Le in-licensing de technologies académiques : un levier de croissance des entreprises
Audrey Giros, Directrice de la performance et Responsable de business unit au sein d’une SATT, défend une conviction : le transfert de technologies issues de la recherche publique n’est plus réservé aux grands groupes. Grâce à la professionnalisation des structures d’interface et au rôle des SATT dans la maturation, la protection et le transfert des innovations, le in-licensing académique devient un levier accessible aux PME et aux ETI pour accélérer leur innovation, réduire leurs risques technologiques et renforcer leur compétitivité.
Le in-licensing de technologies académiques, qui consiste à faire l’acquisition de technologies issues de résultats de la recherche publique, a longtemps été perçu comme complexe, long, coûteux ou réservé à une minorité d’acteurs, armées de juristes et d’ingénieurs en propriété intellectuelle. Mais avec le développement des SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies), ce mode de transfert technologique de l’académique vers l’industrie est devenu un véritable atout de différenciation et de création de valeur pour les entreprises qui en ont bénéficié.
Valoriser, c’est la troisième mission de l’université ! Cela consiste à transformer les résultats de la recherche publique en applications concrètes (produits, procédés ou services). Dans cette perspective, la France et l’Europe disposent d’atouts remarquables pour assurer leur souveraineté technologique, et la qualité de la recherche y est reconnue mondialement. L’enjeu n’est pas de produire des connaissances mais de les transformer en valeur économique et industrielle.
Depuis maintenant une dizaine d’années, la valorisation par le transfert de technologies s’intensifie. Pour les entreprises cela consiste à faire l’acquisition, par un contrat, de briques technologiques déjà dé-risquées. Ce mécanisme leur permet soit d’accéder à des inventions qui leur étaient jusque-là inaccessibles en interne, faute de compétences ou de moyens, soit de raccourcir drastiquement leur cycle d’innovation et le délai de mise sur le marché de leurs produits.
Mais au-delà de ces atouts, travailler avec la recherche académique n’a jamais été aussi accessible. Les structures d’interface telles que les SATT se sont fortement professionnalisées ces dernières années, et jouent désormais un rôle central dans la fluidification des relations entre monde académique et entreprises. Véritables opérateurs de transfert, elles sont aujourd’hui aguerries à la détection d’opportunités, à la simplification des démarches contractuelles, et à la sécurisation de la propriété intellectuelle. Elles assurent également une mise en relation ciblée avec des partenaires industriels, en amont pour recueillir leurs marques d’intérêt sur des inventions, et en aval pour accompagner le transfert de technologies.
Les SATT apportent un coup d’avance aux entreprises. Elles qualifient et protègent les inventions, réalisent les études de marché, définissent une feuille de route de développement, et peuvent aller jusqu’au prototypage. Elles interviennent pour “dé-risquer” les innovations afin d’en faciliter leur adoption par les entreprises. Dans certains cas, les SATT co-investissent aux côtés des partenaires industriels pour accompagner les étapes critiques de développement, réduisant ainsi les barrières à l’entrée pour les PME et ETI.
Pour les entreprises, les bénéfices sont donc multiples : un accès direct à des technologies à fort potentiel et la possibilité de sécuriser des positions de marché grâce à une propriété intellectuelle robuste (brevets, savoir-faire, dépôt à l’Agence de Protection des Programmes pour les logiciels). Enfin, c’est un moyen de partager le risque technologique en s’appuyant sur des partenaires académiques et sur les SATT. En bref c’est un gain de temps et d’argent.
Ainsi, le in-licensing de technologies académiques n’a pas à être perçu comme un levier de croissance réservé aux grands groupes, mais bien comme un outil structurant de la stratégie d’innovation accessible à toutes les entreprises. Les PME et les ETI peuvent aujourd’hui s’emparer de cette opportunité et renforcer durablement leur positionnement et leur compétitivité, tout en inscrivant leur développement dans une logique d’innovation maîtrisée, rapide et sécurisée.