nous en sommes propriétaires contribue à rendre nos modes de vie non durables au vu des limites planétaires. Bref, qu’en partageant, on peut allier sobriété environnementale tout en facilitant la vie d’un plus grand nombre d’entre nous.
Comment transformez-vous concrètement cette idée du partage en usages quotidiens ? Pouvez-vous nous raconter une initiative ou un exemple qui illustre particulièrement bien la manière dont votre modèle recrée du lien entre les habitants ?
Pour avoir impact significatif, une initiative reposant sur un changement de comportement individuel doit convaincre des dizaines de millions de personnes de changer de mode de vie. Et pour cela, il faut qu’elle soit vu comme désirable au vu des modes du mode de vie dominant.
Pour donner envie de partager plutôt que d’acheter un équipement, il faut que l’utilisateur perde le moins possible les avantages qu’il a en étant propriétaire (garanti de trouver ce qu’il cherche, bon fonctionnement, proximité, disponibilité, autonomie) tout en obtenant les avantages du partage (accès à plus, à mieux, pour moins cher tout en se désencombrant). Au vu de nos modes de vies actuels, il me semble également crucial qu’il ait à s’impliquer le moins possible dans le fonctionnement.
C’est pour ces deux raisons (moins pratique que la propriété et nécessité d’implication forte) que le partage entre voisins, qui serait pourtant l’idéal d’un point de vue environnemental et pour retisser du lien, ne se démocratise pas. Et c’est à quoi répond notre service de location d’ultra-proximité en libre-service via des casiers connectés. La contribution a recréer du lien va venir petit à petit. Tout d’abord, passivement, simplement en ayant conscience que l’on partage un même bien et que si on souhaite voir le service perdurer, il faut qu’on en prenne soin.
Petit à petit, nous espérons que le développement de l’activité nous permettra de nous lancer dans une phase plus active avec la création et l’animation de communautés d’utilisateurs, avec l’implication d’ambassadeurs et de référents, pour organiser de l’entraide dans l’usage des équipements, des ateliers Do it Yourself, des soirées à thèmes, etc.
Quelles nouvelles formes de partage souhaitez-vous développer dans les prochaines années, et comment imaginez-vous faire évoluer les usages autour de la propriété et de la consommation ?
Au-delà de développer une implication de plus en plus importante des utilisateurs dans la vie du service et de la communauté comme décrit dans la réponse précédente, nous chercherons également à favoriser le partage entre nos utilisateurs, soit de main à main soit via l’utilisation de casiers que l’on pourrait laisser libres à ce dessein.