Antoine Belpomme (Butagaz) : « La souveraineté énergétique se joue aussi dans notre capacité à acheminer l’énergie partout, en permanence et en sécurité »

Lauréat Choiseul Hauts-de-France 2026, Antoine Belpomme revient sur les défis d’une logistique énergétique en pleine mutation. Entre excellence opérationnelle, transition énergétique et réindustrialisation des territoires, il partage sa vision d’une transformation où la performance se conjugue avec résilience et engagement humain.

La transition énergétique transforme profondément le secteur de l’énergie. Comment un acteur historique comme Butagaz adapte-t-il sa chaîne logistique pour concilier performance opérationnelle, exigences environnementales et sécurité d’approvisionnement ?

La transition énergétique transforme profondément le secteur de l’énergie. Pour un acteur historique comme Butagaz Groupe, l’enjeu n’est pas simplement d’adapter sa chaîne logistique, mais de redéfinir son rôle dans un système énergétique en mutation.

Le groupe a engagé ce virage il y a plus de 10 ans, notamment avec le développement du photovoltaïque via Wewise pour les professionnels et Butagaz Éco-Énergie pour les particuliers. Mais sur le segment du gaz liquide, la transformation est plus structurelle : nous passons d’une logique d’efficacité à une logique d’équilibre entre performance, décarbonation et résilience.

Concrètement, cette transformation repose sur trois leviers.

D’abord, l’excellence opérationnelle : la data et les outils avancés de planification nous permettent d’optimiser les tournées, de réduire les distances parcourues et d’améliorer le taux de vidage des véhicules. La performance logistique devient un levier direct de réduction des émissions.

Ensuite, concernant la décarbonation des opérations nous intégrons des carburants alternatifs comme le HVO, nous accompagnons nos transporteurs pour moderniser leurs flottes. La transition ne se décrète pas, elle s’opérationnalise sur le terrain.

Enfin, la sécurité d’approvisionnement, qui reste non négociable. Dans un contexte géopolitique incertain, nous renforçons la résilience de notre réseau logistique. La transition énergétique ne peut se faire au détriment de la continuité de service.

La logistique reste souvent un maillon invisible pour le grand public, alors qu’elle conditionne la continuité de nombreux services essentiels. En quoi est-elle aujourd’hui devenue un enjeu stratégique pour la souveraineté énergétique et la compétitivité des territoires ?

La logistique n’est plus une fonction support : elle est devenue une infrastructure stratégique, au même titre que l’énergie elle-même.

Dans le secteur du gaz liquide, elle conditionne directement la continuité de service. La souveraineté énergétique ne se joue pas uniquement dans la production ou l’importation, mais dans la capacité à acheminer l’énergie partout, en permanence et en toute sécurité.

Chaque jour, près de 500 conducteurs assurent l’approvisionnement du territoire, depuis les dépôts portuaires jusqu’aux dépôts de distribution et aux clients finaux. Derrière cette organisation, il y a un enjeu concret : un foyer français sur cinq utilise une bouteille de gaz, et près de 500 000 foyers dépendent d’une citerne.

Cette logistique est essentielle pour les territoires. Elle garantit l’accès à l’énergie dans des zones parfois isolées et soutient directement l’activité économique locale. Sans logistique fiable, il n’y a ni souveraineté énergétique ni équité territoriale.

Notre responsabilité est donc double : maintenir une excellence opérationnelle irréprochable tout en faisant évoluer nos modèles pour répondre aux exigences environnementales et économiques de demain.

Dans un secteur en pleine évolution, comment accompagne-t-on les équipes face au changement ? Et selon vous, quels sont les leviers d’un leadership capable de conjuguer performance, culture de la sécurité et engagement humain ?

La transformation de notre secteur est d’abord une transformation humaine. Elle ne peut réussir que si elle est comprise, incarnée et portée collectivement.

Dans nos métiers, il existe une tension structurante : aller plus vite dans la transition tout en maintenant une exigence absolue en matière de sécurité. La transformation ne doit jamais aller plus vite que la culture de sécurité.

L’accompagnement des équipes repose donc sur trois piliers.

D’abord, la clarté : expliquer les évolutions du secteur, donner de la visibilité et du sens.

Ensuite, l’exigence : maintenir des standards élevés de performance et de sécurité, sans compromis.

Enfin, l’engagement humain : écouter, responsabiliser et développer les compétences.

Je suis convaincu que mon rôle ici est central : donner un cap, assumer les arbitrages et créer les conditions de la confiance.

Ces transformations, souvent exigeantes, sont aussi une opportunité unique de renforcer le collectif et de faire émerger de nouvelles expertises.

À travers vos sites industriels ou vos filiales comme Logigaz à Amiens ou Gazarmor à Quimper, l’industrie énergétique participe au dynamisme économique des territoires. Quel rôle ces implantations locales joueront-elles dans la réindustrialisation de la France et dans la transition énergétique des prochaines années ?

Nos implantations, comme Logigaz à Amiens ou Gazarmor à Quimper, sont bien plus que des sites opérationnels : elles constituent des maillons essentiels à l’emploi local, structurent des filières et ancrent durablement des compétences industrielles dans les territoires. À l’heure où la France cherche à renforcer sa souveraineté, ce maillage territorial est un atout stratégique.

Être présent localement, c’est aussi mieux comprendre les besoins des clients et adapter en temps réel les dispositifs logistiques. Cette proximité est un facteur clé de performance et d’agilité.

Mais ces sites jouent aussi un rôle dans la transition énergétique : ce sont des lieux d’innovation opérationnelle, où se déploient concrètement les nouvelles pratiques logistiques et énergétiques.

Demain, la réindustrialisation ne se fera pas uniquement par de grands projets nationaux, mais aussi par la consolidation de ces ancrages locaux capables d’allier performance industrielle, transition énergétique et impact territorial.