Alexandra Questel (Comité territorial du tourisme de Saint-Barthélemy) : « Une gouvernance qui pilote avec ambition et respect »
Situé dans les Antilles, l’île de Saint-Barthélemy fait rêver la terre entière par ses eaux turquoises et ses paysages idylliques. Mais comment ce territoire insulaire peut-il préserver son environnement et sa vie locale, tout en restant une destination attractive à l’échelle internationale ? Alexandra Questel nous répond.
Présidente du Comité du Tourisme de Saint-Barthélemy, Alexandra Questel est lauréate du palmarès Choiseul Outre-mer 2025 et élue locale au sein de la Collectivité de Saint-Barthélemy. Elle défend une vision singulière de son île, celle du temps long qui ne cède pas à la pression court-termiste, qui refuse de choisir entre l’international et le local mais concilie les deux et qui prône une diversification économique de l’île, au service de sa population. Rencontre avec une jeune femme engagée dans la politique de son territoire.
Comment préserver un équilibre entre attractivité internationale, environnement fragile et vie locale alors que le tourisme est le moteur économique de l’île ?
Je pars d’un constat simple : Saint-Barthélemy fait 21 km². Cette contrainte n’est pas un handicap, c’est notre meilleur atout à condition de l’assumer pleinement. La rareté est une valeur, pas une limite qu’on subit.
Le vrai risque n’est pas l’attractivité internationale en soi, c’est le développement sans intentionnalité. Chaque mètre carré construit, chaque autorisation accordée doit répondre à une question simple : est-ce que ça sert notre trajectoire à long terme, ou est-ce qu’on cède à une pression court-termiste ? Sur une île aussi petite, une erreur d’urbanisme ou de gestion environnementale n’est pas réversible. On n’a pas de deuxième chance.
C’est pour cela que gouverner nécessite une vision précise de ce que l’on souhaite, du leadership pour y arriver et se donner les moyens de mettre en place les outils pour piloter l’île correctement. L’île ne peut pas se permettre des promesses politiquement correctes qui n’aboutissent à rien.
Concrètement, cela veut dire une gouvernance qui pilote avec ambition et respect, plutôt que de subir, des infrastructures; eau, déchets, énergie, dimensionnées pour résister à la pression saisonnière et aux aléas climatiques, et une vraie place laissée à la vie locale dans les arbitrages, pas seulement dans les discours.
L’équilibre, ce n’est pas de choisir entre l’international et le local. C’est de refuser que l’un se construise contre l’autre.
Quelle est votre vision pour le futur de l’île ?
Une île profondément ancrée dans son héritage, et résolument tournée vers l’avenir. Ces deux mouvements ne s’opposent pas, ils se nourrissent.
Je crois à un Saint-Barthélemy qui continue d’exercer un rayonnement international, mais qui ne perd jamais de vue que ce rayonnement doit servir sa population, pas l’inverse. Cela suppose une gouvernance lisible et exemplaire, c’est dur à dire, mais il n’y a pas de place pour l’erreur lorsqu’on pilote un territoire comme Saint-Barthélemy.
Cela suppose aussi qu’on ose diversifier notre modèle économique au-delà du tourisme pur, pour proposer de vraies solutions à nos jeunes, afin qu’ils puissent revenir vivre sur leur île et en avoir les moyens. Il n’y a pas que les métiers du tourisme ou de l’immobilier. Nous devons ouvrir d’autres portes.
Je crois aussi qu’il faut aller plus loin dans l’excellence: dans nos infrastructures, dans la qualité de nos services publics, dans l’exigence qu’on se fixe partout où on peut encore progresser. On ne doit pas se contenter de peu ; il faut de l’ambition, car les choix nécessaires pour préserver notre île ne peuvent pas attendre. C’est un Saint-Barthélemy qui choisit la qualité plutôt que le volume, à tous les niveaux.
Et cette exigence, je veux la porter même là où nous ne sommes pas seuls décisionnaires. La santé, la sécurité, l’éducation relèvent des compétences de l’État, mais rien ne nous empêche de nous fixer un cap d’excellence sur ces sujets-là aussi, et de peser pour l’atteindre.
Un système de santé de qualité, une sécurité qui protège et garantie une qualité de vie unique, une éducation qui donne à nos enfants toutes les clés pour choisir leur avenir, ici ou ailleurs : voilà, à mes yeux, de quoi demain doit être fait.
Mais avant tout, je veux un Saint-Barthélemy où les familles qui ont construit cette île puissent encore s’y projeter dans vingt ans, sur le plan du foncier, du logement, du mode de vie. Le luxe de Saint-Barth, c’est la capacité qu’on aura eue à rester nous-mêmes et à garder en main le destin de notre île.
Vous êtes 4ème Vice-Présidente de la Collectivité pour la mandature 2022-2027. Avez-vous eu des appréhensions avant votre entrée en politique, en tant que jeune femme de 30 ans ? Quel a été le déclic de cet engagement ?
Honnêtement, oui, il y a eu des appréhensions. S’engager en politique à 30 ans sur un territoire aussi petit que le nôtre, où tout le monde se connaît, où chaque prise de position publique a un écho immédiat et personnel, ce n’est pas un choix anodin. On sait qu’on s’expose, et qu’on sera scrutée différemment et encore plus durement, sur sa légitimité, sur l’âge, sur le fait d’être une femme dans des espaces qui restent encore largement masculins.
Mais le déclic est venu de quelque chose de plus profond que ces appréhensions. Cette île m’a beaucoup donné, et je mesure la chance que j’ai eue d’y grandir et d’être d’ici. Saint-Barthélemy a parcouru un chemin exemplaire et inspirant à tout niveau, et je sais qu’elle peut encore accomplir beaucoup, mais rien de tout cela ne se fait tout seul, il faut des femmes et des hommes prêts à s’engager et prendre la relève de l’héritage qui nous a été laissé.
Rester spectatrice de l’avenir de mon île n’était tout simplement pas une option pour moi.
Alors oui, on fait des sacrifices. Du temps avec ses enfants, avec la famille, une trajectoire professionnelle qu’on met de côté, pour se consacrer à la construction de l’avenir de son territoire. Mais je me pose toujours la même question : si ce n’est pas nous qui le faisons, alors qui ?
Chacun, à sa mesure, a sa part à jouer pour que notre île reste et demeure une île d’excellence à tout niveau. C’est cette conviction qui m’a portée il y a cinq ans, et c’est elle qui me porte encore aujourd’hui.
Pour retrouver le palmarès Choiseul Outre-mer : Choiseul Outre-Mer – Palmarès