Guillaume Accarion : « Participer de l’intérieur aux transformations à venir. »

Guillaume Accarion est fondateur d’Akajoule. Lauréat du palmarès Leadership engagé, porté par l’Institut Choiseul et Les entreprises s’engagent, il répond aux questions de Choiseul Magazine

Créer Akajoule en 2010, c’était s’engager sur la transition énergétique avant que ce soit une priorité politique et économique. Comment définissez-vous cet engagement, une conviction, un pari, ou les deux ?

En 2010, on parlait développement durable, agenda 21, mais pas encore de transition énergétique. Le terme est arrivé par l’Allemagne qui a lancé son energiewende avant la France. Ce n’était pas encore vu comme quelque chose d’inéluctable. Donc en 2010, c’était une conviction citoyenne. Etre utile avec mes compétences. Participer à cette transition à venir, de l’intérieur, être acteur et non spectateur.

Le pari vient du modèle économique choisi, l’entreprenariat. Une première pour moi mais bien accompagné par le Réseau Entreprendre et la pépinière d’entreprise de St-Nazaire. Prendre ses responsabilités, faire sa part, à mon tour, après avoir bénéficié d’une bonne éducation et d’études de haut niveau.

Chaque année le sujet de la transition énergétique « montait ». Il n’y a que depuis 2025 que le sujet est – un peu – redescendu, car touchant certaines limites paradoxales. Pour freiner le changement climatique, il faudrait laisser entrer en Europe les technologies décarbonées chinoises, mais le prix en termes d’emploi et de souveraineté n’apparait aujourd’hui pas acceptable. Pour avancer, un nouveau cap est à définir en tenant compte de ces enjeux.

Le temps des pionniers, motivés par la conviction, est maintenant terminé. La transition est suffisamment avancée, désirable, inéluctable, pour qu’il s’agisse maintenant de l’organiser, au sens du « pilotage » de sa vitesse. Il faut s’assurer d’entrainer les citoyens, les entreprises, …  On parle ici d’un dosage de planification économique et industrielle, de réglementation, etc… La taxe carbone, décrite par Christian Gollier, est une solution proposée par les économistes.

Vous avez ouvert votre capital à vos salariés à deux reprises. En quoi ce choix est-il, pour vous, indissociable d’un engagement authentique de dirigeant ?

Il y avait de la demande et il ne m’apparaissait pas cohérent de faire rentrer des actionnaires extérieurs sans proposer aux salariés. Il s’agit de notre outil de travail commun. D’autre part, l’objectif était de consolider l’engagement des collaborateurs au projet de l’entreprise Akajoule, « Accélérer la transition énergétique par l’expertise et l’innovation », s’obliger à la transparence stratégique et financière. Il s’agit également pour les salariés d’appréhender la posture d’actionnaire. J’ai toujours accordé une grande importance à expliciter les enjeux économiques de l’entreprise aux salariés : compte de résultats, indicateurs, bilans car cela me semble fondamental pour comprendre ce qu’est une entreprise et comment cela fonctionne.

Quinze ans après la création d’Akajoule, comment mesurez-vous concrètement l’impact de votre engagement sur les territoires que vous accompagnez ?

Il y a des territoires ou notre accompagnement est ponctuel, d’autres sur lequel, il se dessine plus facilement sur le long terme. Nous proposons à certains territoires, de participer à des projets collaboratifs innovants, financés par appels à projets comme ceux de l’ADEME ou de l’Europe. Nous déployons avec des partenaires, souvent académiques, d’avancer en testant de nouvelles approches de mises en œuvre de projets de transition énergétique.

Par exemple avec St Nazaire et son port, nous avons participé dès 2015 à la mise en place d’une démarche d’écologie industrielle et territoriale, partenariale public / privé, qui a favorisé l’émergence de plusieurs projets de méthanisation, réseau de chaleur et boucles électriques locales (échanges d’électricité renouvelable entre industriels).

A Nantes, à travers le projet OSER, qui est présenté cette année à Dijon aux Assises Européennes de la Transition Energétique, on avance sur un objectif de fourniture pour les bâtiments de la métropole de 100% d’énergies renouvelables en temps réel, c’est-à-dire à chaque heure, y compris la nuit. Ce qui implique certaines percées en termes de gestion de la donnée. Enfin, à Valence, c’est à nouveau la boucle électrique locale sur le parc d’activité de la gare TGV, que nous co-animons avec une entreprise partenaire voisine.

A titre personnel, j’ai co-fondé en 2017 à St Nazaire, le Blue Lab, fablab associatif, qui s’est associé avec le Spi, espace de co-working/évènementiel pour former le lieu totem de l’innovation à St Nazaire. Il a pour mission « l’innovation pour tous ». Par exemple, nous accompagnons des jeunes de moins de 30 ans à l’innovation dans la Blue Economy à travers un programme européen baptisé ATLIC. Nous avons accueilli en mars le « Youth Summit » avec plus de 100 jeunes européens venus pitcher leur projet à St Nazaire et Nantes.

Pour être impactant sur le long terme, j’ai constaté que ces projets au long cours doivent être collaboratifs et rassembleurs, pour passer de l’idée au déploiement à l’échelle.

Guillaume Accarion est lauréat du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent, à retrouver dans son intégralité ici : Palmarès Choiseul Leadership engagé