Julien Oet (Boulanger) : « Créer plus de valeur avec moins de ressources »

Julien Oet pilote chez Boulanger la Transformation, l’IA et la Sustainability. Lauréat du palmarès Choiseul Hauts-de-France, il porte une conviction : le commerce de demain se jouera moins sur le volume que sur la capacité à rendre les produits utiles plus longtemps.

Boulanger a engagé une profonde évolution de son modèle, en faisant de l’économie circulaire un levier de création de valeur. Comment transforme-t-on un modèle historiquement fondé sur la vente de produits vers une logique plus durable, sans renoncer à la performance économique ?

Il faut arrêter d’opposer durabilité et performance. Une entreprise ne transforme pas son modèle contre son économie : elle le transforme par son économie.

Chez Boulanger, l’économie circulaire est presque un retour aux sources. L’entreprise est née autour de la vente, mais aussi de la réparation. Notre enjeu est de passer d’une logique de transaction à une logique de cycle de vie : conseiller, installer, entretenir, réparer, reprendre, reconditionner, louer, recycler.

Un produit qui dure plus longtemps n’est pas une vente perdue. C’est une relation client renforcée, du service, de la fidélité et une meilleure utilisation des ressources. La difficulté est opérationnelle : trouver les gisements, garantir la qualité, former les équipes et bâtir un compte de résultat solide.

Dans un marché où les produits et les prix tendent à s’uniformiser, l’innovation devient un facteur clé de différenciation. Quels sont, selon vous, les leviers qui permettent aujourd’hui à une entreprise de créer un avantage concurrentiel durable ?

Je crois de moins en moins aux avantages fondés seulement sur un produit ou une technologie. Ils sont copiés trop vite. L’avantage durable vient de la capacité à mieux exécuter, dans la durée.

Dans notre métier, la différence se joue dans les moments de vérité : quand un client hésite, quand il cherche un conseil utile, quand un appareil tombe en panne, quand il veut consommer autrement sans se compliquer la vie.

Les leviers sont concrets : conseil, proximité, expertise technique, omnicanal, data, et capacité à relier tout cela dans une expérience simple. L’innovation, ce n’est pas toujours faire spectaculaire. C’est souvent enlever une friction.

L’intelligence artificielle et l’essor des agents intelligents ouvrent une nouvelle phase de transformation des entreprises. Au-delà des effets d’annonce, quels usages vous semblent les plus prometteurs pour améliorer l’expérience client, la performance opérationnelle et les métiers ?

L’IA devient intéressante quand elle entre dans les gestes du quotidien. Le sujet n’est pas de remplacer les équipes, mais de leur permettre de mieux décider, plus vite, avec moins de charge inutile.

Je vois trois usages majeurs. D’abord, l’expérience client : comprendre un besoin, orienter vers le bon produit, la réparation, la location ou le reconditionné. Demain, un agent pourra accompagner un client du diagnostic jusqu’au rendez-vous.

Ensuite, la performance opérationnelle : disponibilité produit, stocks, prévisions, planification des interventions, traitement des retours. Beaucoup de valeur se joue dans ces détails invisibles.

Enfin, les métiers internes. Des agents fiables peuvent devenir de vrais assistants pour les vendeurs, techniciens et fonctions support. La clé reste la confiance : sans gouvernance et supervision humaine, l’IA produit surtout du bruit.

Vous êtes à la croisée des enjeux de transformation, d’innovation et de développement durable. À quoi ressemblera, selon vous, l’entreprise performante de demain : une entreprise qui vend davantage, ou une entreprise qui crée davantage de valeur avec moins de ressources ?

La bonne réponse est clairement la deuxième. Mais ce n’est pas une baisse d’ambition. Créer plus de valeur avec moins de ressources, c’est probablement la définition la plus exigeante de la performance.

L’entreprise de demain saura vendre. Mais elle saura surtout maximiser l’utilité de ce qu’elle vend. Elle regardera un produit non comme un acte de vente isolé, mais comme un actif à faire vivre : usage, maintenance, réparation, seconde vie, recyclage.

Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront être profitables, utiles et sobres. Pas l’une après l’autre. Les trois en même temps. Pour Boulanger, qui est né de l’idée que vendre ne suffit pas, c’est une transformation stratégique et une fidélité à notre histoire.