Ce que les financements ne peuvent pas faire seuls

Lauréate Choiseul « Ceux qui (re)créent du lien », Alexandra Dethyre, Déléguée générale adjointe de la Fondation RAJA-Danièle Marcovici, signe une tribune consacrée aux limites du financement philanthropique traditionnel et à la nécessité d’investir durablement dans les droits des femmes.

Depuis plusieurs années, je rencontre des femmes qui changent le monde.

Elles accompagnent des victimes de violences, permettent à des jeunes filles de poursuivre leur scolarité, défendent les droits sexuels et reproductifs ou créent des opportunités économiques.

Aucune ne manque d’idées.

Ce qui leur manque, ce sont les moyens de les déployer.

C’est le paradoxe auquel je suis confrontée chaque jour. Nous savons ce qui réduit durablement les inégalités entre les femmes et les hommes. Les solutions existent. Pourtant, les associations consacrent encore une part considérable de leur temps à rechercher des financements plutôt qu’à développer leur action.

En France, seuls 7 % des financements philanthropiques sont consacrés à l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce chiffre ne révèle pas seulement un déficit de financement. Il révèle un déficit de vision.

Nous passons beaucoup de temps à chercher les investissements qui transformeront nos sociétés.

Nous en sous-finançons pourtant un dont les bénéfices sont déjà largement démontrés : les droits des femmes.

Lorsque les femmes accèdent pleinement à l’éducation, à l’emploi, à la santé ou à la justice, ce sont des sociétés entières qui progressent. La Banque mondiale estime que lever les obstacles qui freinent leur participation à l’économie pourrait accroître le PIB mondial de plus de 20 %. Peu de politiques publiques ou d’investissements peuvent revendiquer un tel potentiel de transformation.

Et pourtant, nous continuons à considérer les droits des femmes comme une cause parmi d’autres.

Ils sont bien davantage que cela.

Ils constituent un levier de croissance, de cohésion sociale et de résilience démocratique. Investir dans les droits des femmes, ce n’est pas seulement réparer des injustices ; c’est créer les conditions d’une société plus prospère, plus stable et plus durable.

C’est tout le sens de la philanthropie féministe : investir dans des solutions qui agissent sur les causes profondes des inégalités et produisent des transformations durables.

Cette ambition suppose aussi une autre manière de financer. Les changements systémiques ne se construisent ni seuls, ni à court terme.

C’est la raison d’être de la Coalition pour une philanthropie féministe, qui rassemble des fondations convaincues qu’il faut mieux accompagner les associations, partager les connaissances et construire ensemble des réponses à des défis collectifs.

Lorsque j’ai eu l’honneur d’être distinguée parmi Ceux qui (re)créent du lien, porté par Choiseul, j’y ai vu bien plus qu’une reconnaissance. J’y ai vu une conviction qui devrait inspirer notre manière d’agir.

Les grandes avancées sociales ne naissent pas de l’action isolée d’une association, d’une entreprise ou d’une fondation. Elles naissent lorsque chacun accepte de mettre ses ressources, son influence et ses compétences au service d’une ambition commune.

C’est aussi cela, la philanthropie féministe : faire du financement un levier de coopération plutôt qu’une simple transaction.

Nous savons ce qui fonctionne. Nous savons où investir. La question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais si nous sommes prêts à construire, ensemble, les alliances qui permettront enfin de changer d’échelle.