Le sans alcool, l’ivresse chic française
Et si, avec le « sans », c’était mieux ? Tant mieux. Soif apaisée, palais éveillé, conscience tranquille : les spiritueux sans alcool s’invitent désormais dans les verres les plus brillants. Vins et spiritueux ne se cachent plus. Ils s’assument, s’affirment, séduisent.
Champagne ! Le sans alcool fête sa victoire. Dans les salons feutrés, les rooftops animés, les dîners de gala, le « sans » fait le plein. Audacieux, élégant, assumé. Il a trouvé son style. Au pays du vin, le verre se lève pour une révolution… spiritueuse.
Au départ, c’était la bulle. Longtemps, le sans alcool fut perçu comme zéro : sans saveur, sans fête, sans panache. Bref, sans. Synonyme de compromis, d’ennui liquide, de pas cool. Et puis des trublions ont fait avec « sans ». Une effervescence est née de certains producteurs. Les degrés de la recherche sont montés sans que le plaisir s’évapore. Aujourd’hui, des maisons comme JNPR, French Bloom ou Nogroni transforment l’abstinence en festival sensoriel. Le verre à moitié vide fait désormais le plein. Les bulles et liquides aux arômes complexes séduisent. L’émotion est intacte. Santé !
Des tonnes d’audace
Le marché des NoLo (No Lacohol, Low Alcohol) n’y va pas molo. Le jeu de mots est facile, mais la croissance, elle, se révèle sérieuse. En France, le marché représentait 245 millions d’euros en 2021, avec une hausse de 12 % en chiffre d’affaires selon desalcoolisation.com.
Ce n’est pas encore la mer à boire. Mais la vague monte. Les cavistes et les rayons se réinventent. De même, les bières sans alcool se montrent en plein essor avec une hausse de 10 % par an selon Xerfi. Les vins NoLo sont désormais présents sur les plus grandes tables des restaurants étoilés.
En Europe, les boissons non alcoolisées coulent à flots. Elles atteignaient 457,7 milliards de dollars en 2021. Elles devraient frôler les 570 milliards en 2027 (+ 4,5 %). À l’échelle mondiale, la tendance déborde. Le marché fut valorisé à 1 176,06 milliards de dollars en 2024, année de grand cru. Il pourrait grimper à 2 113,15 milliards de dollars d’ici à 2032.
Les segments « premium » progressent le plus vite, tirés par les jeunes urbains, les femmes et les CSP+. Les 18-34 ans s’annoncent comme les plus enclins à essayer, à recommander et à payer plus cher pour des boissons sans alcool de qualité. Ils seraient attirés par l’expérience : goût travaillé, emballage soigné, récit sensoriel. Les femmes urbaines sont poussées par le luxe et le « bien-être » Quant aux consommateurs CSP, ils seraient sensibles au raffinement et à la maîtrise de soi. Le « sans » n’a jamais eu autant de valeur. Ce n’est pas rien. L’ivresse du sans est devenue une bulle d’affaires pétillantes.
Le luxe du rien
Les géants du luxe l’ont bien compris. Moët Hennessy avec sa participation (30 %) dans French Bloom vend le « sans » à plus de cent dollars la bouteille dans trente pays. « Grâce à nos expertises complémentaires et à notre passion commune pour l’innovation, nous sommes convaincus d’accélérer notre développement et de repousser les limites de ce secteur en pleine évolution », déclarait Rodolphe Frerejean-Taittinger, PDG de French Bloom. Avec de tels parrains, le sans alcool passe au chic et transforme l’alcool… en hic sans tenue.
La bulle du golfe
Sur le golfe Persique, le vin devint mirage avec ou sans alcool mirifique. Grand amateur de luxe, Dubaï a soif d’importations de prestige. Ici, le champagne français domine les importations de vins aux étiquettes précieuses. Le marché des vins et spiritueux affiche une croissance qui donne le tournis, 80 % en trois ans (les importations sont passées de 1,1 milliard d’euros en 2021 à 2,1 milliards en 2024). Les débouchés, si l’on peut écrire ? Les expatriés qui constituent 88 % de la population. Dans cette région, les spiritueux sans alcool du luxe français apportent la distinction et l’élégance tout en respectant les valeurs locales.
Lors des réceptions, il est difficile de ne pas proposer une coupette aux personnes qui choisissent de ne pas boire d’alcool. Proposer une boisson pétillante sans alcool devient une solution d’inclusion, un geste de diplomatie gustative.
En Arabie saoudite où l’alcool reste totalement proscrit, le luxe du « sans » abolit les frontières. « Les Émirats arabes unis étaient un marché naturel pour French Bloom », explique Maggie Frerejean-Taittinger dans L’Officiel Arabia.
« Nous avons décidé de créer un produit qui élèverait le moment pour tout le monde et permettrait à chacun de s’asseoir à la même table et de célébrer comme il l’entend, quelle que soit l’occasion », raconte l’ex-mannequin, Constance Jablonski, cofondatrice.
Ici, le « sans » prive pas !
Il élève le moment, transforme le rituel et autorise à se conduire au-delà de la norme vers un art de vivre. Le sans alcool conjugue innovation et nouveau statut, associé à une expérience de toque étoilée. Avec la délicatesse de se réveiller avec les souvenirs intacts qui évitent de… trinquer.