Laura Le Goff (Vendée Globe) : « Le Vendée Globe est bien plus qu’un événement sportif »

Choiseul Magazine poursuit sa série d’articles mettant à l’honneur les lauréats du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent. À l’honneur dans cet entretien : Laura Le Goff, Directrice générale du Vendée Globe depuis maintenant dix ans. Elle revient sur ses convictions, son engagement et comment ces derniers guident ses actions dans la conduite de cet évènement de rayonnement international.

En tant que directrice générale, quelles sont les convictions qui guident vos choix et vos actions dans la conduite de cet événement ? Comment définissez-vous votre propre engagement en tant que directrice générale de cet événement ?

Le Vendée Globe est bien plus qu’un événement sportif. C’est une aventure profondément enracinée en Vendée, devenue au fil des éditions le graal des skippers de course au large et un rendez-vous suivi par des millions de personnes. Plus qu’un engagement, c’est donc une véritable responsabilité d’accompagner son développement, au service du Département de la Vendée son actionnaire majoritaire, et ce sans jamais trahir son ADN.

C’est en effet sa singularité même qui en fait le succès populaire que l’on connaît aujourd’hui, car le Vendée Globe est à la fois une compétition sportive extrême mais aussi une aventure humaine et collective.

Vous avez fait du Vendée Globe un vecteur de sensibilisation à la préservation des océans. Comment un événement sportif peut-il porter un engagement citoyen sans perdre son âme ?

Le Vendée Globe ne pourrait pas exister sans l’océan. Le préserver est donc absolument essentiel. Ainsi à chaque édition, les skippers mettent leur tour du monde au service de causes qui leur sont chères et la protection des océans en fait  largement partie. En faisant de leurs bateaux de course des navires d’opportunité au service de la recherche océanographique en parallèle de leur course, ils participent à une meilleure connaissance d’une partie peu connue car peu fréquentée : le grand sud.

Sous l’impulsion du Président du Vendée Globe, Alain Leboeuf, en partenariat avec l’UNESCO et les skippers, l’organisation a souhaité aller plus loin en centralisant la collecte des données scientifiques récupérées via les capteurs et instruments scientifiques embarqués déployés par les skippers en course.

25 bateaux ont pu embarquer ces capteurs permettant de collecter des données précieuses sur la température, la salinité ou encore les courants océaniques. En 2028, l’ensemble de la flotte devra être équipée desdits instruments scientifiques.

En réalité, je suis absolument persuadée que cet engagement renforce le Vendée Globe : il reste fidèle à son ADN tout en mettant son extraordinaire visibilité au service de l’océan.

Vous portez cet événement depuis trois éditions. Qu’est-ce qui fait qu’un engagement de dirigeant tient dans la durée, malgré la pression, les imprévus, les cycles de quatre ans ?

Je crois profondément que la durée d’un engagement repose sur trois éléments essentiels. D’abord, avoir un cap clairement établi et partagé, pour transformer l’ambition en feuille de route, en arbitrages et en décisions concrètes et robustes. Ensuite, savoir s’adapter face aux imprévus.

Dans un cycle de quatre ans, ils sont inévitables : le Vendée Globe est une course de l’extrême pour les skippers, et il est devenu au fil des éditions un événement grand public extrêmement exposé, suivi par les médias, le public, les partenaires, les institutions. Toute crise y est visible, commentée, analysée, parfois amplifiée, et ses conséquences peuvent s’enchaîner très vite.

Enfin, accepter qu’on ne réussît pas seul. Skippers, partenaires, institutions, bénévoles, médias : chacun détient une part de la réussite, et mon rôle est d’assurer cet équilibre.

Et en conclusion : Le Vendée Globe est né d’une intuition et d’un pari vendéen. Dix éditions plus tard dont trois passées à la direction générale, ma conviction est simple : diriger un tel événement, c’est être au service de quelque chose qui vous dépasse. Notre responsabilité est de le transmettre plus fort que nous ne l’avons trouvé, sans jamais oublier d’où il vient.