Coralie Balmy (COCO AN DLO) : « En tant qu’insulaire, savoir nager et savoir se sauver est un droit vital »

Ancienne médaillée olympique, Coralie Balmy lance en 2019 l’association COCO AN DLO, un association de sensibilisation à l’environnement via la pratique sportive, reconnue d’intérêt général. Par la pratique sportive, COCO AN DLO lutte également contre les risques de noyade. Lauréate du palmarès Choiseul Outre-mer, Coralie Balmy partage dans cet entretien la complémentarité entre aisance aquatique et conscience environnementale, aussi bien chez les plus jeunes que chez les adultes.

Vous avez créé COCO AN DLO avec la volonté de lutter contre les accidents de noyade et de sensibiliser à l’environnement. Quel a été le déclic qui vous a poussé à franchir le pas de l’entrepreneuriat après votre carrière de médaillée olympique ?

Le déclic a été le côté unique et innovant de mon projet : COCO AN DLO propose une activité sportive couplée à une activité d’éducation à l’environnement : nous avons été les premiers. Je souhaitais conserver ce caractère si particulier, mais je ne vous cache pas que la mise en œuvre a été parsemée d’embuches dans le sens où les partenaires n’avaient jamais vu de projet comme nous. Heureusement, nos premiers résultats positifs ont permis d’obtenir plus de soutiens au fil des ans.

Les olympiens sont des fonceurs dans l’âme, et avec des objectifs en tête et même si la route est sinueuse, nous n’avons pas peur de l’emprunter. C’est une force de caractère héritée de mon expérience de sportive de haut niveau.

Vous proposer à la fois des formations professionnelles et des stages d’aisance aquatique. En quoi la Martinique et plus généralement les territoires ultra marins français présentent une demande importante ?

La France est le deuxième espace maritime du monde.

Les territoires ultramarins sont les premiers exposés au dérèglement climatique : montée des eaux, accélération du phénomène d’érosion, perte de la biodiversité. 20% de la biodiversité mondiale vit sur des îles, 41% des espèces menacées vit en milieux insulaires. Les populations de ces territoires font face à des bouleversements environnementaux important.

Les accidents de noyade sont la première cause de mortalité chez les enfants et les personnes âgées en France et en Outre-Mer : en tant qu’insulaire, savoir nager et savoir se sauver est un droit vital car nous sommes quotidiennement exposés aux risques de noyades.

Pour toutes ces raisons, la Martinique et les territoires ultramarins représentent une demande importante sur ces enjeux vitaux.

Vous expliquez que beaucoup d’enfants et même d’adultes en Martinique ne savent pas nager malgré la proximité avec la mer : comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Ce constat est principalement lié à notre héritage historique : nous sommes les descendants d’une population qui a été arrachée à ses terres, réduite en esclavage et transportées par la mer dans des conditions abominables. Tous ces facteurs favorisent la transmission de traumatismes et crée des blocages inconscients sur la population actuelle.

De plus, l’immensité de l’océan et la méconnaissance du milieu renforcent cette crainte: on ne peut pas aimer quelque chose que l’on connait pas.

C’est là toute la dynamique de COCO AN DLO : reconnecter les enfants à la mer en douceur et avec beaucoup de bienveillance.

J’ai moi même appris à nager et à être à l’aise dans l’eau grâce à mes parents qui m’amenaient en club, pas avec mon école. Cet enseignement doit être proposé à tous les enfants, sans condition. Et pour se faire, depuis plusieurs années nous avons choisi de conventionner avec le Rectorat de l’Académie de Martinique pour former les professeurs des écoles et leur apporter des outils méthodologiques pour que tous les enfants scolarisés aient accès à cet apprentissage ô combien important.

Quels résultats concrets observez-vous chez les enfants après vos interventions, aussi bien sur le plan de l’aisance aquatique que de la conscience environnementale ?

Les résultats concrets sont très beaux à observer : un sourire quand ils comprennent que leur corps flotte, une exploration spontanée tête immergée quand ils savent qu’ils sont capable de revenir au bord seuls, des sauts en grande profondeur et une liberté de mouvements aquatiques. Quand nous partons en exploration en mer, ils comprennent vite que tout ce qu’ils ont appris en séances d’aisance aquatique se retranscrit dans l’observation des récifs coralliens: des yeux grands ouverts à la vue d’un poisson perroquet, des exclamations de joie quand on rencontre une tortue, et surtout des étoiles plein le cœur quand ils nous racontent tout ce qu’ils ont découvert.

Nous tenons à valoriser tous les enfants repartent avec un diplôme de validation de compétences.

Chez COCO AN DLO nous savons que la transmissions de valeurs se fait via des expériences de vie: savoir se sauver et rencontrer des animaux marins sont des expériences de vie gravées en eux: ce sont de vrais ambassadeurs pour la biodiversité.