Alexandre Borgoltz (DBT) : « Aujourd’hui, seulement 3 % du parc roulant est électrique »
Engagé depuis quinze ans pour accélérer la décarbonation de la mobilité, Alexandre Borgoltz a construit sa trajectoire au service de solutions industrielles concrètes. Rencontre.
Directeur général de DBT-CEV depuis 2020 et cofondateur du réseau de recharge ultra-rapide R3, il porte une conviction forte : la transition énergétique est désormais indissociable de notre souveraineté industrielle. Lauréat du palmarès Choiseul Hauts-de-France 2026, il démontre qu’il est possible de conjuguer indépendance technologique, sécurité des données et fiabilité des infrastructures de recharge face à la concurrence internationale.
La transition énergétique est désormais aussi une question de souveraineté industrielle. Dans ce contexte, quel rôle un industriel français comme DBT peut-il jouer pour renforcer l’indépendance technologique et énergétique de la France et de l’Europe ?
Je suis tout d’abord ravi que la transition énergétique anime autant les débats en ce moment — qu’il s’agisse d’enjeux écologiques ou simplement de pouvoir d’achat, c’est une excellente chose. Mais au-delà de l’énergie elle-même, nous avons appris une leçon essentielle : dépendre du Moyen-Orient ou de la Russie pour nos approvisionnements en énergies fossiles n’est pas souhaitable. La même logique s’applique à nos infrastructures de recharge. Proposer des bornes dont la conception, la sécurité et les moyens de paiement seraient entièrement pilotés depuis l’étranger comporte des risques réels. Chez DBT, nous maîtrisons la technologie, le sourcing des composants et les logiciels embarqués dans nos bornes. C’est là notre contribution concrète à cette souveraineté
Face à une concurrence internationale particulièrement intense, quels sont aujourd’hui les atouts d’une conception et d’une fabrication françaises dans le domaine des infrastructures de recharge pour véhicules électriques ? Peut-on encore faire de l’industrie en France un véritable avantage compétitif ?
Il faut arrêter de se cacher derrière notre petit doigt : nous n’avons aucun avantage compétitif à produire en France au sens strict du terme. C’est même le contraire. En revanche, nous apportons quelque chose que la concurrence internationale ne garantit pas toujours : la sécurité des données utilisateurs et, surtout, la certitude que la borne installée aujourd’hui pourra encore fonctionner dans dix ans. Notre métier, c’est de proposer des infrastructures robustes et fiables, que nous sommes en mesure de faire vivre sur une décennie entière. C’est ça, notre vrai avantage compétitif.
Le développement de la mobilité électrique dépend autant des infrastructures que des véhicules eux-mêmes. Quels sont, selon vous, les principaux défis qu’il reste à relever pour accélérer cette transition tout en construisant une filière industrielle pérenne ?
Le sujet des infrastructures est désormais derrière nous : la France vient de franchir le cap des 200 000 points de charge ouverts au public. Mais aujourd’hui, seulement 3 % du parc roulant est électrique. Le vrai défi est d’accélérer la courbe d’adoption du véhicule électrique, en suivant la voie tracée par les pays précurseurs — la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas. L’infrastructure est là ; il s’agit maintenant de convaincre les automobilistes.
Vous dirigez DBT depuis 2020, dans un secteur en pleine mutation. Quelle est votre vision de l’industrie française dans les dix prochaines années, et comment DBT entend-il contribuer à cette nouvelle dynamique industrielle et énergétique ?
On ne sauvera pas l’industrie française en essayant de battre la Chine sur son propre terrain, celui de la compétitivité-prix. On la sauvera en réinventant nos règles du jeu : technologie de proximité, expertise verticale, qualité. C’est la direction que nous avons choisie chez DBT, et je crois que c’est la seule voie crédible pour l’industrie française dans les dix années à venir.