Axel Loupeda (BelPair) : « La légitimité ne se demande pas, elle se construit par la preuve »
Comment franchir le pas de l’entrepreneuriat ? Pourquoi la confiance au sein des entreprises est un actif précieux et comment l’IA révolutionne les métiers de la création ? Autant de questionnements auxquels Axel Loupeda, fondateur de BelPair, répond dans cet entretien.
Lauréat du palmarès Choiseul Outre-mer 2025, Axel Loupeda le fondateur de BelPair, une entreprise guyanaise qui produit et transforme les chaussures pour leur donner une seconde vie. En parallèle, il est également le plus jeune élu au Conseil d’administration du MEDEF Guyane et le président du COMEX 40, un collectif de jeunes dirigeants du territoire guyanais. Rencontre avec cet entrepreneur parti de rien.
Vous avez lancé BelPair, une entreprise qui s’appuie sur l’upcycling et la customisation. Quel a été le déclic qui vous a poussé à franchir le pas de l’entrepreneuriat ?
Mon déclic tient en une phrase : n’attendez pas d’être invité à la table, apportez ce que la table n’a pas. Je l’ai appris tôt.
J’ai grandi en quartier prioritaire avec un rêve, devenir footballeur professionnel. Soyons honnêtes, je n’étais pas le nouveau Mbappé, mais assez bon pour y croire et assez têtu pour ne rien lâcher : après de nombreux refus, j’ai décroché une bourse couvrant 93% de mes frais de scolarité dans une université américaine.
Ce rêve ne s’est pas réalisé comme prévu, mais l’Amérique a appris au gamin de quartier que j’étais à voir plus grand, et le sport de haut niveau m’a enseigné la résilience, le management et le fait qu’on ne gagne jamais seul. C’est là-bas qu’est née l’intuition de Belpair : autour de moi, des amis avaient déjà recours à ces services de personnalisation et de mise en relation entre créateurs et marques. J’ai vu un pont à bâtir là où d’autres voyaient deux mondes séparés. 7
De retour en France, en Outre-mer, je l’ai construit : Belpair a réuni autour d’une même table l’Agence Spatiale Européenne, le CNES, Renault, Lacoste, l’Olympique de Marseille, Ronaldinho et bien d’autres. Le projet a été distingué par le Réseau entreprendre, la French Tech et Bpifrance.
La leçon que je transmets aux plus de mille entrepreneurs que j’ai accompagnés : la légitimité ne se demande pas, elle se construit par la preuve. Ce fil ne m’a jamais quitté, transférer de la confiance entre des mondes qui ne se parlent pas.
Hier des partenariats, aujourd’hui des écosystèmes entiers, sur le terrain le plus exigeant qui soit : l’argent des entreprises.
En quoi la confiance au sein des entreprises est selon vous leur actif le plus précieux ?
Toute ma vie, j’ai construit des ponts de confiance. Aujourd’hui, c’est devenu le seul actif qu’aucune machine ne peut falsifier. L’IA a industrialisé la fraude : 85% des entreprises françaises ont subi au moins une tentative de fraude au cours des douze derniers mois, et un virement parfaitement crédible peut désormais partir vers un imposteur.
Dans ce monde, la confiance n’est plus un supplément d’âme, c’est un actif stratégique qui se protège comme un autre. Ma conviction, c’est que cette confiance ne se vend pas en direct. Aucune direction financière n’adopte une protection sur la foi d’une publicité. Elle l’adopte quand sa banque, son cabinet de conseil ou son éditeur de logiciel la recommandent.
La confiance ne s’achète pas, elle se transfère.
C’est toute ma responsabilité chez Sis ID by Eftsure, acteur leader mondial de la fintech qui fiabilise les données tiers pour sécuriser les paiements : je construis, renforce et pilote en Europe les alliances qui organisent ce transfert, en transformant des partenariats un à un en un écosystème où la sécurité se diffuse là où les décisions se prennent. C’est un sport collectif, et c’est ce qui fait sa force : la confiance se propage par ceux en qui l’entreprise croit déjà. « Stronger together ! »
Avec l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle, comment appréhendez vous le futur de vos secteurs d’activités, à la fois BelPair et de Sis ID ? Considérez-vous l’IA comme une menace ?
Non, pas une menace : un amplificateur, qui départage ceux qui subissent de ceux qui s’organisent.
Côté Sis ID, l’IA industrialise la fraude, donc les contrôles doivent s’industrialiser eux aussi. La sécurisation ne peut plus être une étape en plus : elle doit être intégrée nativement dans les workflows, au cœur des outils que les entreprises utilisent déjà.
C’est un sport collectif, et les alliances que je pilote en sont le rouage central : notre écosystème de banques, de cabinets de conseil et d’éditeurs porte aujourd’hui plus de 50% de notre nouvelle activité en Europe, avec 77% de croissance en quatre ans et plus de 5 000 clients dans le monde.
Côté création, l’IA génère des images en quelques secondes. Mais plus elle imite, plus ce qu’elle ne peut pas produire prend de la valeur : l’émotion d’une pièce unique, l’histoire vraie derrière un objet, le lien humain. Mes activités convergent vers la même conviction : dans un monde où les machines savent tout reproduire, l’infalsifiable devient la ressource la plus précieuse.
La confiance en fait partie, à condition de savoir la transférer, la transformer en partenariats, puis en écosystèmes. Ceux qui sauront la faire circuler auront un temps d’avance.
Pour retrouver le palmarès Outre-mer : Choiseul Outre-Mer – Palmarès